Elle parle l’anglais « comme une vache espagnole »

Séjour en Écosse

Pauline Marois, in English

lundi 4 février 2013

Mais non, je n’ai pas eu honte d’être québécois quand Pauline Marois a fait cette entrevue en anglais à la BBC Scotland, en marge de son sommet (raté) avec le premier ministre (souverainiste) d’Écosse, Alex Salmond. Je n’ai jamais honte d’être québécois. J’ai surtout eu honte pour Mme Marois. Pour quelqu’un qui comprend mal l’anglais, les efforts de la première ministre dans sa langue seconde sont fort probablement louables.

Pour les plus galvanisés des militants péquistes, des gens pour qui un souverainiste ne peut jamais avoir tort, mentionner l’anglais par moments incompréhensible de Mme Marois est fort probablement un signe de traîtrise nationale.

Mais pour les Écossais, je me sens mal : ils ont entendu la première ministre du Québec dire que leur identité est... « étrange ».

« Scotland is a people with a strange identity... », a dit Mme Marois à l’interviewer de la BBC. Elle voulait dire strong (forte), bien sûr. Elle a dit strange (étrange). Les Écossais sont étranges !

(Bon, mon ami Martin Patriquin, du magazine Maclean’s, a décrété sur Twitter que les Écossais sont aussi étranges. Mais la différence - enfin, ce n’est pas la seule - entre Martin et Mme Marois, c’est que celle-ci est première ministre du Québec.)

À la BBC, la semaine dernière, il fallait parfois parler français pour comprendre la chef de l’État québécois. Quand on lui a demandé quel était le but de cette rencontre avec le chef du Scottish National Party (SNP) et premier ministre écossais, M. Salmond, elle a eu cette réponse : « We will split - we’ll partage [en français] - our information... »

Partager, en français, peut signifier to split, bien sûr. On peut partager un terrain, to split a piece of land. Mais comme verbe, to split ne s’utilise pas pour partager de l’information, c’est incompréhensible. Il faut utiliser to share. Et dire we’ll partage, en français, en agitant les bras, n’aide malheureusement en rien le résidant d’Édimbourg à comprendre davantage les motivations de celle qui dirige le Québec.

J’écris ça et j’ai l’air du schtroumpf à lunettes qui fait la leçon. J’assume. Mais les carences de Mme Marois dans la langue de Don Cherry, sujet de railleries depuis longtemps, sont pour moi un réel objet de fascination. Comment se fait-il que cette femme ambitieuse et intelligente n’ait jamais pris le temps d’apprendre cette langue, une des clés du monde moderne ?

Voici une politicienne qui veut devenir première ministre du Québec depuis 1985, date de sa première course à la direction du Parti québécois. On peut dire que Mme Marois se préparait depuis des décennies à diriger le Québec. Jamais, pendant cette période, elle n’a vu l’importance de se procurer cette clé dont je parle.

On dira que d’autres chefs d’État, et ils sont nombreux, ne parlent pas anglais. Nicolas Sarkozy parlait un anglais rudimentaire, par exemple. C’est vrai. Mais des hordes de Québécois sont bilingues - ironiquement, Montréal est la seule ville véritablement bilingue dans ce pays - et Mme Marois détonne dans la liste des premiers ministres québécois qui, de mémoire d’homme, parlaient un anglais parfait. En fait, l’anglais de Lucien Bouchard ne semble laborieux que parce que celui des Lévesque, Parizeau, Bourassa et Charest était exemplaire.

Je sais, je sais, notre relation collective avec l’anglais est conflictuelle. À une époque, c’était la langue du boss, la langue du Speak White et des grosses Anglaises d’Eaton, la langue du colonisateur. Et pour certains souverainistes - pas tous -, c’est un point d’honneur que de faire la danse du bacon quand on suggère que c’est une bonne chose, en 2013, de parler anglais...

Il n’y a rien de « mal » à ne pas parler anglais, et le parler ne fait pas de quelqu’un une « meilleure » personne. Mais quand, comme Mme Marois, on orbite dans les stratosphères du pouvoir d’un État moderne et mature, ça demeure étrange de parler un anglais rudimentaire à la limite de la compréhension.

La prochaine fois, je suggère qu’on traîne un interprète dans les bagages de Mme Marois pour ces entrevues en anglais. Quand un clip devient viral, comme ce fut le cas pour ce passage à la BBC Scotland, c’est rarement glorieux.

Travailler fort dans les coins

Ça s’intitule Bâton élevé, mises en échec verbales et slapshots philosophiques, et c’est un étrange et joli petit bouquin de Sébastien Raymond sur les ligues de hockey de garage.

M. Raymond a photographié les gladiateurs de ligues de garage, agrémentant le livre de citations entendues dans les vestiaires. Les images sont magnifiques d’ordinaire et les miettes de sagesse ramassées par l’auteur sont dignes du Sportnographe, la défunte émission satirico-sportive de la radio de Radio-Canada.

« Quand tu es jeune, tu es plus souple d’adulte », dixit Éric B., défenseur.

« Ça fait six semaines que je n’ai pas joué et je me suis surpris à parler à mes pads, tantôt. Je leur ai dit : "Bientôt on va jouer." Un cas d’hôpital psychiatrique ? », dit Stéphane F., gardien.

« Moi, cette année, j’ai demandé un coup de patin au père Noël. On ne sait jamais... », espère Martin N., défenseur.

« Un joueur ne va pas se poser de questions. Mais un gardien... », observe cruellement Jonathan C., ailier.

« Si nos matchs étaient filmés, on n’aurait pas besoin de reprises au ralenti... », dit Camille R., gérante d’estrade.

Bref, si vous vous rappelez encore avec émotion l’odeur d’une poche de hockey humide, ce livre-là va vous arracher un sourire.


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