Vous cultivez l’oubli, et notre résistance québécoise vous effraie. Gilles Duceppe a trouvé récemment des mots qui vous font très peur parce qu’ils sonnent notre réveil. « Nous sommes des résistants », a-t-il affirmé. Vous drapant dans les vertus fédérales, comme d’habitude, vous vous êtes mis à vouloir bannir ces mots. L’occupation est finie, dites-vous ? Alors quand a-t-elle pris fin, au juste ?
L’occupation qui a commencé en 1759 aurait-elle pris fin en 1837 et 1838, lorsque vous avez réprimé dans le sang le mouvement républicain québécois ? Serait-ce plutôt en 1840 ou en 1867, lorsque vous nous avez minorisés ? Serait-ce à l’occasion des deux conscriptions, en particulier lorsque vous avez ouvert le feu à la mitrailleuse sur des manifestants, à Québec ? Serait-ce lors de la création de votre Cour suprême pour désavouer nos lois et transgresser l’esprit du prétendu pacte entre deux peuples ?
L’occupation a-t-elle cessé en 1970, lorsque vous avez emprisonné écrivains et chanteurs et envoyé votre armée dans nos rues pour nous faire peur ? A-t-elle cessé lorsque votre police a volé la liste des membres du PQ et posé des bombes en se faisant passer pour le FLQ ? A-t-elle cessé en 1982, lorsque votre Parlement, avec l’aide honteuse de 73 collabos, a réduit au silence nos représentants et imposé à notre peuple une Constitution à laquelle il n’a jamais souscrit ?
L’occupation a-t-elle cessé en 1995, juste après le love-in de Montréal, où vous seriez venus pour la dernière fois occuper le Québec ? A-t-elle cessé lorsque, par toutes sortes de fraudes, vous avez nié au peuple québécois le droit de se prononcer sur son avenir dans le respect des règles démocratiques qu’il s’était données ? A-t-elle cessé lorsque vous avez dit aux Québécois avec mépris que c’est vous qui, dans un futur référendum, alliez juger de la clarté de la question et du résultat ?
Je n’irai pas jusqu’à vous comparer à l’Allemagne nazie. Gilles Duceppe ne l’a jamais fait non plus. C’est vous qui brandissez cet épouvantail pour nous reprocher de vous résister encore une fois. Je vous signale néanmoins que vous êtes bien partis pour figurer sur la triste liste des criminels de guerre, vous qui, non contents d’asservir le Québec, livrez une guerre impérialiste en Afghanistan et occupez ce territoire également.
Vous êtes les héritiers du conquérant anglais. Votre armée d’occupation est toujours chez nous. Ce n’est pas parce que vous la confinez à ses casernes qu’elle n’est plus une armée d’occupation. Dans notre capitale, notre fleurdelisé doit s’effacer derrière votre arrogance et vos drapeaux. Vous nous réduisez au silence. Nous n’avons jamais choisi ce régime. Les Québécois n’ont jamais adhéré librement à votre fédéralisme.
Vous êtes des occupants, et nous sommes des résistants. Cessez de le nier ; nous ne sommes pas dupes.
Bernard Desgagné
Gatineau


