|
|
| Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production. | |||||
| Financement 2008 |
| Objectif : 20000$ | |||
D’où vient l’idée du référendum se demande Claude Morin ? La vraie question est plutôt de savoir pourquoi cette idée du référendum est apparue pour la première fois un peu avant les élections du 29 octobre 1973 dans une annonce publiée dans les grands journaux.
Voici le texte qui est apparu comme publicité payée par le Parti québécois dans tous les journaux quelques jours avant les élections du 29 octobre 1973, il y a 35 ans.
Aujourd’hui,
je vote pour la seule équipe
prête à former
un vrai
gouvernement.En 1975,
par référendum,
je déciderai
de l’avenir
du Québec.Une chose à la fois ! Chaque chose en son temps.
Je vote Parti québécois.
Je vote pour le vrai !(Voir Ils sont fous ces libéraux, Editions Robert Antoine, Longueuil, mai 1974, p.133)
Telle a été la publicité publiée par le Parti québécois en octobre 1973. C’est ainsi que Claude Morin a placé la prise du pouvoir comme priorité et a séduit René Lévesque avec cette idée qui allait émasculer pour longtemps le mouvement indépendantiste avec cette fausse obligation de passer par le référendum et non pas par une victoire aux élections avec un programme clair qui met l’indépendance comme priorité véritable. On a baptisé cette démarche “l’étapisme”.
Lisez la prose de Claude Morin, le père de l’étapisme, ici même pour comprendre les méandres de la pensée du grand négociateur qu’on appelait le Sphinx à la pipe de Québec. Avant cette annonce publicitaire qui était un changement de cap fondamental, les dirigeants du Parti québécois, René Lévesque en tête, quand ils se présentaient devant les électeurs disaient : voter pour le Parti québécois, c’est voter pour l’indépendance. Ce qui voulait dire qu’une fois au pouvoir des actions seraient posées pour réaliser l’indépendance quitte à obtenir l’appui majoritaire du peuple québécois par référendum sur la Constitution québécoise d’un pays souverain.
L’étapisme de Claude Morin-René Lévesque est arrivé et nous plaça devant le fait accompli et nous enlisa pendant des décennies dans ce qu’on appelle aujourd’hui avec raison “le référendisme”.
Des faits historiques avérés prouvent hors de tout doute que l’idée du référendum a été extrêmement commode pour faire gagner des élections mais qu’elle ne nous a pas donné un pays. Claude Morin est incapable de voir le lien qui existe entre les échecs subis aux référendums de 1980 et de 1995 et la stratégie étapiste qui a placé la prise du pouvoir et l’exercice du pouvoir comme priorité qui passe avant la promotion de la souveraineté toujours remise à plus tard. L’idée du référendum nous a éloigné de la souveraineté en séparant la prise du pouvoir et l’accession à la souveraineté. L’exercice du pouvoir devait nous rapprocher de la souveraineté car le bon gouvernement devait inspirer confiance. Il faut croire que ça ne suffisait pas. Au lieu de faire appel aux militants pour mobiliser la population, on se faisait dire : attendez, le fruit n’est pas mûr et on ne savait même pas quelle serait la question posée au référendum de 1980 alors comment pouvions-nous influencer la population ! La souveraineté d’un peuple ne s’acquiert pas par des stratégies fumeuses conçues par des petits- bourgeois et des fonctionnaires sur la Grande Allée.
