Vigile.net
« Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. » - Montesquieu
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 10601$  53%  
Objectif : 20000$
Quand on ne veut pas payer nos diplômés…
Les diplômes des Québécois ne valent pas cher
Jean Desautels
Tribune libre de Vigile
mercredi 16 avril 2008      94 visites


La Presse a publié ces jours-ci une série d’articles sur la valeur des programmes et des diplômes des universités québécoises. Beaucoup d’opinions, dans ces articles, somme toute assez peu étayés du point de vue des faits. Le genre d’articles qui peut faire beaucoup de tort et qui ne propose rien de constructif. Son effet le plus marquant : contribuer activement à l’auto-flagellation coutumière du Québécois en le discréditant un peu plus, comme si c’était nécessaire, à ses propres yeux.

Dans la foulée du rapport Parent et de la réforme de notre système d’éducation avec la Révolution Tranquille, l’accès aux études supérieures s’est grandement démocratisé au Québec. Exit les collèges classiques coûteux, accessibles surtout à l’élite économique, et bonjour les polyvalentes, les collèges publics, tous gratuits, et les réseaux universitaires s’étendant jusqu’en région. Bien sûr, cette démocratisation n’a été possible qu’en rendant les programmes plus accessibles, en particulier à toute une population issues de générations qui ne baignaient pas vraiment pas dans la culture et la connaissance…

Désormais, l’université accueillait surtout des gens dont les parents, ni médecins, ni avocats, ne fréquentaient pas l’opéra et n’avaient pas visité l’Europe… La connaissance et la culture, souvent héritée en grande partie des parents, ne faisait plus toujours partie du patrimoine de ces nouveaux étudiants ! Moins riches à tous points de vue, ces nouvelles cohortes devaient aussi travailler en étudiant, pour suppléer à un programmes de prêts et bourses qui s’est appauvri au fil des demandes des nouveaux arrivants : les frais de scolarité ont beau être nuls ou peu élevés, mais le prix du Kraft Dinner continue, lui, de grimper !

L’université d’ici s’est adaptée, comme elle l’a fait un peu partout ailleurs sur la planète, afin d’accommoder cette nouvelle génération. Elle a dû affronter les mêmes écueils qu’ailleurs : omniprésence de la culture de l’image, dépréciations des savoirs absolus, effritement des grands discours, influence grandissante de la culture populaire et pressions croissantes pour instrumentaliser la formation en fonction des besoins d’une économie axée sur la production et la consommation.

Dans cette foulée, les champs d’études se sont multipliés, et les diplômes aussi. Valent-ils moins qu’avant ? Constatons tout de même que les compétences des Québécois dans presque tous les domaines se sont décuplées depuis cinquante ans. Même si on peut déplorer bien des faiblesses, il n’en reste pas moins que bien peu d’étudiants sortent des cégeps sans avoir fait connaissance avec Platon ou Aristote, et que tous ont des compétences en communication qui auraient fait rougir la plupart de leurs ancêtres. Sur la scène internationale, la valeur de nos diplômes est reconnue et réputée, dans à peu près tous les domaines.

Les journalistes signant les articles de La Presse ont trouvé intéressant, pour les besoins de la caricature sans doute, de dire que nos enseignantes peuvent réussir un cours en faisant des maquettes en carton d’une classe de maternelle. On peut aussi penser que l’éducation primaire et secondaire connaîtrait moins de problème si on faisait davantage confiance à ces diplômées qui ont aussi un solide bagage en psychologie, en pédagogie et en gestion de classe, au lieu de remettre les décisions de cette nature entre les mains des parents, dans un de ces élans clientélistes dont nos gouvernements raffolent. Mais reconnaître la compétence suppose qu’ il faut la payer ! Voilà une conséquence qu’on a du mal, collectivement, à accepter. Alors au lieu de payer les diplômés, ne vaut-il pas mieux dire, tout simplement, que les diplômes actuels ne valent pas grand’chose, à l’exclusion, curieux hasard, de ceux d’une élite qui possède une bonne partie du pouvoir économique : on n’attaque pas les diplômes de médecine, de pharmacie, ou ceux des HEC… En fait, on prend même la peine de souligner qu’ils n’appartiennent pas à la même mouvance. Bien voyons !

Curieuse coïncidence : alors que des statistiques sont venues dernièrement souligner que la croissance économique importante des dernières années ne s’était pas traduite par une croissance équivalente des salaires, voilà cette série d’articles qui vient tout d’un coup dévaluer la valeur des diplômés Québécois. Que cherche-t-on à justifier, ou à excuser ? Quand on veut tuer son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage ?

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     10601$  53%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    4/07 Gilles Bousquet : 25$
    4/07 Jean-Pierre Papineau : 50$
    2/07 Roger Audet : 25$
    1er/07 Claude Bariteau : 250$
    30/06 Rémi Tremblay : 20$
    26/06 Anonyme (AG) : 20$
    26/06 Jean-Pierre Lavoie : 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net