Il ne faut pas être dupe.
On sait que les fédéralistes laissent entendre continuellement que nous voulons nous séparer. Toutefois, nous croyons toujours que les Rocheuses nous appartiennent. Ce n’est pas le cas !
Nous croyons, disent-ils, que l’union fait la force. Pourquoi le Québec se séparerait-il du Canada ? Nous n’avons aucune raison d’agir de la sorte. L’union fait la force ! Faisons comme les autres, unissons-nous pour grandir, nous libérer ainsi que pour vivre dans le concert des nations libres.
Notre idéal national ne consiste pas à nous séparer. Il vise à nous unir !
L’Union européenne est l’exemple parfait de cette association libre de peuples. D’abord, chacun est libre chez soi d’agir à sa guise. Il est libre aussi de vivre d’égal à égal avec les autres nations indépendantes reconnues par l’ONU. Bien sûr, il y a quelques mises en commun, mais c’est si peu de choses qu’un seul pays peut se permettre d’opposer son veto à l’ensemble de l’Union pour stopper le processus de l’union sans en subir les conséquences.
Dans ce monde idéal, les relations entre les États sont simples. Il suffit de s’unir !
Pourquoi faut-il proposer de s’unir au Canada ? Toutes les raisons sont bonnes : même géographie, même économie, une histoire commune, une culture américaine, un mode de vie nord-américain, le bilinguisme, le trilinguisme pour certains, des accommodements raisonnables, une cohabitation pacifique avec les Anglos-montréalais, des institutions et des sommités dans tous les domaines, etc.
Que faut-il faire ?
La proposition toujours actuelle des souverainistes consiste à renégocier avec le Canada-Anglais une nouvelle association sur la base du discours de René Lévesque devant l’Economic Club of New York, le 25 janvier 1977 (« Québec : Good Neighbour in Transition »)
« Pour moi, déclare René Lévesque deux mois après son élection de 1976, la question qui importe – celle qui doit préoccuper tous ceux qui portent intérêt au Québec et au Canada – ce n’est pas de savoir si le Québec deviendra ou non indépendant, ni même de savoir quand il deviendra indépendant, mais de connaître comment les Québécois assumeront la pleine maîtrise de leur vie politique. » ICI : http://www.vigile.net/Quebec-Good-N...
Comment faire ?
Puisque nos économies sont liées l’une à l’autre, nous proposons « QUE NOTRE PROJET DE SOUVERAINETÉ POLITIQUE S’ACCOMPAGNE D’UNE PROPOSITION D’ASSOCIATION ÉCONOMIQUE AVEC LE CANADA ». Il ajoute :
« C’EST POURQUOI NOUS PROPOSONS AU RESTE DU CANADA UN NOUVEAU TYPE D’ASSOCIATION, qui permettra aux Anglophones et aux Francophones de vivre en harmonie, côte à côte, SANS SE NUIRE MUTUELLEMENT. Nous sommes ouverts au dialogue et notre objectif est d’associer et de mettre en commun sur le plan économique, ce qui doit l’être pour l’avantage du Québec et du Canada.
CE NOUVEAU « PARTNERSHIP » POURRA PRENDRE LA FORME D’UN MARCHÉ COMMUN, D’UNE UNION DOUANIÈRE, permettant la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, à la manière des pays de l’Europe occidentale. SI LE DÉSIR EST RÉCIPROQUE, nous sommes même prêts à aller au-delà, VERS UNE UNION MONÉTAIRE qui permettrait aux deux communautés de procéder au changement de statut constitutionnel avec le minimum d’incertitude pour les agents économiques. »
Cette proposition globale est tout de même assortie d’un principe de prudence. René Lévesque ne cache pas ses peurs et ses appréhensions. Il souhaite donc encadrer ce projet dans l’esprit qui suit :
« Toute notre histoire est là pour démontrer que les Québécois n’aiment pas bousculer les choses, pas plus qu’ils n’aiment être bousculés. Nous sommes un peuple tenace, fidèle à lui-même, aimant la continuité. Nous avons appris à naître, à survivre et à progresser malgré les obstacles, parce que nous sommes constants, prudents et aussi déterminés. Nous ne procédons pas par bonds, mais par transition. Nous pouvons être pour le changement, pas pour le désordre. Tous les extrémismes nous répugnent naturellement. »
À la suite de la Révolution tranquille, il déclare que « le Québec est engagé dans un processus similaire sur le plan constitutionnel. Une fois de plus, cette évolution se fait essentiellement dans le calme, les quelques heurts des débuts ayant complètement cédé le pas au patient travail démocratique. De sorte qu’après la « Quiet Revolution », nous aurons bientôt la « Quiet Independence ». »
Nous savons aujourd’hui que toutes ces idées fondatrices posent des problèmes sérieux avec le reste du Canada-Anglais. Est-il possible de s’unir avec le pot de fer quand celui-ci désire de toutes ses forces nous briser comme le pot de terre. Et si nous voulons exister comme tel, il est fort possible que le compagnonnage se solde par la destruction du port de terre.
