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QS - des Libéraux de gauche
Maxime Schinck
Tribune libre de Vigile
lundi 11 février 2008      241 visites      1 message


Pour eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m’écriant : « Vive la liberté ! Vive l’indépendance ! »
CHEVALIER DE LORIMIER, 14 février 1839

***

Le 4 février dernier, Québec solidaire célébrait son deuxième anniversaire de fondation. En vue du Congrès qui dans un mois fixera la nouvelle approche du parti, j’ai jugé pertinent d’exposer ma propre réflexion à titre d’ancien militant.

Le contexte politique a bien changé depuis l’année 2006. 2007 nous a appris que la politique québécoise n’est pas fondée sur un axe gauche–droite comme en France, mais plutôt sur un axe national, attendu que les francophones forment une minorité au Canada et que le français est toujours dans un état précaire, notamment dans notre métropole. Dans un tel contexte politique où s’opposent souverainistes et fédéralistes, un parti de gauche n’a sûrement pas sa place. Il y a donc de quoi être perplexe lorsque vient le temps de se questionner sur l’approche actuelle de Québec solidaire.

La séparation sans la Nation

La souveraineté n’a aucun sens si elle est détachée totalement du nationalisme dont elle est issue. Or, il est étonnant que les statistiques dévoilées par l’Institut C. D. Howe n’aient pas attiré l’attention de ces souverainistes de gauche. Apprendre qu’en 2007 au Québec un unilingue anglophone gagne en moyenne près de 4500$ de plus par année qu’un unilingue francophone a de quoi nous rappeler les conclusions dévoilées il y a quarante ans par la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme. Cette division salariale se voit même entre les allophones anglicisés et les allophones francisés. Bref, encore aujourd’hui, il faut être un Anglais ou le devenir pour faire de l’argent au Québec.

L’insouciance des solidaires se comprend lorsque l’on apprend qu’ils ont oublié d’inclure ne serait-ce qu’une proposition concernant le français dans leur première plate-forme électorale. Ce ne fut fait finalement qu’à la dernière minute avant l’élection par la permanence du parti, en pleine crise des « accommodements raisonnables ».

Cette absence de nationalisme a de quoi étonner. Mais après tout, comme je le disais moi-même lorsque j’étais militant, les solidaires, ce sont des « libéraux de gauche ».

La souveraineté : dernière priorité

Une des caractéristiques qui distinguent nettement Québec solidaire du PQ est sa méthode d’accession à la souveraineté. QS a décidé que l’indépendance devait passer par une Assemblée constituante chargée de tenir des consultations. En choisissant de laisser des audiences publiques décider de l’avenir des Québécois, on discrédite les élections, alors qu’elles sont de loin le meilleur reflet de la volonté populaire. Des assemblées consultatives ne parviendront pas à obtenir des taux de participation comparables à ceux des élections générales, qui sont de l’ordre de 75%. En optant pour cette méthode, on multiplie les étapes sans raison, agrandissant par le fait même les risques de défaite, tout en faisant preuve d’une grande naïveté face à nos adversaires. Les fédéralistes ont démontré en 1995 qu’ils étaient prêts à bafouer allègrement la démocratie si nécessaire. Ils tenteront assurément de profiter de cette nouvelle étape pour mettre d’autres bâtons dans les roues des « séparatistes ».

Comme bien des péquistes, les dirigeants de Québec solidaire semblent avoir honte de promouvoir la souveraineté tellement ça les indiffère. Le fait que l’engagement de faire l’indépendance n’apparaisse qu’à la fin du programme électoral en constitue un exemple fort révélateur, tout comme la promesse de construire des logements sociaux via un programme conjoint avec le gouvernement canadien ! En fait, Amir Khadir a même déjà affirmé que le projet qui résulterait de l’Assemblée constituante pourrait être autre chose que la souveraineté. L’indépendance de la Palestine, un petit et lointain pays, ça oui ! Celle du Québec, pas sûr…

Vive la liberté ! Vive l’indépendance !

Dans les faits, au-delà de son manque de nationalisme et de son insouciance pour la souveraineté, c’est le principe même ayant mené à la création du parti qui fait défaut. L’on ne fait pas un pays pour promouvoir la paix et le développement durable à l’échelle internationale, pas plus qu’on le fait pour régler les dédoublements administratifs ou faire plus de place au privé dans la santé. L’indépendance n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de liberté. L’on ne saurait imaginer un peuple qui se libère pour d’autre raison que se libérer, puisque la liberté est quelque chose de désirable en soi pour chaque membre de l’humanité. Les nombreux charcutages qu’a subis la Loi 101 le prouvent : au sein de la fédération canadienne, le Québec est en état de liberté surveillée.

La liberté dont l’indépendance constitue l’incarnation politique ne peut être gagnée sans le rassemblement de tous les indépendantistes, unis le temps d’une bataille. Plutôt que de vivre dans le déni, mieux vaut avouer franchement que nous nous sommes trompés en décidant de fonder un deuxième parti. La diaspora des séparatistes de toute sorte n’aidera absolument personne, mis à part ceux qui veulent maintenir le peuple québécois dans son état d’assujettissement.

Il faut concéder néanmoins que la question n’est pas aussi simple à résoudre qu’autrefois, puisque le contexte politique a changé. Suite à sa défaite, bien qu’il ait récupéré le discours nationaliste qu’il portait autrefois en faisant du français sa première priorité, le Parti québécois a décidé de mettre la souveraineté en veilleuse indéfiniment. Alors, que faire ? S’ils ont vraiment la souveraineté à cœur, les solidaires devront choisir entre deux alternatives :

1. Soit ils sabordent leur parti et se joignent au PQ afin de le pousser à faire l’indépendance dans un avenir rapproché,

2. Soit ils font de l’indépendance l’Article 1 de leur programme.

Si QS opte pour la deuxième option, cela représentera un changement profond de son approche politique. C’est difficile, mais c’est possible. Cela se traduira par une méthode d’accession à la souveraineté plus simple, des politiques concrètes concernant la langue officielle – ce que prévoient ses nouveaux engagements électoraux – et sans doute un assouplissement des politiques de gauche du parti, afin de rallier les souverainistes centristes ou de droite.

Ce serait dommage que Québec solidaire décide plutôt d’opter pour le statu quo. Le Québec se trouverait ainsi avec deux partis nationalistes qui ne veulent pas faire la souveraineté (PQ, ADQ) et un petit parti souverainiste qui n’est pas nationaliste (QS). En tant qu’indépendantistes, il va sans dire qu’il y aurait alors de quoi ne pas savoir quoi faire de notre vote lors de la prochaine élection.

Maxime Schinck

Ex-membre du Comité de coordination du parti Québec solidaire de l’Université de Sherbrooke (2006–2007)

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • QS - des Libéraux de gauche
    11 février 2008, par Gilles Bousquet

    Où est-ce que les Québécois veulent aller, constitutionnellement parlant ? Faudrait le savoir avant de choisir le véhicule et le meilleur chemin pour y arriver à la place de tenter de les inciter aller là où ils ne veulent pas, ce qui est forçant pour les partis politiques québécois qui y perdent leur temps pour rien.

    Il y a plus de 60 % de Québécois qui ont voté pour 2 partis qui demandent d’importants changements constitutionnels : Le PQ et l’ADQ. S’ils ne forment pas une coalition pour présenter un projet commun à ce sujet, le Québec n’aura pas la force requise pour les négocier avec le ROC et nous allons simplement continuer dans la fédération centralisatrice actuelle avec de léger changements cosmétiques comme ceux négociés par le parti Libéral très provincial comme l’asymétrie et ceux d’ordre administratif.




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