Pauline Marois a marqué l’année... marquera-t-elle la décennie ?

jeudi 27 décembre 2012

(Québec) Que l’on soit d’accord ou non avec ses politiques, la première ministre Pauline Marois arrive dans le peloton de tête des gens qui ont marqué l’actualité en 2012. Ce n’est pas tellement le fait qu’elle soit la première femme à occuper ce poste qui lui mérite cette place, mais bien davantage les difficultés qu’elle a surmontées pour y parvenir.

« La chef du Parti québécois [PQ] va entreprendre la nouvelle année à la tête d’une formation amochée qui pourrait bien, si l’on prête foi aux sondages, disparaître de la carte à l’issue de la prochaine élection ».

Cette analyse apocalyptique de La Presse Canadienne sur l’avenir de Pauline Marois, publiée le 30 décembre 2011, faisait consensus. Son ancien collègue Jean-Pierre Charbonneau disait à l’époque que dès 2010, « 60 % des Québécois n’étaient pas satisfaits et voulaient qu’elle parte ». Bernard Drainville évoquait la disparition possible du PQ si des élections étaient déclenchées à brève échéance. Gilles Duceppe se disait « disponible... » Et Bernard Landry qualifiait de « toxique » la gouvernance souverainiste préconisée par la chef du PQ.

La maison de sondage CROP prédisait alors plus de 100 sièges pour la jeune Coalition avenir Québec de François Legault.

Et puis tout a basculé. Le 21 janvier, une semaine avant le Conseil national du PQ où la tête de Pauline Marois était mise à prix, le journal La Presse publiait un texte révélant que le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, avait payé le salaire du directeur général de son parti pendant sept ans, à même les fonds alloués par la Chambre des communes.

Du jour au lendemain, Duceppe était disqualifié et les mutins du PQ se sont ralliés. L’histoire écrira un jour que c’est de la capitale fédérale que le leadership de Pauline Marois a été sauvé. Elle écrira aussi que c’est un règlement de comptes au sein du Bloc qui a coulé la candidature de Gilles Duceppe à la tête du Parti québécois.

Mais peu importe les circonstances, Pauline Marois a survécu. À la fin des travaux parlementaires pour la période des Fêtes, le 9 décembre 2011, Jean Charest avait loué sa « persévérance » et signalé qu’elle avait connu « une année mouvementée ». Il avait terminé à la blague en disant qu’elle pouvait maintenant « prendre congé de la politique, là, dès aujourd’hui ».

M. Charest ne se doutait pas que neuf mois plus tard, elle occuperait son bureau. Qu’elle deviendrait la première femme à occuper le poste de premier ministre du Québec, un demi-siècle après l’arrivée de Claire Kirkland-Casgrain, la première Québécoise élue à l’Assemblée nationale du Québec.

Pauline Marois a fait l’histoire. Elle avait déjà gravi tous les échelons de la politique et occupé la direction des ministères les plus importants de l’État québécois, mais première ministre, c’est la meilleure place sur le podium.

Depuis septembre, la question n’est plus de savoir si elle a gagné sa place dans l’histoire, mais de déterminer quel espace elle y occupera et quel sera son héritage. Après avoir marqué la scène politique du Québec en 2012, Pauline Marois saura-t-elle marquer la décennie ? La question reste ouverte.

Qui est la vraie Pauline Marois ? Tous ceux qui ont travaillé à ses côtés vantent sa capacité d’écoute et son habileté à bâtir des consensus. Mais ses critiques y voient un danger : sera-t-elle capable de tenir tête à la critique et d’aller jusqu’au bout de ses idées ? Les nombreux reculs de son gouvernement depuis septembre ont semé le doute.

Ses proches expliquent qu’elle a besoin de beaucoup de temps pour prendre ses décisions, et que c’est le manque de temps qui lui a fait commettre ses erreurs les plus visibles.

Sa capacité d’écoute n’est pas surfaite : elle a passé trois heures avec chacun de ses ministres en vue de la préparation de son discours inaugural. « J’aimerais bien voir tous ses carnets de notes », confie un de ses ministres, en expliquant qu’elle prend constamment des notes pendant ses réunions de travail. « C’est une façon de fixer sa pensée », explique un adjoint. Les historiens auront cependant de la difficulté si elle livre un jour ses documents : son écriture est illisible.

