D’où vient l’idée du référendum se demande Claude Morin ? La vraie question est plutôt de savoir pourquoi cette idée du référendum est apparue pour la première fois un peu avant les élections du 29 octobre 1973 dans une annonce publiée dans les grands journaux.
Voici le texte qui est apparu comme publicité payée par le Parti québécois dans tous les journaux quelques jours avant les élections du 29 octobre 1973, il y a 35 ans.
Aujourd’hui,
je vote pour la seule équipe
prête à former
un vrai
gouvernement.En 1975,
par référendum,
je déciderai
de l’avenir
du Québec.Une chose à la fois ! Chaque chose en son temps.
Je vote Parti québécois.
Je vote pour le vrai !(Voir Ils sont fous ces libéraux, Editions Robert Antoine, Longueuil, mai 1974, p.133)
Telle a été la publicité publiée par le Parti québécois en octobre 1973. C’est ainsi que Claude Morin a placé la prise du pouvoir comme priorité et a séduit René Lévesque avec cette idée qui allait émasculer pour longtemps le mouvement indépendantiste avec cette fausse obligation de passer par le référendum et non pas par une victoire aux élections avec un programme clair qui met l’indépendance comme priorité véritable. On a baptisé cette démarche “l’étapisme”.
Lisez la prose de Claude Morin, le père de l’étapisme, ici même pour comprendre les méandres de la pensée du grand négociateur qu’on appelait le Sphinx à la pipe de Québec. Avant cette annonce publicitaire qui était un changement de cap fondamental, les dirigeants du Parti québécois, René Lévesque en tête, quand ils se présentaient devant les électeurs disaient : voter pour le Parti québécois, c’est voter pour l’indépendance. Ce qui voulait dire qu’une fois au pouvoir des actions seraient posées pour réaliser l’indépendance quitte à obtenir l’appui majoritaire du peuple québécois par référendum sur la Constitution québécoise d’un pays souverain.
L’étapisme de Claude Morin-René Lévesque est arrivé et nous plaça devant le fait accompli et nous enlisa pendant des décennies dans ce qu’on appelle aujourd’hui avec raison “le référendisme”.
Des faits historiques avérés prouvent hors de tout doute que l’idée du référendum a été extrêmement commode pour faire gagner des élections mais qu’elle ne nous a pas donné un pays. Claude Morin est incapable de voir le lien qui existe entre les échecs subis aux référendums de 1980 et de 1995 et la stratégie étapiste qui a placé la prise du pouvoir et l’exercice du pouvoir comme priorité qui passe avant la promotion de la souveraineté toujours remise à plus tard. L’idée du référendum nous a éloigné de la souveraineté en séparant la prise du pouvoir et l’accession à la souveraineté. L’exercice du pouvoir devait nous rapprocher de la souveraineté car le bon gouvernement devait inspirer confiance. Il faut croire que ça ne suffisait pas. Au lieu de faire appel aux militants pour mobiliser la population, on se faisait dire : attendez, le fruit n’est pas mûr et on ne savait même pas quelle serait la question posée au référendum de 1980 alors comment pouvions-nous influencer la population ! La souveraineté d’un peuple ne s’acquiert pas par des stratégies fumeuses conçues par des petits- bourgeois et des fonctionnaires sur la Grande Allée.
On m’accusera sans doute de chercher un bouc émissaire ou une tête de turc (cette accusation est une façon d’essayer de noyer le poisson) mais je ne peux m’empêcher de faire remarquer que le ministre qui était responsable de la stratégie référendaire qui a échoué est la même personne qui a eu des relations rémunérées avec la GRC. Peu importe les autojustifications de Claude Morin dans son livre, je n’ai pas eu besoin de Normand Lester pour penser que le fait d’avoir joué à l’informateur sur le “payroll” de la GRC est une erreur stratégique majeure à moins que vous ne soyez assez naïf pour penser que cette information ne s’est pas rendue jusqu’aux hommes politiques au pouvoir à Ottawa. Je vous conseille alors de lire Pierre Cloutier. Rien ne peut justifier le fait de se rendre ainsi vulnérable au chantage des fédéraux. C’est une faute grave d’un point de vue indépendantiste. Rencontré au collège de Sorel-Tracy où j’enseignais, après une conférence sur l’indépendance et la langue française, comme on était au coeur de l’affaire Morin, Pierre Bourgault m’a demandé : “Qu’est-ce que tu en penses ? Aucun mot n’a été prononcé ni par moi ni surtout par lui. On s’est regardé et il a haussé les épaules de dégoût. Je n’ai jamais vu de silence plus éloquent.
Claude Morin est ce même homme qui a manqué de jugement d’une manière si flagrante qui vient nous dire encore aujourd’hui : sans référendum, pas de salut et qui ne cesse d’essayer de se justifier comme une araignée qui tisse sa toile et je vois que beaucoup de mouches se laissent encore attraper.
Ces élucubrations, quel rapport ont-elles avec la situation actuelle où le référendum n’est même plus à l’horizon prévisible ? La priorité est toujours la même au Parti québécois : c’est la prise du pouvoir... provincial. Pour en faire quoi ? Est-ce que quelqu’un pourrait me confirmer que la rédaction du Manifeste sur la souveraineté qui est censé montrer les avantages et la nécessité de l’indépendance n’est pas une priorité pour Pauline Marois ? Est-ce qu’il est vrai qu’il n’est pas question d’investir une cenne gouvernementale pour faire la promotion de la souveraineté ? Est-ce qu’il est vrai que le projet de citoyenneté québécoise devra respecter en tous points la Constitution de 1982 et la Charte des droits. Est-ce qu’il est vrai qu’il faudra éviter toute collision avec Ottawa quand on sait que seulement une situation de crise peut arriver à faire comprendre à certains Québécois qu’un gouvernement du Québec qui veut, par exemple, protéger et promouvoir la langue française au Québec se heurtera nécessairement aux lois canadiennes telles qu’interprétées par la Cour suprême ?
En conclusion, dans tout ce que j’ai lu sur le site Vigile.net dernièrement, et cela inclut la prose de Claude Morin qui est un redoutable dialecticien, sans être d’accord sur tous les points et sans en tirer pour le moment de conséquence pratique, je prends le risque de dire que je me sens proche de la pensée de Pierre Cloutier.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 14 avril 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

