Ordre national du Québec - Premiers ministres pour la vie

Jean Charest rend leur titre à Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau, Pierre Marc Johnson et Daniel Johnson

vendredi 20 juin 2008

Québec — Moment d’unité politique rare, hier à l’Assemblée nationale : tous les anciens premiers ministres vivants ont été décorés de l’Ordre national du Québec lors d’une cérémonie sans précédent et empreinte d’émotion, où les Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau, Daniel Johnson et Pierre Marc Johnson ont été honorés tour à tour par l’actuel premier ministre Jean Charest.

« C’est tellement un beau moment. C’est une des plus belles journées politiques de ma vie », s’est exclamé l’actuel premier ministre à l’issue de la cérémonie. Dans son entourage, on a souligné que l’idée d’un tel geste est venue de M. Charest lui-même. Il n’en semblait pas peu fier d’ailleurs : « De les entendre les cinq, les uns après les autres, parler de leur passage dans le poste de premier ministre, ç’a été fascinant. » Le chef libéral souhaitait ainsi, à l’occasion du 400e anniversaire de Québec, valoriser la fonction de premier ministre et augmenter le prestige de l’Ordre national du Québec, plus haute distinction offerte par l’État du Québec. Désormais, a-t-il affirmé au surplus hier, les anciens titulaires de la fonction conserveront leur titre à vie. Et les futurs titulaires recevront automatiquement le grade de grand officier de l’Ordre du Québec.

Souveraineté

Alors que quatre anciens premiers ministres péquistes ont pris la parole, seuls deux ont parlé de souveraineté, Jacques Parizeau et Bernard Landry. Ce dernier a d’abord loué les progrès de la Révolution tranquille pour parler de la « nation estimable » qu’était devenu le Québec. Il a toutefois dit refuser le discours selon lequel l’avant-1960 fut d’une noirceur absolue : « La lumière ne peut pas jaillir » d’une telle obscurité, a-t-il illustré. M. Landry a appelé de ses voeux une ère où le « national sera le genre humain », a-t-il dit, paraphrasant l’hymne communiste.

Après avoir souligné avec émotion que son père, Gérard Parizeau, avait eu cet honneur avant lui (en 1991), Jacques Parizeau a vanté ses mentors Jean Lesage et Daniel Johnson. Ceux-ci, a-t-il dit, ont constitué son « université de premier ministre ». De l’un, il a retenu la notion du « sens de l’État » et l’expression « Maître chez nous », à une époque où le « nous » enthousiasmait mais ne divisait pas, a-t-il fait remarquer, faisant sourire l’actuelle chef péquiste, Pauline Marois. De Daniel Johnson, il a entre autres loué l’action située dans la continuité de la Révolution tranquille, oeuvre qui a permis de fonder vraiment l’État du Québec. Il a rappelé l’expression « Égalité ou indépendance », saluant cette manière claire qu’avait eue Johnson (père) de poser un problème non encore résolu. « Moi, j’ai choisi », a dit M. Parizeau.

Lucien Bouchard a lu un texte élégant où il a souligné la « noblesse » du « geste politique » et de la « démarche élective ». Mais le premier ministre ne peut pas tout et on découvrira vite, a-t-il insisté, « que lui aussi est humain ». En somme, « tous les premiers ministres vivent une histoire d’amour avec le Québec », a dit celui qui a quitté brutalement son poste en 2001, ajoutant que la sienne « a eu ses intervalles de tumultes et de flambées ».

Personnage souvent considéré comme froid, Daniel Johnson fils s’est montré le plus ému des cinq. Il a eu la gorge nouée pendant tout son discours. Évoquant ses souvenirs des grands événements auxquels il a assisté au Salon rouge, comme les assermentations de son père, de son frère et de lui-même, il a souligné « la profondeur des racines » qui l’attachent aux institutions québécoises.

Son frère Pierre Marc Johnson a dit qu’il recevait avec modestie l’Ordre du Québec, puisqu’il n’a été à la tête du gouvernement que trois mois. La « fougue », la « passion », l’« entêtement cohérent », l’« émotion » : voilà comment lui, le dernier à parler, a qualifié respectivement les Landry, Bouchard, Parizeau et Daniel Johnson. À son sens, représenter l’ensemble des Québécois est la plus belle fonction qui soit. Il a incité les jeunes à faire de la politique, en leur disant par ailleurs qu’il y avait une vie après...

À l’issue de la cérémonie et après les photos officielles, les premiers ministres ont répondu prudemment à quelques questions des médias. L’indépendance est-elle un rêve ? « Moi, je ne rêve pas. L’indépendance, j’y travaille », a répondu Jacques Parizeau. Au sujet des polémiques entourant le rapport Bouchard-Taylor, Lucien Bouchard (frère de Gérard) a refusé de faire des commentaires en ces mots : « Je pense que mon frère peut se défendre tout seul et son rapport aussi. »

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Avec Robert Dutrisac


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