Je n’aime pas votre querelle parce que j’estime que les procès d’intention sont toujours stériles. Aucun congrès ne devrait avoir la prétention, comme vous le faites, ni encore moins la prérogative, de sonder les coeurs et les reins de nos leaders et, en général, des intervenants souverainistes qui se manifestent dans le débat sur l’avenir du Québec. Que vous ne partagiez pas le jugement de nos leaders et de ces personnes ne m’émeut pas outre mesure mais que vous utilisiez ce ton...
Voilà que j’apprends maintenant qu’il existe, selon vous, une hierarchie souverainiste. Notre élite serait constituée de personnes capables de passion, d’abnégation et de courage. Le fond du panier serait le lot des souverainistes de fin de semaine, comme vous le dites, et des révisionnistes préoccupés par leur gagne-pain. Diable ! Vous devez être bien malheureux d’avoir à considérer en plus les opinions des nationalistes mous qui se retrouvent maintenant à l’ADQ, et surtout d’avoir à envisager de vivre avec tout ça dans un Québec éventuellement indépendant.
Pardonnez-moi car je m’égare. Il me semble pourtant que le ton devrait être tout autre. Vous savez les forces considérables qui sont liguées pour contrer le projet de l’indépendance du Québec. À ce que je sache, les Québécois n’ont pas encore raté le rendez-vous avec leur destinée et aucun leader souverainiste n’a trahi notre idéal en faussant la mise au jeu. Des erreurs ont été commises. D’autres sont encore à venir. Pourquoi cette amertume envers nos représentants caractérise-t-elle ainsi toujours les instances du Parti Québécois ? Le Parti Québécois a tout de même réalisé de belles choses jusqu’ici. Il y a maintenant consensus au Québec sur l’existance de la nation et sur la capacité de cette nation d’assumer son avenir indépendant. N’était-ce pas les principales objections à l’indépendance du Québec, il n’y a pas si longtemps ?
Le Parti Québécois a toujours soutenu l’argumentation qui est maintenant le crédo de toute la population. Nous avions cru que si la population se rangeait à nos arguments, l’indépendance serait à notre portée. Mais non, cela ne se passe pas comme ça et j’en suis le premier à en être désappointé mais je n’éprouve aucune amertume. Le peuple québécois a entendu d’autres arguments fédéralistes et le Parti Québécois, ses leaders et son congrès, n’ont pas apporté jusqu’ici les bonnes réponses. Voilà pourquoi le peuple québécois a voté comme il l’a fait.
M. Éric Tremblay,
En effet, je crois que les Irlandais ont eu raison d’accepter la partition de leur territoire afin de créer l’État indépendant de l’Irlande. Ce n’était surement pas leur projet initial de pays mais le pragmatisme a ses vertus. La république d’Irlande existe depuis 1921.
Trahison des Irlandais, dites-vous ! Tous les Irlandais seraient ainsi responsables de la guerre civile qui s’en est suivie en Irlande du nord en laissant tomber leurs compatriotes de cette portion du territoire. Revisez votre histoire car l’indépendance a plutôt mis fin à une guerre d’indépendance de deux ans. Et comment tout un peuple souverain peut-il se trouver complice d’une trahison, dites-moi ?
Pesez mieux vos paroles lorsque vous parlez de vos compatriotes qui, selon vous, affichent..."une faiblesse congénitale et... une peur viscérale de la réelle liberté". Vous ne pouvez penser cela et aspirer à partager cette liberté avec eux, c’est incompatible.
Je ne crois pas que la partition du Québec soit une solution au problème de l’unité nationale qui ne manquera pas de surgir avec l’indépendance du Québec. Mais je crois que le Parti Québécois devrait se préoccuper de trouver des accommodements politiques pour rassurer la population sur la capacité d’un gouvernement du Québec indépendant d’assurer la stabilité politique du nouveau pays. Ce serait plus utile de se pencher là-dessus que de faire des procès insensés aux souverainistes présents et passés qui ont oeuvré à la réalisation de l’indépendance.
Vous ne voyez pas d’autres projets que l’indépendance pleine et entière pour vous satisfaire. Je vous crois volontiers car j’incline à penser de même dans ce sens mais la population examine maintenant celui de l’ADQ et vous seriez bien avisé de travailler à ce que le Parti Québécois demeure une entité politique crédible dans la poursuite du débat qui se poursuivra pour l’instant en dehors du Parti Québécois trop occupé par ses règlements de compte.
Gilles Laterrière
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
