Bonjour M. Archambault,
Merci d’avoir pris le temps de lire mon texte « Les Québécois ne sont pas vraiment ambivalents » et de me donner vos commentaires dans le texte « Un peu de colère ! ». Si je comprends bien, vous exposez l’état dans lequel les gens du Québec devraient être, vous définissez la posture que nous devrions prendre par rapport au Canada. Mais ne vous méprenez pas : je ne suggère pas une enième demande au Canada, je suggère une prise de position formelle pour le Québec.
Je crois qu’un OUI massif à la question référendaire que je propose ferait naitre formellement la nation politique, parce que pour la première fois, nous formulerions une position fondamentale pour entériner la Constitution, pour rendre valide ce Canada, donc.
C’est important que le reste de la planète nous reconnaisse, mais c’est encore plus important que les gens du Québec reconnaissent eux-mêmes leur nation politique. C’est cette naissance-là dans le ventre des citoyens qui est importante, qui pourrait enfin faire bouger les choses.
Un tel référendum devrait être accompagné, évidemment, des points concrets à modifier dans la Constitution. Ça n’oblige en rien le Canada, mais ça oblige les citoyens enfin conscientisés à agir en conséquence. Si vous avez le temps, lisez le texte d’André Savard « La position du Québec », 7 août 2008, et mes commentaires, je développe là-dessus. Si toujours ça vous intéresse, lisez aussi les deux textes de M. Savard de juillet 2008, "Une Constitution québécoise est nécessaire" et "Pourquoi soutenir une Constitution québécoise", ainsi que le mien, "Constitution québécoise", 22 juillet 2008.
C’est une stratégie très risquée, il ne faudrait pas se mettre à négocier avant l’heure, des forces occultes comme Power Corporation pourraient acheter le Québec à rabais, nous faire signer n’importe quoi. Imaginez si nous en étions là aujourd’hui, à faire un tel référendum, avec Jean Charest au pouvoir. Les gens voteraient pour des modifications de peccadilles, trop contents d’avoir enfin l’occasion de fermer ce dossier national maudit.
Je ne comprends peut-être pas bien vos propos, il y a bien une nuance entre ce que vous dites et ce que je dis, mais il me semble que ce n’est qu’une perspective différente. Vous dites :
« En demandant au peuple souverain du Québec en somme s’il existe, s’il désire exister dans l’État, s’il accepte de se proclamer existant et souverain, nous franchissons une étape cruciale. »
Vous dites aussi :
« … il nous faut déclarer invalide et illégitime toute légalité d’un État qui, sur le territoire national du Québec, ne se serait pas soumis aux voix du peuple souverain du Québec. Un OUI à telle déclaration se trouve à invalider l’actuel État du Canada. Ce qui l’oblige à se soumettre aux voix du peuple. À lui de proposer au peuple souverain du Québec un État du Canada, une Constitution du Canada susceptible de recevoir son approbation. »
Que suggérez-vous exactement ? Qu’un gouvernement souverainiste fasse un référendum avec une question formulée comment exactement ? Qu’il aille en chercher le mandat dans une élection, quelque chose qui dirait « si vous votez pour nous, ça veut dire que … » ? Concrètement, comment proposez-vous que les choses soient mises en œuvre ?
Il me semble que le référendum que je propose entraine le même résultat, la naissance de la nation politique, mais avec une position formelle en plus. Même si 75 % des Québécois disaient OUI à la question « le Québec forme-t-il une nation souveraine pour vous ? », ou à la question « le Canada est-il illégitime au Québec », qu’est-ce que ça changerait par rapport à ce qui se passe depuis des années ? Le Canada dirait « et alors, on le savait déjà ». Tout restera entre les mains du Canada, comme vous dites, peu importe ce qu’on fera puisqu’actuellement, en ne faisant rien, le Canada demeure la Loi. À part une déclaration unilatérale d’indépendance du Québec, rien ne peut obliger le Canada à bouger.
Vous dites « À lui de proposer au peuple souverain du Québec un État du Canada, une Constitution du Canada susceptible de recevoir son approbation. » Voyons donc, espérez-vous vraiment un tel dénouement ? Avec ma proposition référendaire, je ne m’attends pas à ça. Et pourquoi lui laisser toute latitude quant à ce qu’il faudrait dans la Constitution pour plaire aux Québécois ? Le Canada n’a pas besoin de se rendre légitime au Québec, comme vous dites, il me semble que depuis 1982 c’est assez clair. Quand le Canada nous ignorera tout simplement en ne faisant rien, que se passera-t-il ? Devrons-nous nous adresser à lui, ou à sa Cour Suprême (ce qui n’a aucun sens), ou aux nations Unies pour qu’il daigne obtempérer ? Et s’il finissait par obtempérer, pensez-vous qu’il ne nous pondrait pas un référendum au Québec qui récolterait facilement 60% de OUI avec une question astucieuse ?
La question que je propose est plus concrète, elle risque d’obtenir un meilleur taux de participation aux urnes que votre question, à mon avis, et elle enclencherait quelque chose, contrairement à ce que vous proposez. Malgré ce que vous pensez ma proposition présente la même posture indépendante que la vôtre, le point essentiel étant de prendre position sans attendre après le Canada. Mais si votre proposition prenait de l’ampleur et engendrait une démarche concrète, je l’encouragerais bien sûr.
Cependant, je ne ferai pas plus que ça la promotion de ma proposition référendaire car je crois qu’il y a des moyens plus sûrs pour prendre position et pour faire naitre un jour notre pays.
