S’il vous restait encore un doute sur l’utilité des relations politiques pour réaliser ses objectifs d’affaires et mettre la main sur nos richesses collectives à vil prix, l’exemple qui suit devrait le dissiper à jamais.
En effet, le ministre français de l’industrie, Éric Besson, vient de terminer une tournée dans le Nord québécois. Extrait du compte-rendu de l’agence de presse QMI :
« Nous voulons que les entreprises françaises s’implantent vraiment et tirent partie de ce qui est en train de se passer au nord du 49e parallèle », a dit M. Besson à la presse, en référence au Plan Nord, un ample programme du Québec pour mettre en valeur ses richesses naturelles et attirer quelque 80 milliards de dollars d’investissements sur 25 ans.
« Les entreprises françaises ont besoin de croissance » et doivent la chercher entre autres dans des zones en fort développement, a souligné le ministre, venu au Québec avec des hauts responsables de 14 grandes sociétés intéressées.
Il a énuméré les atouts du Nord québécois, son potentiel énergétique, avec l’hydroélectricité et l’éolien, et minier : fer, lithium, terres rares, diamants, ainsi que son « positionnement stratégique » avec des ports en eau profonde sur la future route arctique entre l’Asie et l’Europe.
« Le Nord québécois a tout pour devenir une "nouvelle frontière" pour les entreprises françaises », a-t-il estimé, avant de rappeler un défi lancé il y un an par le premier ministre Jean Charest, qui voudrait que les Français dépassent les Américains en tête des investisseurs étrangers.
« C’était une façon de dire aux entreprises françaises "Bougez-vous ! Il y a des opportunités ici, c’est à vous de les saisir" », a encore dit le ministre.
M. Charest, avec qui M. Besson a dîné vendredi, est attendu à Paris du 4 au 6 octobre. Il rencontrera le premier ministre François Fillon et s’adressera au Medef, l’organisation du patronat français.
De son côté, M. Besson compte créer un groupe de travail franco-québécois au sein d’un comité chargé d’assurer l’approvisionnement de la France en métaux stratégiques. »
En ce qui concerne les 14 grandes entreprises « françaises » en question, vous pouvez être certains que les trois quarts étaient là uniquement pour bien faire paraître le ministre en France, et que parmi les autres figurait de façon très prépondérante Imerys le holding industriel de Paul Desmarais , cette filiale de Pargesa,, comme « par hasard » justement spécialisée dans les minéraux et métaux stratégiques :
« Leader mondial de la valorisation des minéraux, Imerys occupe une position de premier plan dans chacun de ses secteurs d’activité : minéraux de performance et filtration ; matériaux et monolithiques ; pigments pour papiers ; minéraux pour céramiques, réfractaires, abrasifs et fonderie. »
Et comme le « hasard » fait si bien les choses, Imerys a développé une branche spécialisée dans les minéraux pour l’exploitation pétrolière dont Total, une autre participation du holding Pargesa, est bien évidemment cliente.
Comme on dit en anglais, les Desmarais ont un doigt dans chaque tarte. Tout cela est grandement facilité par l’étroitesse de leurs liens avec les pouvoirs politiques (voir à ce sujet mes articles récents http://www.vigile.net/L-appetit-vorace-de-l-oncle-Paul et http://www.vigile.net/Quand-les-hypotheses-d-un-jour)
On imagine facilement le vieux patriarche se frotter les mains aujourd’hui, dans son domaine de Sagard, et se dire « Décidément, ce p’tit Charest, il n’est pas mal. On va peut-être débrancher Legault et lui laisser encore une chance. Il faudra que j’en glisse un mot à Pratte ».