Pauline Marois a tendance à faire confiance aux gens spontanément, ce qui accentue sa réaction quand on la trompe. Elle fait des colères froides et il lui arrive d’échapper un « crisse » lorsqu’elle est fâchée ou que les « belles-mères » du parti jouent aux gérants d’estrade.

Quel sera son héritage ? La souveraineté semble hors de portée et les finances publiques limitent ses interventions.

« On parle beaucoup du fait qu’elle est la première femme à occuper ce poste, mais on oublie que c’est la première fois qu’une travailleuse sociale y accède. La plupart des anciens premiers ministres avaient une formation en droit ou en économie », fait valoir un de ses collègues qui voit là une approche différente. Il raconte que c’est elle qui a insisté pour que le gouvernement s’engage à offrir la maternelle à quatre ans pour les enfants des milieux défavorisés. Pauline Marois estime que c’est l’un des meilleurs outils pour combattre la pauvreté et les problèmes d’alphabétisation.

Un long portrait d’elle publié en septembre dans L’actualité par la journaliste Noémi Mercier, qui l’a suivie pendant plusieurs jours, dépeint une femme encore marquée par ses origines modestes, parfois inquiète ou incertaine, mais déterminée à démontrer qu’elle sera à la hauteur. « Quand on se sent un peu inférieur au départ, on veut être déterminé et passer à l’avant.

On n’est pas venu au monde avec une cuillère en argent dans la bouche. On s’est développé nous-mêmes », explique son conjoint Claude Blanchet, à la journaliste. Peu avant sa victoire, Pauline Marois a révélé avoir « des papillons dans l’estomac ». Elle a avoué que ce qui l’inquiétait le plus, ce sont les attentes à l’endroit d’une femme première ministre. « C’est la partie insécurisante. Mais je vais faire de mon mieux. »

Selon ses proches, la nouvelle première ministre n’est pas obsédée par sa place dans l’histoire, mais « elle veut gagner ».

Dès le départ, elle a voulu démontrer sa capacité de passer à l’action : abolition de la hausse des droits de scolarité, fermeture de Gentilly-2. Mais l’annonce maladroite d’un impôt rétroactif a stoppé son élan. Le gouvernement a bougé sur les questions d’intégrité et de financement des partis politiques, mais il a connu des revers importants sur ses principales promesses électorales touchant notamment les redevances sur les minières, l’imposition de la loi 101 au niveau collégial, et l’abolition de la taxe santé. De plus, la fin de la session a été assombrie par les controverses entourant Daniel Breton, André Boisclair, Jean-François Lisée, ainsi que la reprise des hostilités sur le financement des universités et la hausse des droits de scolarité.

Pauline Marois sait-elle où elle s’en va ? A-t-elle improvisé ? Les difficultés de ses trois premiers mois ont soulevé des questions sur son jugement.

Les ratées sont chose courante dans une équipe qui n’a pas été au pouvoir depuis une décennie. « Quand on est dans l’opposition, on fait des bêtises et le Parti libéral en a fait, explique Monique Jérôme-Forget. Le problème, c’est qu’en campagne électorale, les citoyens et les médias veulent qu’on se sorte le cou et qu’on fasse des annonces. Alors on en fait. Et parfois, quand on arrive au pouvoir, ça devient plus complexe. »

Mme Jérôme-Forget comprend les hésitations de Pauline Marois.

« J’ai été dans la même situation. Au début, quand j’étais ministre, j’étais plus hésitante. Au Trésor et aux Finances, on joue toujours un rôle d’arbitre par rapport à ses collègues, et j’étais très frileuse, jusqu’au moment où j’ai appris à décider. »

Selon elle, l’erreur de départ de Mme Marois est d’avoir voulu se démarquer trop rapidement pour démontrer que « c’était elle le gouvernement, même si elle était minoritaire ». Elle passera par-dessus cet épisode « si elle joue la carte de la franchise », conclut l’ancienne ministre libérale.


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