Pour une génération fondatrice

Selon moi, non seulement l’indépendance nationale mettrait fin à la crise de l’identité québécoise, mais elle comblerait le vide culturel d’une société moderne en manque de repères !

mercredi 8 février 2012

Fils de deux immigrants haïtiens, né à Montréal, je suis et je me dis Québécois.

J’ai voté OUI au référendum de 1995 afin de contribuer à la réalisation de l’indépendance nationale du Québec pour unir les Québécois de toutes les souches sous la constitution d’une république.

L’indépendance nationale est bien sûr une opportunité d’avoir tous les moyens pour créer un nouveau modèle de social-démocratie et d’État vert pour le 21e siècle.

Mais j’étais et je serai toujours profondément convaincu que le Québec a besoin d’accomplir un grand « acte fondateur » qui pourrait être pour les Québécois, comme le disait si bien l’historien et sociologue Gérard Bouchard, « le socle auquel ils s’adosseraient. Ça nous donnerait cette espèce de confiance en soi, cette valorisation, cette sécurité psychologique et symbolique auxquelles nous aspirons ».

Selon moi, non seulement l’indépendance nationale mettrait fin à la crise de l’identité québécoise, mais elle comblerait le vide culturel d’une société moderne en manque de repères !

Comme Bouchard, j’estime que l’indépendance créerait un mythe puissant et mobilisateur, qui dégagerait dans toute la société une énergie extraordinaire. « Il faut de l’énergie pour faire la souveraineté. Une fois l’indépendance réalisée, ce mythe continuera à arroser les Québécois. Même ceux qui étaient férocement opposés à la souveraineté seront les premiers à s’abreuver à cette fontaine. »

Mais après le dernier échec référendaire et la mise en veilleuse démobilisatrice de l’option souverainiste par l’élite péquiste, je suis passé à autre chose. Ce n’est que 15 ans plus tard que je suis revenu militer pour la cause en tant que membre desIntellectuels pour la souveraineté, un groupe d’universitaires qui cherche à actualiser le projet de pays.

Pourquoi ? Parce qu’on a bien beau vouloir militer pour un Québec plus libertaire, éventuellement on frappe un mur. On a bien beau vouloir militer pour un Québec plus égalitaire, éventuellement on frappe un mur. On a bien beau vouloir militer pour un Québec plus vert, éventuellement on frappe un mur.

Ce mur est le régime canadien qui, avec son gouvernement fédéral, sa constitution de 1982 — imposée sans référendum — et son hégémonie culturelle, se dresse contre notre intérêt national : nos valeurs, nos besoins et nos ambitions.

Que nous soyons Canadiens par défaut ou par choix, plusieurs d’entre nous avons grandi en étant fiers d’appartenir à un pays ayant une image aussi libérale que celle du Canada. Mais, comme l’affirme le sondeur de l’opinion publique Jean-Marc Léger, « à petite dose, le premier ministre canadien Stephen Harper impose sa vision du Canada. Un Canada de droite [...] où l’économie prime sur l’environnement. Un Canada nationaliste et monarchiste de moins en moins francophone. Un Canada répressif et guerrier ».

Nous sommes maintenant en mesure de discerner le plan de quatre ans de Harper et des élites qui l’appuient : la mise en œuvre d’une réorganisation de l’économie canadienne autour de l’axe financier à Toronto et des ressources non renouvelables dans l’Ouest et le Nord — au détriment de l’économie québécoise — ainsi qu’une réforme profonde du Canada pour qu’il devienne un « État conservateur » et le demeure, et ce, même si le parti qui en porte le nom devait ne pas être réélu en 2015.

Il est donc temps pour les Québécois francophones et anglophones de faire leur deuil avec la mort tranquille du Canada libéral de notre imaginaire d’enfance.

Avec la raison de plus que nous offre cette conjoncture exceptionnelle, nous devons commencer à jeter les bases d’une vraie coalition nationale et s’unir comme un peuple mature pour fonder non seulement « un nouveau pays pour le monde », mais une République du Québec véritablement libertaire, égalitaire et verte pour nous et nos descendants.

Mais quel serait le meilleur véhicule politique de cette coalition pour porter les espoirs d’une génération fondatrice ?

Répondre à la question avec audace permettra peut-être au« patriote-citoyen » qui sommeille en nous de se réveiller à une nouvelle option...


Suggérer cet article par courriel
Actualité Canada-Québec - le Québec entravé
Un Canada répressif et guerrier

"Mais sur l’essentiel, ce sont deux pays qui s’affrontent.

Le Canada anglais redécouvre son identité. Au même moment, il nie la nôtre. On le voit avec les bibelots monarchistes que ressortent partout les conservateurs. Ou avec la nomination décomplexée d’unilingues anglophones aux sommets de l’État. (...) C’est à ce moment que les Québécois décident paradoxalement de tourner le dos à la question nationale." - Mathieu Bock-Côté, 24h, 4 janvier 2012

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2014: 60 000$
17 615$  29%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 27/09 André Daoust : 25 $
  • 26/09 Jean-Pierre Joly : 50$
  • 26/09 Pierre Vachon : 100$
  • 26/09 Georges Le Gal : 50$
  • 26/09 Gaétan Chamberland : 10$
  • 26/09 Françoise Labbé : 25$
  • 26/09 Jean Desrochers : 25$
  • 26/09 Guy Roy : 25$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!