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On ne construit pas sur du vide
Cessons de renier ou d’ignorer tout ce qui a servi à bâtir le Québec jusqu’à maintenant et sans quoi tout resterait à faire
Chronique de Raymond Poulin
vendredi 24 août 2007      302 visites      8 messages


En lisant les commentaires aux diverses tribunes et chroniques publiées depuis quelques semaines, je remarque qu’une accusation revient souvent contre René Lévesque, soit celle d’avoir proposé, en 1980, une question qui ne menait pas directement à l’indépendance. Puis-je rappeler qu’à cette époque, plus de 80% de l’économie québécoise était contrôlée par des entreprises dont les cadres supérieurs n’étaient pas des Québécois français et que l’État, contrairement à 1995, ne disposait d’aucune marge de manoeuvre pour contrer les tentatives de déstabilisation financière qui auraient accompagné une déclaration d’indépendance ? Récrire l’Histoire ne change pas la réalité passée.

Par ailleurs, beaucoup semblent croire que les lois québécoises qui ont profité aux citoyens ou leur ont assuré une certaine sécurité linguistique et culturelle ont conforté la population de langue française dans l’idée qu’on pouvait aussi bien demeurer Canadien. Autrement dit, il aurait fallu délibérément pratiquer la politique du pire pour "indépendantiser" les Québécois. Outre qu’une telle politique relève du cynisme, elle révèle une inconscience certaine. Tant qu’à y être, reprochons aux gouvernements des années soixante d’avoir sorti le Québec de sa médiocrité antérieure sur tous les plans. Ce sont au contraire ces transformations qui ont induit les Québécois à croire qu’ils étaient nés pour autre chose qu’un petit pain et contribué à former les professionnels, les techniciens, les scientifiques, les gens d’affaires et les grands commis dont a besoin un État qui ne veut pas troquer son statut de province, annexée tant qu’on voudra, pour une simple "république de bananes", ce qu’aurait été, et pour un temps certain, un Québec prématurément indépendant, disons avant les années quatre-vingt-dix.

Il demeure vrai qu’en dépit des efforts constants des militants et, bien qu’on en ait, de beaucoup de députés et ministres du Parti québécois, l’appui à l’indépendance a constamment oscillé en dents de scie depuis les années soixante-quinze au gré des événements catalyseurs, culminant, après l’échec de Meech, à environ 73%. Ce dernier exemple, lorsqu’on le compare aux évaluations présentes, devrait illustrer à quel point l’idée nationale est encore peu solidement ancrée dans la conscience collective. Une nation existe véritablement seulement lorsque ceux qui s’en réclament forment une confortable majorité qui ne s’atomise pas au gré du vent. Le travail de décolonisation des esprits n’est pas aussi simple ni aussi avancé qu’on semble parfois le croire.

Certes, on peut attribuer une part de cette difficulté aux hésitations et à la pusillanimité des gouvernements et principaux responsables du Parti québécois, de 1980 à 1988 et de 1996 à aujourd’hui. On a probablement raison de présumer qu’il n’est plus le parti de la situation et qu’il n’en prend pas conscience. On peut légitimement penser que la seule plomberie référendaire ne constitue plus le meilleur moyen de parvenir au but. Mais, de grâce, cessons de renier ou d’ignorer tout ce qui a servi à bâtir le Québec jusqu’à maintenant et sans quoi tout resterait à faire.

C’est justement le chemin parcouru qui peut rendre crédibles les possibilités qu’offre l’indépendance, en prouvant à ceux que l’on veut convaincre qu’ils ne se trouvent ni sans moyens ni sans capacités et en leur montrant comment ces moyens et ces capacités atteignent leurs limites tant que la nation ne dispose pas de tous ses pouvoirs et ne tend pas toute sa volonté pour tracer son propre destin. Si, au contraire, nous répétons constamment que le passé ne nous a jamais valu rien qui vaille, nous ne ferons que diminuer la confiance de nos compatriotes en leur propre dynamisme collectif.

