Citation :
André Boisclair est peut-être mal entouré et manifestement pas toujours bien conseillé, mais il demeure un fait : le Québec qu’il défend servira les intérêts de la majorité et s’inscrit dans ce grand courant social-démocrate visant à nous faire avancer comme peuple. C’est cette même social-démocratie qui exerce le pouvoir au Brésil, qui l’exerce en Espagne et en Italie et qui y aspire en France. Cela s’appelle le centre-gauche et c’est très bien !
Savez-vous qui a écrit ça ? Non ? Nul autre que Pierre Céré, du Comité national des chômeurs et chômeuses, celui-là même qui décriait dans la Presse du 29 décembre « l’intolérance » du PQ et de Jean-François Lisée envers les immigrants. La citation provient d’un texte, paru dans le Devoir du 23 mars 2007, intitulé « Québec solidaire n’a pas le monopole de la justice sociale ». Courageux, l’homme n’avait pas peur de s’afficher de gauche et pro-Boisclair. La gauche dogmatique a dû grincer des dents… J’avais apprécié son point de vue à l’époque, mais son brûlot du 29 décembre dernier, intitulé « Les eaux troubles de l’intolérance » montre malheureusement que la pensée de l’homme peut se construire à partir des ouï-dire plutôt que l’analyse des faits concrets. Dommage.
Vous me direz qu’écrire une chronique sur un coordonnateur de groupe communautaire dédié à la défense des droits des chômeurs n’est peut-être pas une priorité, même si l’individu s’est mis en tête de fustiger Jean-François Lisée et le projet de loi 195 du PQ. « Le diable est dans les détails », dit la maxime. Pour ma part, l’opinion de Céré recèle plein de détails signifiants et parlants…
L’opinion de Pierre Céré ne doit pas être traitée comme un simple fait divers. L’homme écrit, c’est un militant, on le cite souvent. Son opinion sur Lisée et le PQ a été lue par un grand nombre de personnes (tirage de la Presse le samedi : 315 000) et elle rejoint pour l’essentiel celle des André Pratte, Rima Elkouri, Lysiane Gagnon et Alain Dubuc. Or, on sait que ces éditorialistes et chroniqueurs ont la fâcheuse habitude de manier l’information à leur convenance, cela pour « mieux » orienter l’opinion du lecteur. On se fie à leur jugement, faute d’avoir pris le temps d’aller vérifier aux sources. Ce que Céré a probablement omis de faire. S’il a lu le projet de loi 195 et le Nous de Lisée, alors je dis qu’il est non seulement de mauvaise foi, mais qu’il est aussi malhonnête. J’espère que ce n’est pas le cas. Ce que Céré nous permet de découvrir, peut-être, c’est à quel point le travail de sape effectué par les leaders d’opinion fédéralistes peut être efficace auprès des gens les plus scolarisés, même chez les souverainistes. En fait, le Pierre Céré dont il est question ici, c’est beaucoup de monde.
Pierre Céré est un souverainiste de gauche, donc un homme épris de justice sociale avant d’être nationaliste. Le texte du samedi 29 décembre ne dit pas le contraire, même s’il n’affirme pas ouvertement être souverainiste. Ce militant qui se bat pour les droits des chômeurs en a sûrement long à dire à propos des politiques sociales du gouvernement fédéral, notamment en matière d’assurance-chômage. On connaît le combat mené par le Bloc – Francine Lalonde, excellente - sur la question des surplus engendrés par le fédéral à même la caisse d’assurance pour financer le déficit. Alors, que s’est-il passé pour qu’il se mette à tirer à boulets rouges sur Lisée et Pauline Marois, pourtant plus à gauche, globalement parlant, qu’André Boisclair ? La réponse est hélas simple : la désinformation fédéraliste concernant les projets de loi 195 et 196, particulièrement efficace auprès des adeptes du nationalisme civique (dont Boisclair) conçu à l’aune du multiculturalisme trudeauiste, aura réussi à annexer la pensée de ce soi-disant libre penseur.
