Quel plaisir de lire votre intervention au sujet de l’attentisme ayant maintenant droit de cité au Parti Québécois. Pour un, je croirais me mirer dans vos propos. Mes nombreuses réflexions depuis ‘l’affaire Hérouxville’, appelée désormais le ‘syndrome Hérouxville’ m’a convaincu que l’action du conseiller André Drouin représente en fait l’inconscient collectif d’une majorité de québécois. Le ras le bol des électeurs envers la classe politique et sa langue de bois, l’enrichissement des technocrates au dépend des moins bien nantis dans un monde économique de plus en plus global appelant les pays à perdre leur identité au profit de multinationales assoiffées de dollars, ne sont que les prémices de l’écœurement de ces citoyens, devenus de plus en plus individualistes et maintenant aveugles face aux choix qui s’offrent à eux.
Soudainement, le mois dernier, Mme Marois et tous les autres chefs de parti confondus orientaient leur discours de manière à nous laisser croire que l’écoute deviendrait leur nouveau leitmotiv. Or, si nous suivions cette logique en vertu des sondages, nous pourrions nous rendre compte qu’aucun parti actuel, toutes tendances confondues, ne pourrait tenir la route. Au lieu de ‘mettre leurs culottes’, ils se contentent de ‘gérer‘ sans jamais prendre de décisions. Si décision il y avait, elle aurait d’abord fait l’objet de quelques études ou commissions dont les rapports se retrouvent neuf fois sur dix aux oubliettes. Si vous optez pour l’immobilisme, embauchez un consultant. Vous parliez de ‘déraillement’ ? J’opterais plutôt pour la déroute totale.
Ne sachant plus à quels saints se vouer, nos politiciens pratiquent la vertu à défaut d’avoir perdu foi en leurs options. Jamais n’a-t-on autant assisté à des louvoiements aussi dignes des plus grands pourfendeurs de la rectitude politique. Sous tant d’égarements se cache un constat très clair : de leurs intérêts personnels se dégage un profil encore plus saisissant : celui d’un succès immédiat, ce dernier n’appelant certainement pas l’essence d’une victoire prolongée.
Le PQ n’échappe pas à ce constat. Ses luttes internes sont à l’image même de la discorde et de la dérision. Pendant ce temps, le Canada aura imposé au Québec ce multiculturalisme décadent prônant les droits individuels au détriment des droits collectifs. Les accommodements raisonnables en font foi. Nous pourrions, ma foi, invoquer autant de théories politiques que d’ethnies en présence. Et comme si la goutte ne finissait plus de faire déborder le vase, la religion revendique maintenant ses droits à travers de nombreux imbroglios juridiques, appelés ‘accommodements’. Curieusement, tout ce que le Québec a refusé de voir se concrétiser à travers ses tribunaux a été renversé par la Cour Suprême du Canada, qu’il s’agisse du Kirpan, du turban ou autres. Comment le PQ n’a pu voir venir la création toute canadienne d’un état québécois lié au multiculturalisme ? Ne faut-il pas qu’il se soit grandement éloigné de sa base pour en arriver là ? Et ce parti souhaiterait maintenant éloigner de son idéologie l’objet même de sa création : l’accession au statut d’état souverain ?
Comment alors comprendre sinon prendre note de ce zéro de conduite. Faudra-t-il songer à recréer l’identité québécoise à travers un concept électoral référendaire ? Je le crois. La seule solution dont le PQ s’est toujours éloigné est bien l’élection référendaire. Que craint un parti indépendantiste de son option d’indépendance ? À moins que la conviction ne soit plus au rendez-vous pour celle qui la défend ! La conviction naît d’un état d’âme. Que craint une âme en paix avec elle-même ? …
Bernard Thompson