On m’accusera sans doute de chercher un bouc émissaire ou une tête de turc (cette accusation est une façon d’essayer de noyer le poisson) mais je ne peux m’empêcher de faire remarquer que le ministre qui était responsable de la stratégie référendaire qui a échoué est la même personne qui a eu des relations rémunérées avec la GRC. Peu importe les autojustifications de Claude Morin dans son livre, je n’ai pas eu besoin de Normand Lester pour penser que le fait d’avoir joué à l’informateur sur le “payroll” de la GRC est une erreur stratégique majeure à moins que vous ne soyez assez naïf pour penser que cette information ne s’est pas rendue jusqu’aux hommes politiques au pouvoir à Ottawa. Je vous conseille alors de lire Pierre Cloutier. Rien ne peut justifier le fait de se rendre ainsi vulnérable au chantage des fédéraux. C’est une faute grave d’un point de vue indépendantiste. Rencontré au collège de Sorel-Tracy où j’enseignais, après une conférence sur l’indépendance et la langue française, comme on était au coeur de l’affaire Morin, Pierre Bourgault m’a demandé : “Qu’est-ce que tu en penses ? Aucun mot n’a été prononcé ni par moi ni surtout par lui. On s’est regardé et il a haussé les épaules de dégoût. Je n’ai jamais vu de silence plus éloquent.
Claude Morin est ce même homme qui a manqué de jugement d’une manière si flagrante qui vient nous dire encore aujourd’hui : sans référendum, pas de salut et qui ne cesse d’essayer de se justifier comme une araignée qui tisse sa toile et je vois que beaucoup de mouches se laissent encore attraper.
Ces élucubrations, quel rapport ont-elles avec la situation actuelle où le référendum n’est même plus à l’horizon prévisible ? La priorité est toujours la même au Parti québécois : c’est la prise du pouvoir... provincial. Pour en faire quoi ? Est-ce que quelqu’un pourrait me confirmer que la rédaction du Manifeste sur la souveraineté qui est censé montrer les avantages et la nécessité de l’indépendance n’est pas une priorité pour Pauline Marois ? Est-ce qu’il est vrai qu’il n’est pas question d’investir une cenne gouvernementale pour faire la promotion de la souveraineté ? Est-ce qu’il est vrai que le projet de citoyenneté québécoise devra respecter en tous points la Constitution de 1982 et la Charte des droits. Est-ce qu’il est vrai qu’il faudra éviter toute collision avec Ottawa quand on sait que seulement une situation de crise peut arriver à faire comprendre à certains Québécois qu’un gouvernement du Québec qui veut, par exemple, protéger et promouvoir la langue française au Québec se heurtera nécessairement aux lois canadiennes telles qu’interprétées par la Cour suprême ?
En conclusion, dans tout ce que j’ai lu sur le site Vigile.net dernièrement, et cela inclut la prose de Claude Morin qui est un redoutable dialecticien, sans être d’accord sur tous les points et sans en tirer pour le moment de conséquence pratique, je prends le risque de dire que je me sens proche de la pensée de Pierre Cloutier.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 14 avril 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Bravo pour votre excellente citation, M. Barberis-Gervais. Le Parti québécois n’était pas très convaincu de la nécessité de l’indépendance. L’attrait du pouvoir l’avait déjà corrompu en 1973. Le plan (pas malicieux et tellement innocent quand on n’a pas les idées claires) consistait donc à se faire élire en prenant le vil raccourci de renoncer à convaincre nos compatriotes de l’indépendance. Escamoter l’essentiel pour un plat de lentilles. Le vil raccourci a pu paraître longtemps une bonne idée, et il est encore une idée défendue aujourd’hui par ceux qui, nombreux, refusent encore d’ouvrir les yeux et de faire un bilan sans complaisance de ces années de duperie qui se prolongent. Ils nous serinent sur les tribunes que le PQ a toujours promu la souveraineté, ne concédant que du bout des lèvres qu’il le fait moins depuis 1995. Un système de justification de l’indéfendable est en place mais il est en train de se lézarder.
Gilles Verrier
D’accord avec M. Barberis-Gervais qu’un parti indépendantiste qui prend le pouvoir avec une minorité de votes et qu’il ne peut tenir ainsi un référendum gagnant sur son option politique, parce qu’elle est minoritaire, est condamné à gouverner une province, ce qui semble perdant sur tous les plans en plus d’avoir à pactiser à la petite semaine avec son adversaire politique fédéraliste.
