@ Gébé Tremblay
Vous dites :
« Que le PQ promette de transformer l’actuel CUSM en un seul méga hôpital francophone et d’abandonner le projet du CHUM et mon enthousiasme reviendra. »
L’enthousiasme aux urgences
Je comprends qu’on puisse regretter l’enthousiasme des jours anciens où nous avons rêvé d’un Grand soir de la revanche sur l’ascendant économique et politique des anglos. Je comprends que ce rêve de les voir non plus au sommet leur arrogante richesse, leurs pouvoirs démesurés sur nous, peuple de locataire, mais bien à égalité dans un Québec rapproprié, est enthousiasmant.
Depuis, le rêve a fait place à une implacable réalité. Le blocage d’une majorité canadianisatrice n’hésitant pas à brandir toutes les menaces de représailles qui soient pour assurer le pérennité de l’enfermement canadian.
Cependant, l’enthousiasme me semble être possible malgré tout. Pour peu qu’il ne soit plus question de Grand soir, pour peu que la revanche fasse place à la dignité de l’être, celle qui permet d’avancer, de poursuivre, de se tenir debout, de faire face. Et, cet enthousiasme ne ne doit plus être tributaire des succès espérés, mais plutôt se nourrir à la source de ce que nous sommes, nous, hors l’écart qui nous sépare de ce que nous pourrions être.
Vous assujettissez, cause et enthousiasme à un résultat plutôt qu’à un processus devant mener à un résultat. La perte de l’espoir de le voir advenir, vous fait exiger un résultat avant même que de vous mobiliser pour qu’il advienne. Exiger que le PQ règle les problèmes avant même qu’il obtienne l’appui du peuple pour faire avancer la cause du peuple souverain du Québec, me semble participer au blocage plutôt que d’engager sa dissolution.
La question de l’ascendant du pouvoir anglais sur nos institutions, nos organisations sociétales en éducation et en santé n’est pas qu’un détail. La valeur symbolique que vous accordez aux Hôpitaux universitaires est à l’image de ce qu’il nous faut faire ou ne pas faire pour faire avancer la cause du peuple souverain du Québec. Certes, la ségrégation doit cesser. Mais pour ce faire, il nous faut d’abord faire front pour que ce peuple puisse être consulté quand à ce qui permet de la détruire, la ségrégation.
Aux États-Unis, le 13e amendement à la Constitution du 6 décembre 1865 a permis l’abolition de l’esclavage, mais il a fallu attendre le Civil Rights Act du 2 juillet 1964 signé par Lyndon Johnson pour mettre fin à la ségrégation dans la lettre de la loi. Et, encore, il a fallu un soulèvement, des marches, une longue marche avant qu’un premier Président noir incarne dans le concret des choses la concrétude de la lettre de la loi Constitutionnelle de cet État.
Nous, Nous le peuple souverain du Québec, nous en sommes bien loin. Nous vivons dans un État qui n’émane pas du peuple, nous ne disposons même pas d’une Constitution que l’on approuve. Le problème de la ségrégation ne peut en aucun cas se résoudre avant même que ce peuple ne se majoritairement mobilise. Pire, nous ne parvenons pas même à mobiliser les forces du changement de la mouvance souverainiste. Empêtrés que nous sommes dans des luttes fratricides. Votre manque d’enthousiasme en témoigne. Vous l’assujettissez, en assujettissant la cause de tout un peuple, au règlement de la question de la ségrégation avant même que ne s’ébranle la marche qui pourra nous y mener.
Certes, nous pourrons longtemps et en vain rêver mieux, rêver de meilleures plateformes, de meilleurs chefs ou cheffes, rêver de les voir écarté par la seule expression du rêve. Est-ce bien cela qu’il nous faut engager pour que s’incarne nos rêves, que se déploie notre enthousiasme ?
