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PQMarois - gouverner par décret
Pierre Cloutier
Tribune libre de Vigile
vendredi 12 juin 2009      168 visites      6 messages


*Le Plan Marois a 3 caractéristiques principales par rapport au programme officiel voté au Congrès du Parti québécois de juin 2005.

1 - Il modifie l’article 1 du programme officiel. Au lieu de "réaliser la souveraineté du Québec" qui a toujours été le même objectif du parti depuis sa fondation, le plan Marois propose un _produit dérivé_ : "faire progresser le Québec en "attendant" son accession au statut de pays".

2 - Il remplace l’obligation de préparer et de présenter à l’électorat un "projet de pays" concret et emballant, avec un budget d’un Québec souverain et d’en faire le thème de l’élection, par une démarche générale de "promotion de la souveraineté", soit préparer un manifeste sur la souveraineté, faire la tournée des collèges et des universités et encourager une coalition des forces souverainistes.

3 - Il suspend l’obligation de tenir un référendum dès que possible durant le premier mandat et le remplace par une prétendue "gouvernance souverainiste" visant à consolider les pouvoirs provinciaux et en revendiquer d’autres, comme adopter une constitution provinciale, renforcer le statut de la langue française, placer les arts et la culture au coeur du projet, assurer la pleine intégration des immigrants au Québec, lutter contre le racisme et la discrimination, consolider l’enseignement de l’histoire nationale, intensifier les relations internationales du Québec, dans ses champs de compétence etc..

* *COMMENTAIRES DE PIERRE CLOUTIER

1 - _La modification de l’article 1 est inacceptable et inutile_. Inacceptable parce que l’objectif du PQ depuis sa fondation a toujours été et devra toujours être de "réaliser la souveraineté ou l’indépendance du Québec". Inutile, car l’article 1 actuel n’est pas incompatible avec le plan Marois. On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps. Quand sa propagande dit qu’elle veut rompre avec l’immobilisme, je ris car c’est précisément elle qui a plongé le PQ dans l’immobilisme en refusant de respecter le programme officiel du PQ lors de la dernière élection, comme le PQBoisclair avant elle. En plus, avec son plan, on va "attendre" que le Québec accède à un statut de pays, Cela exactement cela l’immobilisme et l’attentisme. Et cela démobilise tout le monde, sauf évidemment les parlementaires qui ont leurs intérêts$ propres à défendre.

2 - La mise au rencart de l’obligation de présenter à l’électorat un projet de pays avec un budget d’un Québec souverain et d’en faire le thème de l’élection est aussi _inacceptable et inutile_. Inacceptable parce qu’un parti qui se dit souverainiste ne doit pas avoir peur de se présenter à chaque élection avec un projet de pays, concret et emballant et d’en faire le thème de l’élection. Sinon il verse dans la souveraineté virtuelle, la souveraineté blabla et la souveraineté fantasme. Inutile, car on peut préparer un manifeste, faire la tournée des collèges et des universités et susciter une coalition TOUT en présentant le projet de pays lors d’une élection. Les deux objectifs ne sont pas inconciliables. Loin de là. D’ailleurs tout cela était prévu dans le programme officiel adopté lors du congrès de juin 2005. Le Plan Marois, à cet égard, n’a rien inventé.

3 - Concernant le référendum, je suis d’accord pour qu’on laisse à un gouvernement souverainiste une certaine marge de manoeuvre. L’important c’est de présenter un projet de pays à l’électorat et d’en faire le thème de l’élection en répétant publiquement que l’accession à l’indépendance se fera de_ façon pacifique et démocratique et qu’on va agir rapidement._ Point à la ligne. On ne doit pas télégraphier d’avance notre stratégie d’accession à l’indépendance. Quant au projet dit de "gouvernance souverainiste", il faut juste comprendre qu’il s’agit uniquement de mesures provinciales qui ont toutes lieu dans le cadre de la constitution canadienne et qu’il n’y a pas aucun geste de rupture. C’est un gouvernement autonomiste et rien de plus. Le projet de constitution, entre autres, est un projet de constitution provinciales. Toutes les mesures proposées dans la plan Marois font la démonstration éclatante que le Québec peut tirer son épingle du jeu dans le cadre du fédéralisme canadien.,

4 -Donc, en résumé : modification substantielle de l’article 1, abandon du projet de pays et de l’obligation référendaire à court terme et substitution à leur lieu et place d’un programme autonomiste provincial à l’intérieur de la constitution canadienne. C’est cela le plan Marois. Avant de voter pour, il faut être conscient de tout cela.

5 - Autre chose : le renvoi du prochain congrès en 2011, ce qui fera 6 ans après celui de 2005. Les statuts prévoient que, de façon générale, un congrès doit se tenir au PQ à tous les 4 ans. Par contre, la conférence des présidentes et présidents peut reporter ce délai si un événement le justifie.

6 - Comme juriste et décideur juridique, je sais qu’une obligation générale doit être interprétée de façon large et libérale et qu’une exception doit l’être de façon restrictive. Je pose la question : quel événement particulier permet-il au PQ de reporter le congrès en 2011, soit 6 ans depuis le dernier congrès de 2005 ? On aimerait bien le savoir pour en discuter. MAIS ON NE LE SAIT PAS. En attendant le PQMarois se comporte exactement comme un gouvernement qui gouverne par décret, après avoir violé son programme et sa constitution interne.

Pierre Cloutier

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Vos commentaires:
  • PQMarois - gouverner par décret
    12 juin 2009, par Jean Paul Tellier

    Le peuple québécois pourrait avoir une voie d’expression qui ferait abstraction,qui contournerait tous les plans des gouvernements quelqu’ils soient à Québec ou à Ottawa.