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Cerré et compagnie nous présentent Lisée comme un personnage machiavélique, comme un nationaliste xénophobe. Pour Céré, le Nous de Lisée est ethnique, et son but est clair : faire peur aux québécois de souche en leur disant que les immigrants seront « bientôt » un million. Céré évite bien sûr de nous dire à quoi correspond ce « bientôt ». Deux ans, cinq ans ? Pourquoi ne dit-il pas qu’il correspond dans les faits à vingt ans ? Pourtant, pour Lisée, « le Québec devrait mesurer dorénavant son succès linguistique en fonction de sa capacité de préserver, au cours des décennies à venir, à peu de chose près l’équilibre linguistique atteint au tournant du siècle » Du radicalisme ça, trouver les moyens de maintenir le groupe prédominant à 80-82% de la population québécoise ? Xénophobie que de vouloir maintenir à 55% le groupe francophone à Montréal ? De l’intolérance que de dire que « Le Québec devrait affirmer qu’il en va de l’intérêt collectif québécois que la proportion des anglophones au Québec ne chute pas en deçà de son niveau global actuel de 11% » ?
Quiconque a lu Nous sait que le « nous » de Lisée va au-delà du québécois francophone de souche : il concerne l’autochtone, l’anglophone, l’allophone. Notre « nous » est constitué de plusieurs « nous ». À mon avis, c’est Pierre Céré lui-même qui cultive l’intolérance en proposant une interprétation étriquée de la réalité, en opposant le droit canadian de l’immigrant au combat légitime du québécois francophone pour sa survie en cette Amérique du Nord anglo-saxonne, dans cette ère de mondialisation et de génocides culturels.
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Quant au projet de loi 195, Céré ne se gêne pas pour dire que celui-ci « prévoit nommément enlever des droits fondamentaux, autrement reconnu par sa citoyenneté canadienne, à tout immigrant qui n’obtiendrait pas sa citoyenneté québécoise ». S’il a lu le projet, Céré sait très bien que ceux et celles qui sont déjà canadiens et qui habitent le Québec au moment où serait votée cette loi obtiendraient automatiquement la citoyenneté québécoise, et ce, quelle que soit leur origine. Donc, personne ne perd son droit de vote, même si cette personne ne sait pas un traître mot de français ! Les nouveaux arrivants, eux, auront trois ans pour acquérir une connaissance suffisante du français. Lisée, dans Nous, est très clair là-dessus : ces nouveaux arrivants seront informés à l’avance des conditions à remplir pour devenir citoyens québécois. Enfin, concernant les personnes âgées qui viendraient rejoindre leurs enfants, le projet de loi 195 laisse entendre que des mesures administratives pourraient prévoir des exceptions.
Mais là ne s’arrête pas la mauvaise foi (ou l’ignorance) de Pierre Céré lorsqu’il nous propose d’amender la loi 101, notamment en matière de français comme langue de travail. Il nous annonce ça comme un sauveur, comme s’il n’y avait que ça de juste. Pourtant, notre homme semble approuver l’existence de la Loi 101, qui a pourtant été traitée de loi ethnique, preuve absolue de l’intolérance des séparatistes québécois. Monsieur Céré l’aurait-il oublié ? Par ailleurs, le projet de loi 195 comprend plusieurs dispositions visant justement à renforcer le français sur les lieux de travail. Notre redresseur de torts le mentionne-t-il ? Nenni. C’est presque la main sur le cœur qu’il insiste ensuite sur la nécessité de se doter de meilleures structures d’accueil pour recevoir les nouveaux arrivants. Surprise ! Le projet de loi 195 prévoit ça aussi (articles 19 et 20). Et comme si cela ne suffisait pas, notre défenseur de l’immigrant achève son œuvre culpabilisante en louangeant Gérald Godin et Pauline Julien, en disant d’eux qu’ils savaient parler à « l’autre », comme si ces deux militants trop tôt disparus avaient été animés de leur vivant par la flamme d’un multiculturalisme à la canadian ! Céré aura réussi à entremêler l’odieux et le racoleur.
Il est plus que temps que quelqu’un quelque part se décide à mettre en place une opération de communication d’envergure. La désinformation bat son plein, à tel point que d’honnêtes souverainistes y succombent. Pire : ils vont jusqu’à se rallier aux détracteurs du mouvement souverainiste en écrivant des insanités qui seront par la suite largement médiatisées par ces mêmes détracteurs.
La question se pose, et elle est sérieuse : nous, à Vigile, que pouvons-nous faire ?

