A une journaliste anglophone qui lui demandait si elle accepterait de débattre en anglais avec Gérald Tremblay, Louise Harel a répondu : “It is depending” au lieu de “It depends”, ça dépend. Le caricaturiste à la solde de Paul Desmarais, Serge Chapleau, n’était pas pour laisser passer une aussi belle occasion de ridiculiser une indépendantiste. Or, quand Louise Harel se fait ridiculiser, nous, comme indépendantistes, nous nous sentons ridiculisés. On voit bien que Louise Harel ne connaît pas l’anglais ni Pauline Marois d’ailleurs qui parle aussi bien l’anglais que Saku Koivu parlait le français et qui a déjà traduit le chiffre huit par le mot oyster (huitre !).
Pourquoi ces tergiversations de Louise Harel ? On vient d’apprendre qu’elle ne participera pas à un débat en anglais parce que, dit-elle, elle ne maîtrise pas suffisamment cette langue pour attaquer ou se défendre dans un débat. Elle a de la famille à Toronto et se débrouille en anglais dans une conversation courante mais dans un débat télévisé, c’est autre chose.
Voilà ce qui s’appelle ne pas avoir des idées claires. Elle aurait dû répondre que Montréal est une ville française, que la langue de travail au Québec est le français, qu’elle se doit de donner l’exemple aux immigrants pour les pousser à apprendre le français, que les 12% d’anglo du Québec, après vingt ans ou trente ans passés à Montréal devraient savoir le français. Au lieu d’avoir des idées claires parfaitement cohérentes comme femmes politiques qui ont adopté la loi 101 et qui veulent que le Québec soit un pays français, Louise Harel et Pauline Marois se culpabilisent de ne pas savoir l’anglais. Cette culpabilisation est troublante.
Christian Dufour qui a écrit un livre sur l’anglais est de notre avis : au Québec, l’anglais ne doit pas être obligatoire pour les hommes et les femmes politiques. A moins que Lysiane Gagnon, André Pratte et l’éditorialiste de The Gazette soient les maîtres à penser de Louise Harel et de Pauline Marois. Il ne manquerait plus que ça. Cet été, en voyage, interrogés sur la question, une quinzaine de Québécois, spontanément, nous donnaient raison. Il faut avoir la fierté de notre langue, ont-ils dit. Non au bilinguisme obligatoire. Et arrêter de se mettre à quatre pattes devant les journalistes anglophones qui s’amusent beaucoup devant le malaise créé. D’ailleurs, exiger l’anglais est pour eux un geste politique. C’est nous rappeler que nous vivons dans un pays officiellement bilingue mais pratiquement unilingue partout ailleurs qu’au Québec. Ils nous disent : speak white.
L’exemple de ce qu’il faut faire est venu de Michel Parent, président du syndicat des cols bleus. Après avoir dénoncé avec beaucoup d’à propos et de conviction le scandale du contrat des compteurs d’eau en soulignant que dans cette affaire les cols bleus de Montréal ont été mis de côté au bénéfice du secteur privé, celui-ci se vit poser une question par une journaliste anglophone. Il répondit net, frette, sec : “Je ne réponds pas aux questions en anglais.” “Oui, dit la journaliste, mais vous savez l’anglais.” Il répéta avec beaucoup d’aplomb : “Je ne réponds pas aux questions en anglais.” Voilà quelqu’un qui a des idées claires. C’est l’exemple à suivre. Bravo, Michel Parent.
Qu’est-ce qu’il va falloir que nous fassions pour qu’elles comprennent ? Les abreuver d’injures en les traitant de colonisées, de complexées et d’aliénées. Leur donner un exemplaire du livre de Michel Brûlé contre l’impérialisme de l’anglais ou du livre de Christian Dufour ? Leur envoyer une copie laminée de la loi 101. Leur faire copier à la main cent fois comme pénitence : “Je ne me sens pas coupable de ne pas savoir l’anglais.” Et “je m’engage à ne plus répondre aux questions en anglais.” “Je veux un pays français et tout de suite.”
Remarquez bien que nous ferions la même recommandation si Louise Harel et Pauline Marois parlaient aussi bien l’anglais que René Lévesque et Jacques Parizeau. C’est une question de principes. L’exemple doit venir de haut.
Nous avions écrit un texte pourtant ici sur Vigile. Espérons que, cette fois-ci, le message se rendra.
Robert Barberis-Gervais et Marcelle Viger, Vieux-Longueuil, 23 septembre 2009