    La méthode est la suivante ;

    [ « En modifiant la loi sur les consultations populaires, l’Assemblée nationale pourrait permettre l’initiative populaire en matière référendaire. Cette mesure, déjà établie dans plusieurs pays et dans une trentaine d’États américains, de même qu’à l’échelle municipale au Québec, permettrait de déplacer le contrôle de l’agenda référendaire du gouvernement à la population.

    On peut ainsi imaginer que si 15 p. 100 des inscrits sur la liste électorale demandaient par pétition la tenue d’un référendum, le gouvernement, quel qu’il soit, serait tenu de déclencher une telle procédure dans les soixante jours.

    Le projet d’indépendance trouverait alors une flexibilité lui permettant d’épouser les variations de l’opinion publique. Si l’indépendance devait être souhaitée par un grand nombre de Québécois, dans deux, cinq ou vingt ans, ou selon une urgence déclenchée par une « offensive fédérale », l’idée d’un référendum sur cette question pourrait se concrétiser rapidement et ce, peu importe quel est le parti au pouvoir à Québec à ce moment-là.

    Le projet occuperait alors une position « attentiste », inscrite dans la durée ; il ne subirait pas les aléas des élections. Il pourrait cesser de génèrer une profonde lassitude. ----Extrait d’un article de Jean-Herman Guay, « La dialectique de la souveraineté », paru dans Options politiques, volume 28, no 4, avril 2007, p. 79-83. »]


  • PQMarois - gouverner par décret
    12 juin 2009, par Marcel Haché

    M.Cloutier.

    Si le P.Q. officialisait bientôt en congrès une position le moindrement radicale, c’est le Bloc qui risquerait d’y être associé en tout premier lieu. Et il est peu probable que la prochaine élection fédérale se fasse au-delà de 2011…Le prochain joueur à aller au bâton devrait normalement être le Bloc…

    C’est l’immense et incommensurable utilité du Bloc, pour la suite des choses*, qui pourrait expliquer peut-être une certaine retenue.

    J’écris à nouveau--- sur ce point, je sais que nous ne sommes pas sur la même ligne---que Mme Marois est meilleure que son parti.

    Il y a deux fronts. Un à Québec et l’autre à Ottawa. Les souverainistes, les indépendantistes, les séparatistes, les nationalistes, peu importe, ne sont pas dans la position de pouvoir renoncer à un front, pour privilégier l’autre. Le Bloc est lui aussi un arc-en-ciel politique.

    * Et c’est bien pour gosser un ti-peu, allez savoir si vous-mêmes vous ne vous retrouveriez pas ALORS dans la même gang que M. Duceppe et Mme Marois, P. Bourgeois, le grand Falardeau, L. Archambault et C. Montmarquette, et même, oui, oui, M. Bousquet lui-même, qui sortirait facilement de sa démission…Mais ça, c’est une autre histoire !


  • PQMarois - gouverner par décret
    12 juin 2009, par Jean-Louis Pérez

    Monsieur Pierre Cloutier,

    En quelques mots

    Le « Plan pour un Québec souverain » ce n’est pas perdre un avantage sinon gagner une grande opportunité.

    JLP


  • Réponse à M. Perez
    13 juin 2009

    M.Perez,

    Vous faites, ce qu’on appelle en logique, un sophisme de simple inspection, c’est-à-dire que vous émettez un proposition qui devrait, selon vous, être acceptée non comme prouvée, mais comme n’ayant pas besoin de preuve ou comme d’une vérité évidente en soi".

    Alors pour vous démontrer qu’en pareil cas, toute discussion est impossible, je vais reprendre votre proposition mais à l’envers : Le Plan pour un Québec souverain c’est de ne gagner aucun avantage sinon de perdre une grande opporrtunité".

    Où étiez-vous en 1985 quand le PQJohnson a adopté son plan d’affirmation nationale avec le résultat que l’on connait ?

    Probablement dans les limbes, là où Mme Marois a envoyé l’article 1, le projet de pays et le référendum ?

    Pierre Cloutier


  • PQMarois - gouverner par décret
    13 juin 2009, par Jean-Louis Pérez

    Monsieur Cloutier,

    En 1985 je n’étais pas dans les limbes , mais à la tête d’une équipe de quinze (15) ingénieurs pour sauver de la faillite une grande compagnie québécoise de laquelle dépendait six cent cinquante (650) familles qui leur procurait des revenus dépassant la moyenne salariale.

    Par la réussite que nous avons obtenue, dû au travail acharné de tous pour sauver cette compagnie, nous avons reçu la reconnaissance de plusieurs organismes publics et privés tant au Québec qu’aux États-Unis.

    S’il vous plaît, soyez un peu moins « caustique » et plus circonspect avec ceux que vous ne connaissez pas.

    Salutations et bonne chance dans vos projets,

    JLP


  • Réponse à JM. Perez
    13 juin 2009

    Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer de quelque façon que ce soit le travail honnête d’un ingénieur qui se bat pour sauver une entreprise.

    Je parlais des "limbes politiques" au Parti québécois, monsieur Perez. Moi, j’étais là quand Pierre-Marc Johnson a proposé son plan d’affirmation nationale. J’ai vu ce qui est arrivé quand le parti a failli éclater en mille miettes lors d’un conseil national tenu à Québec.

    J’étais là quand Gérald Godin a planté Johnson qui n’a pas eu d’autre choix que de démissionner.

    Et pourtant, contrairement au plan Marois, Johnson avait eu au moins la décence élémentaire de garder intact l’article 1 du programme qui a toujours été de "réaliser la souveraineté du Québec".

    Trouvez-moi d’autres arguments svp !

    Pierre Cloutier



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