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Quand l’insulte tient lieu d’argument
Josée Legault
Voir - www.voir.ca
vendredi 8 février 2008


Je n’aime pas les guéguerres entre chroniqueurs. Mais il arrive des moments où, tout en respectant la liberté d’expression d’un collègue, ça mérite une petite réponse.

Dans La Presse de ce matin, Alain Dubuc parle de Mario Beaulieu, ancien président de Montréal-Centre au PQ, qu’il traite de « bastion du radicalisme ». M. Beaulieu est vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste, que Dubuc baptise d’« intégriste », ainsi que porte-parole du Mouvement Montréal Français, que le chroniqueur qualifie de « troupes de choc de l’anglophobie ». Ce sont là des mots lourds, très lourds.

Pour mieux le discréditer, M. Dubuc traite le pourtant très respecté démographe et scientifique Marc Termote de « chouchou des péquistes ». Il parle aussi des « fous de la langue ». Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage... Car qu’ont tous ces gens en commun ? De faire une analyse différente de celle de M. Dubuc, à savoir que le français donne des signes inquiétants de fragilité et qu’il faudrait agir.

Il va sans dire que mon collègue a parfaitement le droit d’exprimer l’opinion contraire et que je n’entends pas faire ici, comme d’autres, du « Dubuc-bashing ». Mais là où le bât blesse, c’est dans l’usage d’insultes, d’un vocabulaire n’apportant aucun argument en soi et qui, surtout, associe toute personne ou groupe de l’opinion contraire à la sienne à une espèce de secte de xénophobes et d’enragés dangereux. L’expression « fous de la langue » renvoie aussi à un vocable qu’on utilise ailleurs pour parler de certains intégristes musulmans, frange violente. Rien de cela ne nourrit le débat public.

Je suis par contre en accord total avec sa conclusion : « le véritable leadership exige de la retenue et une vision de long terme, le refus de faire de la politique avec la langue. La situation du français est un dossier émotif, complexe, qui exige des analyses nuancées, et qui ne se prête pas aux déclarations à l’emporte-pièce ». De la « retenue », des analyses « nuancées », une « vision à long terme » et pas de « déclarations à l’emporte-pièce » ? Et si on y ajoutait un brin de civilité et de rigueur dans l’argumentation, quelle belle idée ce serait là... même pour les chroniqueurs.

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