Personne n’en parle

Clairement, après 10 jours de campagne, l’économie est la grande absente du paysage jusqu’à maintenant.

La Presse
samedi 3 mars 2007

Des cinq grandes régions du Canada, c’est le Québec qui affiche le taux de croissance économique le plus faible depuis 10 ans. Cette année, le produit intérieur brut (PIB) du Québec ne représentera plus que 19,6 % du PIB canadien, un plancher historique. Par rapport à leurs voisins, les Québécois s’appauvrissent constamment. En 1998, le PIB par habitant, au Québec, se situait à 85,6 % du niveau canadien ; aujourd’hui, il n’est plus que de 79,6 %. Des 50 États américains, il n’y en a que deux, le Mississippi et la Virginie-Occidentale, où le niveau de vie est plus bas qu’au Québec. Vous n’avez pas beaucoup entendu parler de cela depuis 10 jours.

L’investissement est en chute libre au Québec. L’an dernier, les immobilisations en machines et matériel, investissements cruciaux pour la création d’emplois et de richesse, ont atteint un famélique 19 milliards, sur un total canadien de 102 milliards. Cela représente 18,9 % du total canadien, contre 19,3 % un an plus tôt et 20,2 % en 2004. Pas un mot là dessus depuis 10 jours.

Le marché du travail n’est pas en bon état de santé. Dans le secteur manufacturier, le Québec perd 25 000 emplois par année depuis quatre ans, et tout indique que les chiffres de 2007 seront aussi noirs. Certes, les emplois perdus sont remplacés par d’autres, mais ces milliers de pertes signifient autant de drames personnels. Le Québec compte 315 000 chômeurs, Le taux de chômage québécois, à 7,7 %, demeure nettement supérieur à la moyenne canadienne de 6,2 %. Encore faut-il dire que les chiffres québécois contribuent à faire grimper la moyenne. En réalité, dans le reste du Canada, le chômage se situe à 5,7 %. Un autre sujet dont personne ne parle depuis 10 jours.

Le Québec, qui dégageait traditionnellement d’importants surplus dans ses échanges internationaux, est tombé depuis deux ans dans le rouge à ce chapitre.

En 2006, le déficit commercial a atteint un record de 10 milliards. Plus inquiétant : ce trou survient alors que l’économie des États-Unis, premier client du Québec, est en bonne santé. Les exportations québécoises, qui comptaient pour 19 % du total canadien au début des années 90, ont fondu aujourd’hui à 16,5 %. Personne n’en parle depuis dix jours.

Malgré les baisses d’impôts, le travailleur québécois demeure nettement plus taxé que les autres Canadiens. À un niveau de revenu de 45 000 $ (nous ne parlons pas ici de millionnaires), le Québécois paie 4800 $ de plus que l’Ontarien en impôts sur le revenu. C’est 92 $ par semaine de plus pour épargner ou dépenser. Si le revenu se situe à 60 000 $, l’écart grimpe à 6500 $. Rien, pas un mot là-dessus depuis 10 jours.

La construction stagne. En 2006, la valeur des permis de construire au Québec a grimpé de 5 % par rapport à l’année précédente. C’est bien. Mais dans le reste du Canada, la hausse a été deux fois plus rapide, à 9,9 %. Le Québec ne compte plus que pour 13,8 % de la valeur des permis de construire émis dans l’ensemble du pays. C’est encore pire dans la construction résidentielle, où le nombre de mises en chantier a reculé de 41 300 à 39 500 unités en 2006. Même s’il abrite près de 24 % de la population canadienne, le Québec ne compte plus que pour 20 % des mises en chantier. Rien là-dessus non plus.

Les finances publiques québécoises se sont améliorées, mais elles demeurent fragiles. Les ministres des Finances ne parviennent à équilibrer leurs budgets qu’au prix de contorsions comptables, ce qui leur vaut d’ailleurs les réprimandes du vérificateur général. Et quand ces contorsions ne suffisent pas, on se contente d’espérer une hausse des transferts fédéraux. La dette dépasse les 125 milliards, ce qui est énorme pour une société de 5,8 millions de contribuables, dont 41 % ne paient pas d’impôts. Les automobilistes roulent sur des routes défoncées, le système de santé est au bord de l’anarchie, les universités crient famine, mais les Québécois paient chaque année huit milliards en intérêts sur la dette de leur gouvernement provincial. Je n’ai pas ouï grand-chose sur le sujet depuis 10 jours.

Après 10 jours de campagne, il serait peut-être temps de lâcher un peu le hidjab au soccer et l’orientation sexuelle des candidats, voire la tenue d’un troisième et pourquoi pas d’un quatrième référendum, toutes questions fondamentales pour l’avenir du peuple québécois, n’en doutons point, et de passer à autre chose.

Clairement, après 10 jours de campagne, l’économie est la grande absente du paysage jusqu’à maintenant. Que pensent les principaux chefs de l’appauvrissement relatif des Québécois ? Des problèmes de productivité de l’économie québécoise ? De la faiblesse des immobilisations en machinerie et équipement ? De la détérioration de la balance commerciale ? De l’état de santé chancelant des finances publiques ? De l’érosion du poids économique du Québec ?

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Québec 2007 - le facteur économique

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