Partouze libérale

Chronique de Patrice Boileau
samedi 9 mai 2009
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Des drag-queens et une effeuilleuse burlesque. Voilà ce que le Parti libéral du Canada a trouvé de mieux, en terme d’innovation, lors de son congrès tenu à Vancouver, la fin de semaine dernière.

Vrai que la députée hôtesse de l’endroit, Hedy Fry, a voulu montrer aux collègues de son parti, un échantillon de ce qui constitue la faune humaine de sa circonscription de Vancouver-Centre ! Reste que la fête qui a coloré samedi soir la clôture de l’événement politique, en a surpris plus d’un. Et moi qui me trouvais plutôt « olé olé » dans mon billet de la semaine dernière, billet qui a d’ailleurs fait fuir une partie de mon modeste lectorat !

Le congrès libéral fédéral qui a consacré l’accession par acclamation de Michael Ignatieff au poste de chef du PLC, n’a donc même pas accouché d’une plate-forme politique digne de ce nom. Les stratèges de l’opposition officielle à Ottawa préfèrent attendre à l’automne pour en fignoler une. Vaut mieux laisser le premier ministre Stephen Harper s’embourber pour de bon dans la récession. Le chef conservateur s’avère finalement la pierre d’accise idéale pour établir stratégie libérale ! N’est-ce pas lui qui a ramené une certaine cohésion chez les rouges, aux dires même du couronné qui lorgne désormais son siège !

Euphorique, Michael Ignatieff bombe maintenant le torse et menace, à la surprise générale des siens, de faire tomber le gouvernement ! Son nouveau cheval de bataille, cette réforme des normes d’accession à des prestations d’assurance-emploi, apparaît à ses yeux une raison suffisante pour renverser l’administration conservatrice.

Le leader libéral pourrait néanmoins être pris à son jeu. Car son adversaire souhaite peut-être secrètement se dérober de ses responsabilités gouvernementales. Il n’est pas très drôle en effet d’exercer le pouvoir lorsqu’une tempête économique déferle. Souvent, l’équipe gouvernementale qui l’affronte n’y survit pas. Ainsi, les derniers sondages placent les deux principaux adversaires politiques au coude à coude. Manifestement, une nouvelle élection générale enverra encore un gouvernement minoritaire à Ottawa. S’il devait être libéral, c’est le leadership de Michael Ignatieff qui serait rudement testé. Et s’il la perd…

Le nouveau chef libéral, enthousiasmé par les dernières enquêtes qui laissent croire que son parti menace de ravir la première place au Bloc québécois au Québec, rêve probablement d’une majorité. D’où assurément son envi d’en découdre maintenant avec les troupes de Gilles Duceppe. Il est moins certain que son aile québécoise respire la même confiance ! Probablement qu’il s’en trouve même parmi elle pour calmer les ardeurs du chef. Faudrait au départ en effet que Michael Ignatieff se présente devant les Québécois avec une stratégie canadienne qui intègre le Québec avec sa différence nationale. Or, le nouveau sauveur libéral ne paraît pas très intéressé à leur faire des offres substantielles. À ses yeux, pareille manœuvre frise le mépris puisqu’elle chercherait à « séduire à coups de cadeaux. »

Michael Ignatieff devra néanmoins peaufiner sa « stratégie québécoise. » Stephen Harper semble déterminé à l’affronter aux Communes puisqu’il a rejeté sa requête du revers de la main. Le premier ministre ne modifiera pas en effet les critères d’admissibilité à l’assurance-emploi. Il pourrait donc y avoir un vote de défiance organisée par un des partis d’opposition, lors d’une journée parlementaire qui leur est consacrée. Si les conservateurs ont lancé la serviette face à l’électorat québécois, les libéraux de leur côté ne peuvent se permettre de le négliger. Le chef libéral devra alors tenir un discours concret : il ne pourra chercher à charmer en suscitant le patriotisme canadian, comme Trudeau l’a fait quarante ans plus tôt.

La tâche libérale ne sera pas facile, dans un contexte de récession économique. Pas question d’éliminer le déséquilibre fiscal ! Au contraire, ce sont des hausses de taxes fédérales qui guettent les Québécois, afin qu’ils participent prochainement au rétablissement de l’équilibre budgétaire canadian. Il serait donc très surprenant que le chef libéral promette de lancer un vaste chantier d’infrastructures, comme la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer devant permettre à un TGV de circuler entre Québec et Windsor. Ce projet de près de trois milliards de dollars ne verra probablement jamais le jour puisqu’il entrera en concurrence avec l’industrie automobile ontarienne, celle qui siphonne justement le même montant à Queen’s Park et à Ottawa, sinon davantage.

Comment alors affrioler les Québécois ? Plusieurs fédéralistes diront de ne rien faire ! L’embelli libérale n’est-elle pas déjà encourageante au Québec ! Heureusement que l’engouement populiste que provoque l’arrivée d’un nouveau chef ne dure jamais longtemps. Le déclenchement d’une élection fédérale hâtive ne protègera pas Michael Ignatieff de cet effet d’essoufflement. L’homme devra cesser de parader et dire des choses. Et c’est là que les Québécois renoueront avec l’impasse politique qui caractérise le Canada et les deux peuples qu’il tente de faire « cohabiter. » Car l’histoire démontre que la séduction de l’un se fait souvent au détriment de l’autre, sinon en rabaissant l’autre. L’autre étant souvent celui qui forme la minorité…

La fête au Parti libéral du Canada achève. Les distractions douteuses qui l’ont diverti à Vancouver se dissiperont rapidement. Michael Ignatieff ne pourra camoufler encore longtemps ses intérêts canadians derrières des préoccupations immédiates que commande la récession. À moins qu’il se fasse élire sous de fausses représentations ! À ce chapitre, le PLC pourrait demander des conseils à son petit frère provincial. La bande à Jean Charest peut se targuer en effet de jouir d’une grande expérience à cet égard, elle qui a calculé efficacement la tenue du dernier scrutin québécois, au prix d’une démocratie brutalement bafouée. Le gouvernement Charest coule depuis des jours paisibles à Québec, là où la libéralisation des mœurs politiques transforme le présent mandat en véritable fête financée par les fonds publics.

Patrice Boileau

Commentaires

  • Jean-François-le-Québécois, 6 mai 2009 22h52

    Ah oui ?

    C’est original, il bien faut leur accorder ça, à nos « amis » du PLC.

    Mais je suis un peu déçu ; il y avait pourtant une belle occasion à exploiter là...

    C’est vrai, au fond : pour nous montrer à quel point il est ouvert d’esprit, post-moderne, etc, le beau Michael Ignatieff aurait pu lui-même se déguiser en drag queen et danser le disco !

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