Deux hôpitaux seront construits. N’est-ce pas déjà mieux qu’un seul anglos, comme cela a déjà été le cas ? Cet anglos là, n’est-il malgré tout pas un formidable objet d’émulation pour les nôtres ? Comme si, nous avions sur la ligne de départ les plus grands coureurs à nos côtés, pour stimuler notre détermination à ne pas se laisser dépasser. Une aubaine dans une autre sens que celui de la revanche à assouvir. Ces deux là naîtront. Ils se déploieront au pire en concurrence, au mieux en synergie et complémentarité. Un atout, une force. Pourquoi ? Je vous laisse imaginer une réconciliation. Ce jour où le Canada cessera de se sentir menacé par un peuple démocratique, pacifique et souverain désirant être maître chez lui. Ce jour là, où, réconcilés, les Québécois quelque soient leurs autres appartenances linguistiques, ethniques ou sociétales, ne formeront qu’une nation, qu’un peuple, le peuple souverain du Québec. Ce jour-là, ce jour-là de l’effective déségrégation, un seul grand hôpital naitra de la fusion de ces deux-là. Rien de ce qui se décide aujourd’hui ne pourra empêcher ce qui pourra se décider ce jour-là.
Ainsi, rien n’est absolument perdu, figé dans la pérennité du statut quo. Sauf bien sûr, si comme vous, trop de souverainistes croient à la pérennité de l’enfermement actuel au point d’en perdre pour si peu leur enthousiasme.
Il ne faut pas poser de conditions à la course quand on est dans les marques de départ. Il ne faut pas me semble-t-il exiger d’avance une avance sur victoire. Il faut plutôt faire front, et se voir gagnant, avec enthousiasme, suffisamment pour croire possible toutes les réconciliations à venir, pour peu que nous refusions l’indignité dans laquelle on nous confine. Cette indignité de la confusion, de la division.
Nous devons faire l’unité. Combattre, faire valoir nos rêves, mais ne pas les assujettir à un résultat obligé. On doit pouvoir lutter, même si aucune victoire n’est à notre portée. Seuls les opportunistes ne luttent que lorsqu’ils pensent pouvoir gagner, que lorsque leurs conditions sont par avance acceptées.
Je vous propose de faire valoir l’indubitable bienfait de la déségrégation, cela sans pour autant rester à couvert dans le confort de de la bouderie. Trouver en cela un enthousiasme nouveau qui ne vous empêcherait pas d’appuyer aussi, malgré tout, les adversaires du statut quo de blocage qui nous enferre dans les marques de départ d’une course que nos adversaires ont déjà commencée. Il n’est encore pas trop tard pour les rattraper au premier tournant. Il ne s’agit pas d’un cent mètre, mais bien d’un long, pénible, marathon à relais, et il n’est pas prêt de se terminer. Il n’y a aucun raccourci, rien ne nous sera épargné, sauf peut-être la division, pour peu que votre enthousiasme participe au nôtre.
Nous avons besoin de vous, nous avons besoin nous, ce nous le peuple souverain du Québec, de chacun de nous. À plus forte raison de vous, de vous et de votre perspicace pugnacité. Pour peu qu’elle soit dirigée vers nos adversaires, vers les adversaires du peuple souverain du Québec, ceux qui se prennent pour un pouvoir sans même consulter ce peuple quand vient le temps de le fonder sur sa volonté démocratique et claire. Nos adversaires, ce sont celles et ceux qui s’abstienne de fonder leur pouvoir sur le peuple souverain du Québec. Le PQ veut fonder son pouvoir sur le seul qui compte, il veut donner la chance à ce peuple d’être consulté pour fonder l’État qu’il désire. Cela me semble être un lieu de rassemblement, contre la division. Cela et l’Union du peuple souverain du Québec qui vient avec.
Tout cela ne peut se dissoudre dans la maladie de la division que soignerait une seule médecine, un seul hôpital. Le destin d’un peuple ne saurait être assujetti à telle maladie. Sinon, autant dire maintenant qu’il crève ce peuple, avec ou sans hôpitaux. Et, il en mourra pour sûr si vous restez dans vos marques.
Ce qui ne m’empêchera pas d’être enthousiaste. Je suis sûr qu’un jour viendra où vous nous dépasserez dans la course, à nos côtés, en toute synergie et solidarité.