La chronique de Pierre Foglia ce matin sert une mercuriale (comme disait le docteur Camille Laurin) à Bernard Landry qui ne l’a pas volée. Il y a des hésitations qui sont fatales.
Quand Bernard Landry a annoncé qu’il continuait sa collaboration au Journal de Montréal en lock-out, on a bien vu qu’il n’était pas du calibre de Lise Payette. Dans un deuxième temps, il a mis fin à sa collaboration parce que, a-t-il dit, la mise en pages du journal était faite à Toronto et que ça enlevait de l’ouvrage à des travailleurs du Québec. Il a déclaré : “Moi qui ai passé l’essentiel de ma vie à contribuer à la création d’emplois, cela va à l’encontre de mes idéaux.” Ce beau morceau d’autobiographie et d’hagiographie est gâché par Pierre Foglia qui demande à Landry de remplacer la fin de sa déclaration par “à l’encontre de mes intérêts”.
Foglia écrit que par fidélité à lui-même et par cohérence, Bernard Landry ne pouvait pas ne pas respecter un piquet de grève. Il le blâme donc de s’être trompé de côté. Il n’apprécie pas que pour garder ses amis de gauche, il se soit trouvé une porte de sortie cousue de fil blanc. D’accord, M. Foglia. Merci de cette leçon d’authenticité et de cohérence. Pas question d’être un briseur de grève.
M. Foglia, si vous étiez placé dans une situation analogue, je suis absolument certain que vous ne franchiriez pas une ligne de piquetage. Sauf que c’est une situation que vous n’aurez jamais à vivre. En effet, la compagnie Gesca de l’empire de Power Corporation qui publie La Presse, Le Soleil, La Tribune, le Quotidien, Le Droit, le Nouvelliste et La Voix de L’Est, ne risque pas de faire des compressions de personnel comme le Journal de Montréal et de mettre ses employés en lock-out. Pourquoi ? Parce que la famille Desmarais avec Paul en tête s’est constitué un empire dans le monde dit de l’information dont le but premier n’est pas de faire des profits. Son but premier, comme Radio-Canada d’ailleurs avec lequel il signe des ententes pour faire passer ses journalistes, c’est de maintenir l’unité canadienne.
Yves Michaud a voulu vérifier cette “hypothèse” en obtenant les Etats financiers de Gesca.
Impossible d’avoir accès à ces états financiers d’une entreprise privée. Si un des employés de Gesca peut nous fournir cette information, mon adresse courriel est ici.
Paul Desmarais se sert de ses journaux pour que les Québécois pensent ce que Nicolas Sarkozy pense des indépendantistes. (Parenthèse : à considérer les conneries dites à propos du mouvement souverainiste, espérons que les interventions de Nicolas Sarkozy au Moyen-Orient sont basées sur de meilleures informations). Vous vous souvenez des articles brillants de Denis Lessard sur le snobisme de madame Marois, sa fatigue, accompagnés de sondages CROP manipulés.
Alors, monsieur Foglia, vous qui avez traité Pauline Marois de matante (cela a dû beaucoup plaire à Paul Desmarais), je veux bien que vous donniez à Bernard Landry les leçons qu’il mérite, mais étant donné que vous travaillez pour un journal qui n’a pas pour but de faire des profits mais qui a pour but de promouvoir l’unité canadienne, votre prose abrasive est moins vertueuse qu’on ne croit. A La Presse, vous n’aurez jamais à traverser une ligne de piquetage.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 3 février 2009