Point de vue de l’historien Guy Frégault
Il y a près de 55 ans, cette analogie a été utilisée par l’historien Guy Frégault à l’occasion de sa communication qui avait porté sur « Le chevauchement des cultures au Canada. » Il déclarait :
« Les ouvriers des sciences de l’homme ont assez étudié les faits culturels pour que nous puissions tenir pour admis qu’une culture nationale ne se bâtit pas en l’air, mais que, pour se développer, elle doit être nourrie et soutenue par un groupe humain qui dispose des ressources, des institutions et surtout de « l’outillage mental » qu’il faut pour organiser son territoire, sa politique, son économie, sa société.
Cette constatation nous permet tout de suite de remarquer combien Canadiens français et Canadiens anglais se trouvent placés dans des conditions différentes lorsqu’il s’agit de travailler à l’épanouissement de leur culture respective. Alors que les premiers ont une base matérielle qui leur suffit tout au plus pour maintenir une survivance culturelle, les seconds sont équipés, matériellement et mentalement, de manière à pouvoir posséder un jour une vraie vie de l’esprit. Il en résulte que, sur le plan de la culture comme sur les autres plans, le voyage que Canadiens français et anglais poursuivent dans l’histoire risque fort, si nous cherchons un compagnonnage trop rapproché, de ressembler à celui du pot de terre et du pot de fer. »________________________________________________________
Le Fédéralisme. Rapport de la deuxième Conférence annuelle de l’Institut canadien des Affaires publiques organisée avec le concours de la Société Radio-Canada. Ste-Adèle Lodge, Ste-Adèle, P. Q., du 21 au 25 septembre 1955. Voir les pages 32-34. Guy Frégault, historien et vice-doyen à la Faculté des Lettres à l’Université de Montréal, donnait la réplique à l’exposé du Père Georges-Henri Lévesque, o.p., professeur à la Faculté des Sciences sociales de l’Université Laval.
N. B. Cette conférence a connu une large diffusion, à l’époque, tant à la radio de Radio Canada que dans Le Devoir, 23 septembre 1955, p. 11 ; L’Action nationale, 45 (novembre 1955), 3 : 253-256 ainsi que dans La Nouvelle revue canadienne, 1956, p. 215-217. ICI : http://www.rond-point.qc.ca/rond-po...
L’historien Guy Frégault ne signifiait nullement qu’il fallait que les Québécois-Français se replient sur eux-mêmes. Au contraire, il cherchait à faire comprendre à quel point le Québec devait se développer politiquement, économiquement et culturellement afin de s’appuyer sur un socle solide qui permettrait à la société québécoise de se déployer intégralement dans tous les domaines. C’est dans cet esprit qu’il soutenait qu’« une culture nationale ne se bâtit en l’air » et qu’« elle doit être nourrie et soutenue par un groupe humain ». Il a eu l’occasion de le prouver concrètement comme sous-ministre aux Affaires culturelles du Québec sous l’autorité du ministre Georges-Émile Lapalme dans le gouvernement Lesage.
Soutenir l’importance de la souveraineté politique d’un État-nation québécois indépendant dans le monde serait, en ce moment, comme depuis longtemps, la meilleure option parmi les solutions possibles qui s’offrent aux Québécoises et aux Québécois.
Pour une bonne majorité des Québécois silencieux, la question n’est plus de savoir si l’on va se séparer ou s’unir, MAIS D’EXISTER, DE VIVRE, D’AGIR COLLECTIVEMENT PAR SOI DANS LE MONDE ET D’ÊTRE SOUTENU PAR UN ÉTAT NATIONAL INDÉPENDANT POLITIQUEMENT. C’EST LA PREMIÈRE ÉTAPE DE LA LIBÉRATION DU QUÉBEC.
On ne va pas se séparer ?
Cette interrogation, la majorité québécoise française, à tout le moins, ne veut plus l’entendre. Elle veut que les Québécois aient leur État national reconnu par l’ONU. Elle sait que les Québécois en ont les moyens et l’énergie nécessaire pour franchir le cap qui mène à l’indépendance étatique et nationale. Elle n’a ni besoin de tirer à pile ou face ni de jongler à partir de toutes les arguties autonomistes des prudents, des timorés et des peureux.
Bruno Deshaies L’Académie de l’indépendance du Québec