D’un autre côté, s’il n’y a pas assez de Québécois qui sont indépendantistes, un parti qui prône l’indépendance ne pourra pas être élu par une majorité de Québécois et ne pourra pas de façon sécuritaire déclarer l’indépendance du Québec. Si le PQ n’avait pas sorti son idée de référendum, il se serait contenté de l’opposition depuis le début et on en serait encore au même point aujourd’hui.
Si le PI, qui est full-indépendantiste, réussit à faire élire 2 ou 3 députés à la prochaine élection générale et à faire battre 7 ou 8 députés péquistes, ça va donner quoi au mouvement, à la fin ? Avoir 2 ou 3 députés qui ont le droit de se lever une fois par Allô !
M. Bousquet écrit : "Si le PQ n’avait pas sorti son idée de référendum, il se serait contenté de l’opposition depuis le début et on en serait encore au même point aujourd’hui."
À moins d’avoir une boule de crystal, personne ne sait ce qui serait advenu si le PQ avait défendu l’indépendance avec résolution et sans discontinuer. Personne. Ce que l’on sait toutefois c’est qu’il ne l’a pas fait, avec pour résultat qu’aujourd’hui nous sommes au même point. Pire, affaiblis en ce qui concerne notre position au sein du canada.
GV
Mon cher Robert,
Je partage totalement ton opinion. Le référendum a eu pour effet, quelles que soient les intentions de ses promoteurs, de provincialiser l’action du Parti québécois et de détourner les souverainistes de la promotion de l’indépendance pour arriver plus vite au pouvoir, certains pensant qu’on pourrait mieux y faire progresser l’option.
J’ai vécu de près ce débat comme conseille au programme du PQ. Claude Morin faisait valoir les mêmes arguments qu’il ressort aujourd’hui. Le référendum serait plus démocratique. Sur le plan stratégique, le Parti Québécois arriverait plus vite au pouvoir pour faire les réformes de son programme. Au gouvernement, il disposerait de moyens considérables pour promouvoir son option jusqu’au référendum.
Moi et d’autres, nous soutenions qu’une fois élus sans un appui clair à notre option, nous devrions nous concentrer sur la gouverne provinciale, privés des moyens d’un État souverain pour faire les réformes de notre programme. Les moyens du gouvernement seraient consacrés à assumer ses responsabilités provinciales plutôt qu’à la promotion de la souveraineté. Le débat électoral sera détourné de la nécessaire souveraineté au profit d’une compétition entre équipes de gouvernement provincial. Le Parti ne devrait plutôt se concentrer sur la tâche de construire une majorité souverainiste, quitte à arriver au pouvoir plus tard, mais avec la force nécessaire pour réaliser une démarche démocratique d’accession à la souveraineté.
Je dois dire que, malheureusement, nous avons eu raison. Les preuves sont là. Après quarante ans et 8 élections polluées par le référendisme, je m’étonne qu’on y accorde encore quelque crédibilité que ce soit. Il est temps de remettre l’indépendance comme débat principal de la prochaine élection.
M. Gilbert Paquette a raison d’écrire : « Le référendum a eu pour effet, de provincialiser l’action du Parti québécois et de détourner les souverainistes de la promotion de l’indépendance ».
Exact M. Paquette. Vous écrivez ici ce que M. Louis Bernard prêche depuis quelques années : Le PQ devrait dire ouvertement et tout le temps qu’il est un parti souverainiste et bien avertir les Québécois que s’ils sont fédéralistes, ils devraient voter pour un parti. Comme ça, le PQ n’aurait pas à gouverner une province encore et encore mais ce n’est pas le choix qu’a fait Mme Marois. Est-ce qu’elle a raison ou tort ? Difficile à dire puisqu’un parti politique est fait pour gouverner...problème cornélien.

14381$ 72%
|
Pour contribuer en ligne
|