Ce n’est certainement pas la réforme du sénat ou du mode de nomination des juges à la Cour Suprême du Canada qui pourrait inciter Stephen Harper à ouvrir la constitution pour se jeter dans la tourmente constitutionnelle.
Il faut alors chercher ailleurs les motifs d’une telle initiative que beaucoup d’analystes comparent au suicide politique. Il faut les chercher dans les rapports internationaux du Canada avec les États-unis, la France, la Chine et l’Inde, là où l’influence économique et politique du Canada est non seulement en perte de vitesse, mais surtout en chute libre. Là où il y a urgence !
L’objectif de Stephen Harper serait d’abord de redorer l’image internationale du Canada comme défenseur des droits humains. À ce titre, les causes du Québec, des Autochtones du Canada et des Tibétains seraient fondamentales, il en va de l’importance stratégique des relations du Canada avec la Chine. Dans un contexte où s’il souhaite créer un rapport de force avec la Chine, et trouver une place dans l’échiquier mondial, le Canada se doit de se démarquer davantage sur la question des droits humains. Malheureusement, tant que le Canada sera aux prises avec les problèmes québécois et autochtone, il n’aura aucune crédibilité auprès de la Chine et de la communauté internationale. Comme il a déjà reconnu le Québec comme nation au sein d’un Canada uni, il ne lui reste plus qu’à régler le problème autochtone pour s’autoriser à plaider la cause du peuple tibétain auprès de l’ONU afin d’amener la Chine dans les câbles des droits humains, car seule la politique peut encore contrer cette puissance économique qui connaît une fulgurante croissance. Stephen Harper l’a compris et doit se repositionner rapidement.
Tout le monde conviendra que la stratégie de régler le problème autochtone ne risque pas de disloquer le Canada. On doit plutôt s’attendre à ce que le Canada soit plus généreux envers les autochtones qu’il ne l’a été envers le Québec. De deux maux, Stephen Harper choisira probablement le moindre, il favorisera donc les demandes des autochtones au profit des demandes traditionnelles du Québec à qui il n’accordera que l’enchâssement de la reconnaissance de Nation dans la constitution et un vague encadrement du pouvoir fédéral de dépenser.
Le Canada n’a pas le choix, il a même tout à gagner dans un tel pari, puisque s’il ne fait rien, il perdra le peu du rapport de force qui lui reste face à la Chine et l’Inde ainsi que sa participation au G8 qui est de plus en plus menacée. Stephen Harper le sait. Le Canada a donc besoin de retrouver rapidement sa crédibilité en politique internationale qui a beaucoup décliné depuis que les conservateurs ont pris le pouvoir au début de 2006. La solution : une grande réconciliation dont le grand succès serait de réunir tout le monde à la même table, les trois peuples fondateurs. Tout milite donc pour que le Canada réalise « La Grande Réconciliation » : un traité constitutionnel où apparaîtraient les signatures de Stephen Harper, du Grand Chef Phil Fontaine et de Jean Charest.
Nul doute que les Canadiens ont besoin d’une image plus optimiste de leur pays par les temps qui courent, Stephen Harper souhaite la leur donner. Ils veulent retrouver ce bon vieux Canada des casques bleus et des grands espaces. Kyoto et l’Afghanistan leur ont cruellement fait mal. S’il veut survivre, le Canada doit donc se démarquer au plan politique, à défaut de se développer au plan économique. Il lui faut donc une voie de secours, une voie politique : celle d’une grande réconciliation. En redevenant le champion des droits humains par la reconnaissance de la grande nation autochtone, le Canada serait à nouveau de toutes les grandes discussions, comme à l’époque des Pearson et des Trudeau. Qui sait, peut-être Stephen Harper se méritera-t-il le prix Nobel de la paix ! C’est peut-être un rôle mineur, mais il est essentiel dans le concert des nations. Dans l’esprit de Stephen Harper, le Canada doit redevenir un exemple pour le monde s’il veut continuer à exister, malgré son inéluctable déclin économique, à l’ombre de la Chine et de l’Inde. Sa place au G8, sera celle du grand pacificateur des nations.
S’il donne un rôle prépondérant aux autochtones, il faudra un prix de consolation pour le Québec : la reconnaissance comme nation, l’encadrement du pouvoir de dépenser et quelques miettes. Personne ne s’en formalisera outre mesure, puisque le Canada aura participé à la naissance d’une grande nation autochtone canadienne. Dans cette perspective, juste à le voir aller, on peut facilement imaginer que Jean Charest deviendrait le digne successeur d’Adélard Godbout, un peu à l’image du rôle que ce dernier a joué à l’occasion de la Deuxième Guerre mondiale.
Comme je l’expliquais dans deux récents billets, c’est probablement dans cette perspective qu’il faut voir l’annonce d’un changement dans les relations de la France avec le Québec et le Canada. Des relations où la France accompagnerait le Canada dans son nouveau rôle de gendarme des droits humains lorsque le Canada quittera l’Afghanistan. D’ailleurs, je me demande si tout cela ne serait pas le résultat d’une certaine vision folklorique et bucolique qu’entretiendrait Nicolas Sarkozy à l‘égard du Québec, du Canada et des autochtones, que Paul Desmarais n’aurait pas tenté de dissiper. Le Québec ne serait alors que le prétexte pour ouvrir une constitution où la prépondérance dans les discussions serait aussitôt donnée aux Autochtones plutôt qu’au Québec, comme ce fut le cas à l’occasion des négociations sur les accords du lac Meech.
Nul doute que le Canada applaudirait à la réalisation d’un tel scénario, sachant que son objectif inavoué est de diminuer le pouvoir du Québec au sein du Canada, comme cela a toujours été le cas à l’occasion de chaque réforme constitutionnelle depuis la proclamation de l’Acte de l’Union en 1840. Se réconcilier avec deux nations ethniques pour sauver le Canada sans leur concéder trop de droits, quelle aubaine ! Surtout, quelle image pour la planète ! Cela aurait également pour conséquence d’isoler davantage le Québec au plan international, en relativisant ses velléités d’indépendance face aux revendications beaucoup plus sympathiques des peuples autochtones établis sur son propre territoire.
Louis Lapointe
Brossard
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