Publié dans Le Soleil du 10 février 2009
Pleurons 1759, c’est notre droit.
Célébrons 1760, c’est notre devoir !
Depuis que la Commission des champs de bataille nationaux, organisme fédéral de la nation canadienne, a exprimé son désir de célébrer la bataille des Plaines d’Abraham de 1759, où les soldats français dirigés par Montcalm ont été vaincus par les Britanniques dirigés par Wolfe, les souverainistes se déchirent. Encore ! Pourtant, il serait si facile de s’entendre. Oublions les Canadiens constitutionnalistes qui veulent fêter leur victoire de 1759 et célébrons plutôt la belle victoire franco-canadienne et amérindienne sur les Britanniques sur ces mêmes Plaines d’Abraham le 28 avril 1760.
Ceci nous permettra de mieux connaître notre Histoire nationale et les vrais héros de cette époque. Ils méritent notre reconnaissance. Je pense ici aux Lévis, Le Gardeur de Repentigny, Jean d’Alquier, La Sarre, Toussaint, Nadeau, qui ont défait les troupes de Murray.
Wolfe a gagné en 1759. C’est vrai. Il a triché en passant par le sentier de l’anse au Foulon. Il a été aidé par des traitres de notre « propre gang » dont l’ineffable Cugnet ! Mais il a gagné et notre Histoire a pris une tournure inattendue même si sa victoire, surévaluée à cet égard, n’a pas eu l’impact qu’on lui accorde aujourd’hui. C’est le traité de Paris de 1763 qui a fait de nous des sujets britanniques. Entre temps, il y a eu notre grande victoire de 1760 et les actes héroïques de nos alliés naturels amérindiens, ces héros mésestimés, dont le chef Pontiac et ses troupes qui continuèrent la guerre jusqu’à l’abandon définitif de 1763. Nous avons le pouvoir et le devoir de célébrer, en compagnie de nos frères amérindiens, si le cœur leur en dit. Il faut juste ne pas se tromper d’événement ! Je propose donc 1760, la bataille de Ste-Foy, la deuxième des Plaines d’Abraham et des hauteurs de Québec. Voici pourquoi.
Après leur victoire de 1759, les Britanniques ont pris militairement possession de Québec, mais non de la Nouvelle-France. Ils n’ont pas pu contrôler l’ensemble du territoire. Aussi, la « résistance » s’est organisée et la guérilla activée. Tant et si bien qu’au printemps de 1760, l’armée de Lévis, par les actes héroïques de Le Gardeur de Repentigny et de ses miliciens montréalais, et surtout de ceux du lieutenant-colonel d’Alquier et de ses soldats du Béarn, défait la grande armée britannique de Murray sur les Plaines d’Abraham. Cette défaite des troupes de Murray fut totale, bien davantage que celle de Montcalm. Sans la décision de Lévis de tenir la ville en siège plutôt que d’y pénétrer, dans le respect des façons de faire de l’époque, Québec serait redevenue sur le champ possession française. Et l’Histoire eu été tout autre. Mais cette victoire n’en demeure que plus grande encore. Cette victoire signe, dans le sang, notre intention de durée.
En 1760 donc, cette petite nation, par son armée fortement constituée de Franco-canadiens d’origine et d’adoption, a vaincu les troupes britanniques de Murray en utilisant des techniques et des tactiques de guerre qui lui étaient propres et qui s’opposaient aux vieilles méthodes européennes.
Cette différence marquée par son originalité, sa créativité et sa complicité avec ses frères amérindiens, fait aussi partie de l’acte fondateur de notre nation. L’intention de rester ici confirmait notre douloureuse naissance. C’est à partir de 1763, lorsqu’abandonné par la France lors du traité de Paris mettant fin à la Guerre de 7 ans en Europe, que notre nation s’est totalement prise en main. Elle a, ce jour-là, quitté son colonisateur français pour tomber sous le colonialisme britannique.
Depuis 1982, avec le rapatriement de la constitution canadienne de Londres à Ottawa, sans son consentement, elle est passée sous le colonialisme canadien-anglais. Elle a refusé de quitter ce colonialisme à deux reprises lors des référendums de 1980 et de 1995. Il faudra surtout voir ce qu’elle fera lors du prochain référendum qui tarde à s’annoncer. Ce référendum risque aussi de se gagner sur les Plaines d’Abraham grâce à un appui en bloc des électeurs de la grande région de Québec. Ce sera la quatrième et dernière bataille de Québec. En attendant, moi, vieux souverainiste patient, je célébrerai l’été prochain et le suivant surtout, sur les Plaines d’Abraham et plus exactement au coin de l’Avenue des Braves et du Chemin St-Louis, la victoire du 28 avril 1760. Je me dirai alors, « voici, c’est ici qu’est réellement née la petite nation francophone à laquelle j’appartiens ».
J’inviterai tous les Québécois, quelles que soient leur origine et leurs croyances, à venir partager le rêve de croissance et le devoir de souvenance qui nous ont été légués par cette victoire de 1760 et les longues années de développement qui l’ont précédée depuis 1534. Longue vie à « Nous » et que tous les peuples de la terre se sentent invités et se joignent à notre célébration. Et notre « Nous » est le plus inclusif qui soit. Quand une nation se fête, c’est toute l’humanité qui danse.
Denis Gaumond
Gaspé et Montréal
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
