Dans un article intitulé Marois rejette l’idée d’une trêve, qu’il écrivait dans Le Devoir du 31 août, Antoine Robitaille, après avoir fait état très objectivement des dernières dispositions de Mme Marois, termine son texte d’une manière que, peut-être à tort, je trouve insidieuse.
Comme s’il signalait un défaut évident chez cette dernière, il écrit : « Après avoir répondu avec difficulté à des questions de journalistes anglophones dans la langue de Shakespeare, Mme Marois a été taquinée [reste à savoir par qui ??] à propos de ses difficultés à parler l’anglais. » Celle-ci, ajoute-il, n’aurait « pas exclu de suivre d’autres cours d’anglais sous peu ».
Ces propos autant ceux de M. Robitaille que ceux qu’il attribue à Mme Marois supposent, semble-t-il, qu’un personnage politique québécois doit nécessairement pouvoir bien s’exprimer en anglais. Or c’est faux puisque le Québec est officiellement, depuis la Loi 22, de langue française. Quand il s’agit de journalistes oeuvrant sur notre sol, c’est eux qui doivent s’accommoder de cette réalité et poser leurs questions en français. Quant aux réponses, même si, dans le passé, nos politiques ont cru trouver quelque fierté à utiliser l’anglais, elles doivent se faire en français, ce qui d’ailleurs est une garantie contre les erreurs qui peuvent toujours se glisser dans un discours en langue étrangère.
D’autre part, chaque fois qu’un ministre du Québec répond publiquement en anglais aux questions qu’on lui pose, il affirme Québec bilingue et non pas Québec français, devant les nôtres et devant le reste du monde.
Pour ce qui est de nos relations avec les chefs d’État étrangers, ou les journalistes étrangers qui ne connaissent pas le français, il y a des interprètes, comme cela a toujours été puisqu’il s’agit là, truchements ou drogmans, du deuxième métier du monde.
Cette position ne signifie pas qu’il ne faille pas apprendre des langues étrangères, loin de là ; cependant, il suffit de constater, si besoin est de se dédouaner, ce qui se passe lorsqu’un chef d’État rencontre des journalistes, en Allemagne, en Espagne ou dans quelque autre pays, même en France, pour se rendre compte que nos accommodements passés quant à notre langue publique de communication sont inadmissibles et même à saveur coloniale.
Gaston Laurion
Montréal

