Le 6 novembre 1999 les Australiens sont appelés aux urnes afin de se prononcer par voie référendaire sur l’abolition de la monarchie, l’instauration d’un régime républicain ou sur le maintien du régime en place soit, à l’instar du Canada, le régime de monarchie constitutionnelle. Or, au cours de la campagne référendaire, les sondages lui accordant une confortable avance, l’option républicaine a le vent dans les voiles, les jours passent et le débat se déplace autour du type de république qui doit prévaloir. Ainsi, il était convenu que le Président de la République australienne serait élu par un vote aux deux tiers des membres du Parlement. Devant la possibilité grandissante d’une victoire des abolitionnistes, les tenants de la république se découvrent un intérêt accru sur la façon d’appréhender le nouveau régime. Au président élu par le Parlement, de plus en plus de citoyens préfèrent une élection directe de celui-ci. Le camp abolitionniste-républicain se divise. Le type de république dont veulent manifestement se doter les Australiens se discute en pleine campagne référendaire, ce qui ne sera pas sans satisfaire les tenants du maintien du régime en place qui, de leur côté, ne manquent pas de participer à cette division au sein des troupes républicaines. La querelle est telle que l’un des camps républicains menace de joindre celui des monarchistes. Ce qui arriva et eut pour conséquence de donner la victoire à ces derniers !
Et si ce même scénario-catastrophe se produisait lors d’une campagne référendaire ou électorale portant sur l’indépendance du Québec ? Il serait plutôt irresponsable de ne pas l’envisager. Et pourtant, à deux reprises, les Québécois furent appelés à se prononcer sur leur destin sans qu’auparavant soient discutés clairement et sérieusement de quel ordre et dans quels termes se définirait le régime dont se doterait un Québec souverain.
Comme l’indiquait André Binette dans son texte " Quelle constitution pour le Québec ? " reproduit sur Vigile, et devant un récent sondage révélant la popularité grandissante des Canadiens en faveur de l’abolition de la monarchie ( http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/200907/01/01-880379-65-des-canadiens-souhaitent-labolition-de-la-monarchie.php ), il est à craindre que, pour damer le pion au mouvement indépendantiste, Ottawa soit tenté de se refaire une virginité constitutionnelle en mettant en œuvre un changement de régime dès la fin du règne de l’actuelle souveraine.
Devant toutes ces possibilités, l’élite indépendantiste ne peut rester dans l’attente de "conditions gagnantes " et autres alignements favorables des planètes pour enclencher un processus consultatif qui se révèlerait, en cours de route, dramatiquement inachevé. Avant de faire le saut vertigineux vers l’indépendance, nous devons prendre immédiatement l’initiative de définir ce qu’il en sera de notre république.
L’établissement d’une courte constitution provisoire, expliquer et promouvoir l’idéal républicain aux citoyens du Québec auront inévitablement pour effet de leur donner le goût de prendre part aux affaires de l’État et, au final, de fonder le pays. Le sondage cité plus haut nous informe, par ailleurs, que 86% des Québécois sont favorables à l’abolition du poste de Lieutenant-gouverneur. Une constante qui, de sondage en sondage, se maintient. N’est-ce pas là une "condition gagnante" ? Il serait plutôt curieux que dans le cadre des prochaines élections nos chefs souverainistes ne saisissent pas cette chance unique de satisfaire l’électorat.
Ce débat essentiel et urgent pourrait, du même coup, représenter le cadre idéal unificateur tant souhaité et si nécessaire au sein de nos troupes.
Danièle Fortin

