Plusieurs souhaitent de tous leurs vœux nous voir adopter la proportionnelle dans les délais les plus brefs. Dans le texte que je consacrais à Pierre Curzi, j’abordais cette question, qui nous revient périodiquement tel un mantra. Je ne reviendrai pas sur ses avantages, plusieurs vigiliens y sont allés de bon cœur là-dessus. Contrairement à Michel Gendron, je crois que bien d’autres raisons que celles qu’il évoque ont fait sortir cette question de l’agenda péquiste. En tout respect, je crois que le PQ a manifesté là un sens du réalisme qu’il n’a pas toujours cultivé.
On peut toujours gloser sur l’exemple catalan (La Catalogne est indépendante depuis quand ?), nous faisons face ici à un système de représentation que nous connaissons bien, et tenter de suivre l’exemple de tout un chacun ne nous mènera nulle part si les conditions là-bas sont totalement différentes des nôtres. On nous fait valoir la quasi parfaite représentativité que constituerait la proportionnelle. La multiplication des partis ainsi créés aboutit en général à la dictature de minorités. Pas besoin d’aller bien loin ici pour voir quelle minorité y gagnerait, ce serait la minorité anglophone. Mais si c’est le souhait de la majorité d’avoir une proportionnelle qui aboutisse à ce résultat, c’est bien son droit. Par contre d’autres inconvénients subsistent.
Quand on examine la géographie du Québec, la proportionnelle donnerait un pouvoir énorme à la région métropolitaine et amenuiserait encore davantage le pouvoir des régions. Le système proportionnel ne donne aucun pouvoir aux régions, il leur enlèvera le petit peu que les disproportions du système actuel leur laissent. Or un système politique qui ne prévoit pas de représentation régionale est plus ou moins rapidement voué à l’échec. Ici au Québec, compte tenu de la représentation de la région métropolitaine, le maire de Montréal aura un pouvoir disproportionné, tout comme sa région. Et il ne faut pas trop compter que le maire de la métropole sera toujours un insignifiant comme Gérald Tremblay.
Les Américains ont une démocratie complexe certes, mais ils ont un système organisé ainsi, et force est de constater qu’il fonctionne bien. Ils ont même une chambre basée sur la proportionnelle. Ils pourraient nous servir d’exemple à bien des égards. Car ce système politique unique n’est pas le fruit du hasard. Ils l’ont discuté pendant dix ans, mais après avoir acquis leur liberté.
Car si j’ai des réserves sur le système proportionnel, je crois qu’il faudra en discuter, mais en son temps. Demander aux partis en situation de pouvoir de nous donner une proportionnelle est une perte de temps et d’énergie. Croire que le parti libéral va nous donner une proportionnelle pour nous faire accéder à l’indépendance est un fantasme. Et croire que le PQ va le faire pour s’affaiblir procède du même esprit. Nous nous égarons dans des discussions qui vont nous mener nulle part, au lieu de nous consacrer à l’essentiel. Plutôt que de demander au PQ de nous donner une proportionnelle pour accéder un jour à l’indépendance, ne serait-il pas plus judicieux de lui demander de nous permettre d’y arriver dans les prochaines années. Une fois indépendant, nous nous attèlerons à la tâche de rédiger une Constitution, et la représentation démographique et régionale devra faire partie des discussions.
Nous devrions donc mettre nos énergies à exiger du PQ qu’il précise sa démarche de gouvernance pour être sûr qu’elle nous conduira à l’indépendance. Les citoyens devront mettre la main à la pâte à travers les organisations citoyennes tout au cours de ce cheminement. Et une fois indépendant, nous pourrons discuter en toute liberté de tous les éléments de notre Constitution, et bien entendu, des modes de représentation. Ces discussions auront lieu pour les bonnes raisons, le système de représentation ne devrait pas et ne pourra pas de toute façon servir à nous mener à l’indépendance, mais l’indépendance nous imposera de tout étudier et d’adopter ce que nous croyons le mieux pour le Québec, pour son épanouissement politique, social et économique.

