(...) J’ai pris la peine de lire le verbatim de la conférence de presse papale. Le pape semble bien informé sur les questions concernant la transmission du virus HIV en Afrique.
Il interroge tout le monde sur l’insistance que l’on met pour prévenir la pandémie, en utilisant uniquement le condom. Il critique cette orientation purement sanitaire. Il fait appel davantage au sens de la conscience humaine et de la responsabilité dans nos comportements sexuels. Le préservatif semble être devenu un sujet tabou sur lequel on ne peut plus parler. Il fait parti du discours social habituel et participe nécessairement à la pratique sexuelle. Comme s’il n’y avait pas d’autres alternatives pour éviter la propagation de certaines maladies.
L’acte sexuel recherché pour lui-même au gré des rencontres n’humanise pas la sexualité ni la relation humaine dit un commentateur avisé du Vatican. Il entraîne bien des souffrances et pèse sur la qualité du lien social. Dans le meilleur des cas, l’acte sexuel n’a de sens que s’il s’intègre dans une relation amoureuse mais pas comme une réponse à une impulsion réflexe.
S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Il faut renouveler l’homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre ; d’autre part, il faut renouveler aussi notre capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, à rester présent dans les situations d’épreuve.
C’est le rôle du Pape d’affirmer que, sans une éducation au sens des responsabilités, on pourra difficilement faire diminuer l’expansion virale. La transmission du virus du sida est parfaitement évitable. Il ne s’attrape pas comme celui de la grippe. Il est lié aux comportements et aux pratiques sexuelles. En ciblant uniquement le préservatif, en laissant entendre « fais ce que tu veux », on risque de confirmer des comportements qui posent déjà problème et on évite de les penser. Le préservatif n’est pas un principe de vie. C’est la responsabilité qui est un principe de vie.
Dans la société actuelle, le sens des choses et des mots est souvent inversé quand on affirme par exemple que « le sida est la maladie de l’amour ». Il s’agit plutôt du contraire : il est surtout l’expression d’une errance affective et d’une impulsivité sexuelle. Autrement dit, il y a un certain conformisme de la prévention qui évite de poser les vraies questions au sujet des comportements sexuels aujourd’hui. Nous avons à nous interroger afin de considérer l’expression sexuelle avec davantage de dignité qu’en favorisant des conduites et des pratiques inconsidérées. C’est la question du sens de l’amour et de la fidélité qui se trouve posée.
Nestor Turcotte
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

