On le savait depuis longtemps, l’université McGill avait l’intention d’exiger des droits de scolarité plus élevés pour son MBA destiné à une clientèle internationale, 30,000$ par étudiant inscrit à ce programme. Le ministère le savait aussi et s’est laissé piéger, volontairement, je dirais.
Cela n’est pas sans me rappeler le jour où l’école des HEC avait décidé de mettre le ministère de l’Éducation devant le fait accompli, lorsqu’elle avait créé la première maîtrise en comptabilité menant à l’obtention du permis d’exercice de la profession de comptable agréé au Québec. Une opération qui avait permis aux HEC et à toutes les universités qui les avaient imités par la suite de recevoir une subvention 10,000$ par étudiants inscrits, un copié collé amélioré du programme uniforme des comptables agréés.
Étant alors à la tête de l’École du Barreau du Québec, j’avais aussitôt appelé le haut fonctionnaire responsable du dossier pour lui faire part d’un projet qui rapprocherait les facultés de droit et l’École du Barreau, un programme de maîtrise conjointe de l’École et des facultés conduisant à l’obtention du permis d’exercice de la profession d’avocat.
À l’époque, l’École du Barreau recevait une subvention de 2500$ par étudiant, la moitié des 5000$ que recevaient alors les universités pour leurs programmes de baccalauréat. Avec mon projet, les universités et l’École du Barreau se seraient partagé la somme de 10000$ par étudiant. La subvention globale du ministère pour les étudiants du Barreau se voyant multiplié par 5, passant de 2,5 millions$ à 10 millions$ pour les 1000 étudiants inscrits.
Le haut fonctionnaire m’avait alors expliqué que le ministère ne se laisserait pas faire le coup une deuxième fois par un autre ordre professionnel associé aux universités, comme cela avait été le cas avec les comptables agréés. Il m’avait alors averti que si nous allions de l’avant avec notre projet de maîtrise commune, il couperait notre subvention. Le ministère préférait payer 2,5 millions$ à l’École du Barreau plutôt que 10 millions$ aux universités pour un programme semblable destiné aux mêmes étudiants.
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C’est parce que McGill connaît la stratégie du ministère qu’elle agit de la sorte aujourd’hui. Comme McGill vise une clientèle sélecte principalement composée d’étudiants étrangers, nous savons tous qu’elle n’a pas besoin de la certification du ministère pour opérer ce programme, de la subvention non plus. Sa seule notoriété suffira à attirer la clientèle visée.
Dans le cas particulier du MBA de McGill à 30,000$, tout le monde s’attend donc à ce que le ministère coupe la certification et la subvention de ce programme fait sur mesure pour de riches étudiants. Je dirais même que la stratégie de McGill est convenue et que les autres universités vont rapidement emboîter le pas, comme ce fut le cas avec la maîtrise en comptabilité, et toutes se verront, elles aussi, couper subventions et certifications pour ces programmes.
Comme il s’agit de nouvelles clientèles, cela n’aura aucun effet sur la subvention générale d’opération et augmentera les revenus des universités délinquantes. Elles seront, dans les faits, récompensées pour leurs gestes répréhensibles. De bonnes raisons pour récidiver dans d’autres secteurs qui nécessitent peu de fonds, comme les programmes de droit.
Si couper la subvention et la certification n’est pas la solution, puisque loin de pénaliser l’université McGill, cela la récompenserait en lui laissant le chemin libre de créer d’autres programmes privés non subventionnés, et que couper la subvention générale pénaliserait tous les étudiants de McGill, devenant alors, dans les faits, une véritable université privée - ce qu’elle souhaite probablement être - la meilleure façon de pénaliser McGill consisterait à la frapper là où elle se distingue de toutes les autres universités québécoises. Le ministère n’aurait qu’à décréter que McGill inclut, à l’avenir, une proportion des revenus provenant de sa fondation dans ses états financiers annuels, afin d’en tenir compte aux fins de la subvention qui lui verse annuellement le ministère de l’Éducation.*
Il faut savoir que l’université McGill a un fonds de dotation qui se rapproche du milliard$. Elle reçoit chaque année plus d’argent en donations privées que toutes les autres universités québécoises réunies. Une mesure qui lui fera d’autant plus mal, qu’elle pourra difficilement la contester, celle-ci étant justifiée par son attitude délinquante. Tout au plus, cette mesure pourrait être étendue à toutes les universités. Dans un tel cas, l’université McGill serait encore perdante puisqu’elle reçoit la plus importante part de donations privées.
C’est la seule façon de punir McGill pour que la leçon fasse mal. Mais comme toute cette histoire est arrangée avec le gars des vues, le ministère va probablement couper la certification et la subvention qui s’attachent à ce programme et toutes les universités vont rapidement imiter McGill.
Une façon habile d’instituer un réseau universitaire à deux vitesses, un pour les riches, un autre pour les pauvres, tout cela en faisant semblant de s’y opposer. La ministre de l’Éducation doit se frotter les mains.
Est-ce là une façon d’atteindre la « prospérité durable », comme nous le propose Jean Charest ces jours-ci à Lévis ?



