Une connaissance qui travaille à l’émission du matin pour une radio de Québec souvent qualifiée de Radio-poubelle m’avait envoyé un courriel rageur, un jour où Le Devoir avait usé du terme pour désigner cette antenne. Or, ce matin, au micro de cette même radio, qu’est-ce que j’entends ? Qu’au moment où un autre soldat québécois mourrait en Afghanistan, il était « scandaleux » que Luck Mervil ait mis une certaine emphase à lire le Manifeste du FLQ, sur les Plaines, dans le cadre du Moulin à paroles. Des chroniqueurs qui accompagnent l’animateur (lequel prône la liberté, mais, chose fréquente, se comporte dans son studio comme un chef de secte) lâchent alors des « Eille, c’tétait-tu dull » ; « Ouin, c’est peut-être parce que la dernière fois que chu allé su’ é Plaines, c’était le show de Kiss ». D’une part, c’était conçu pour être « dull », le Moulin à paroles. Les organisateurs ont refusé la célébration, le festif.
Le rendez-vous était voulu « austère », avait dit Brigitte Haentjens. Or, surprise, cette austérité était délicieuse : la variété des textes ; il n’y a rien comme les textes. Juste les textes. Pas de quincaillerie. Pas de divertissement, car « le divertissement est à même, comme on l’a vu lors du 400e anniversaire de cette ville, de prendre tout l’espace jusqu’à inhiber la raison même de la fête », a si bien dit André Ricard, en fin de semaine. Des textes, donc. Et pas juste des textes récents, comme dans nos écoles ; de vieux textes, qui sont parfois les plus nouveaux ! On se plaint souvent que nous n’avons pas de littérature, ou que nous ne méritons pas notre devise.
Eh bien samedi et dimanche, nous avions tout ça : l’histoire, les textes, lus en public ; sur les Plaines, lesquelles ont cessé depuis longtemps d’être des champs de batailles et sont devenues le haut lieu des rendez-vous festivocratiques : Saint-Jean orgiaques et autres festivals d’été. Samedi et dimanche, une chose rare s’est fait voir : un public respectueux, attentif, presque studieux. C’est ce qu’on devrait prendre le temps de faire dans les écoles : lire des textes. Donner la parole à nos grands morts : ce sont les meilleurs professeurs. Un peuple qui ne connaît pas ses morts a du mal à vivre.
D’autre part, ce moulin était certainement plus riche, comme commémoration, que ces reconstitutions de bataille où des bonshommes déguisés en petits soldats rouges et bleus se tirent dessus à coups de faux fusils. Or, face à l’événement du Moulin à paroles (événement : pour une fois qu’on peut employer le mot, car il s’est vraiment passé quelque chose sur les Plaines), tout ce que la radio mentionnée plus tôt trouve à dire, c’est ce que j’ai rapporté ci-haut. Mauvaise foi, mesquinerie mâtinée de haine de soi, inculture fière d’elle-même, de sa petitesse. Autrement dit, des ordures : ce qu’on trouve dans les poubelles. Dire que c’est là que les Labeaume et autres Hamad vont se faire une idée sur ce qu’il faut penser.
Source
http://carnetsdudevoir.com/index.php/motsetmaux/commentaires/pourquoi_radio_ (...)