Raymond Poulin



Vos commentaires:
  • On ne construit pas sur du vide
    24 août 2007, par Gilles Bousquet

    M. Raymond Poulin écrit justement : « Par ailleurs, beaucoup semblent croire que les lois québécoises qui ont profité aux citoyens ou leur ont assuré une certaine sécurité linguistique et culturelle ont conforté la population de langue française dans l’idée qu’on pouvait aussi bien demeurer Canadien. Autrement dit, il aurait fallu délibérément pratiquer la politique du pire pour "indépendantiser" les Québécois. »

    Je crois que le PQ, qui a fait avancer le Québec autant dans le cadre canadien, a été bénéfique de plusieurs façons c’est bien admis mais est-ce que ça a fait avancer la souveraineté du Québec sans association ou partenariat qui varie autour de 25 % dans les sondages ?

    Le PQ, a joué le jeu du fédéralisme et a gagné beaucoup de points dans plusieurs domaines dont la loi 101, même si elle a été un peu charcutée depuis. Quand un joueur gagne, il est difficile de lui faire changer de jeu ensuite.

    À mon avis, les Québécois ne se feront pas facilement "indépendantiser" par des succès du Bloc qui se force à améliorer encore la place du Québec dans le Canada ni par une future administration possible du PQ de Mme. Marois qui réussirait de très belles choses avec ou sans l’aide du fédéral, comme province dans la fédération canadienne.

    M. Gilles Duceppe déclare souvent que la politique du pire est la pire des politiques pour le BLOC mais s’il continue à vouloir améliorer la situation du Québec dans le Canada, ça va pas être trop bon pour la souveraineté ça.

    Même si c’est un peu absurde, les succès d’une possible future gouvernance indépendantiste, nuiraient à son option. "Un couple a plus de difficulté à se séparer quand les affaires tendent à s’améliorer". Il en est probablement ainsi des communautés.


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Denis Julien Lotbinière

    Bonjour monsieur Poulin, J’ose espérer que le but de votre chronique n’est pas de décourager les miltants du PI d’aller de l’avant avec leur projet. J’aurais la nette impression que vos poursuivez le travail de démotivation et de démobilisation entrepris par le PQ au cour des 10 dernières années passées.

    Personne parmi nous ne niera les gains que le Québec a fait dans certain domaine. Mais, nous sommes obligés de réaliser que le PQ n’a plus aujourd’hui, la crédibilité nécessaire pour continuer le combat.Toutes législations linguistiques futures, tous les projets de constitution ou de citoyenneté québécois seront voués à l’échec à la suite du jugement Hilton.

    Le PQ s’est lui-même disqualifé.Il a été trop souvent absent des débats qui occupent la scène politique québécoise . Il n’y a pas exercé son leadership.Il s’est conduit en véritable éteignoir des militants. Que Mario Dumont parle de francisation des immigrants, de constitution et de citoyenneté québécoises, nous sommes en pleine science fiction ! Eh oh ! Où est le PQ ?

    J’arrive d’une tournée dans le Bas-du-Fleuve. Tout le monde est unanime dans la population. On ne croit plus le PQ.On ne prend plus le PQ au sérieux. On ne croit plus qu’il fera l’indépendance du Québec.Point final ! Alors, on fait quoi ? On se relève les manches et on milite au PI avec des hommes et des femmes dontla seule loyauté ira exclusivement à faire du Québec, notre pays !


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Raymond Poulin

    MM. Julien et Bousquet,

    Si vous relisez la chronique, vous constaterez probablement, à moins que j’aie été brouillon, que je n’appuie absolument plus le Parti québécois. J’ai parlé des acquis du Québec, du chemin qu’il a parcouru, et insisté sur le fait que nous devons construire à partir de ces acquis, pas à partir des partis politiques qui ont présidé à leur réalisation ! Seulement, je refuse qu’on déprise ce qui a été réalisé pour la raison que ce le fut souvent par des gens ou des partis qu’on rejette aujourd’hui. Il me semble que ce n’est pas du tout la même chose. On ne peut pas démoniser ni mépriser tous ceux qui ont contribué à faire du Québec ce qu’il est parce qu’on a assez du PQ. ou même des Libéraux.

    Raymond Poulin


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Gilles Bousquet

    M. Poulin,

    Les critiques indépendantistes qui pensent que le PQ a été plus souvent confédérationiste qu’indépendantiste ne me semblent pas démoniser le PQ, ses députés et se dirigeants. Une vraie confédération canadienne ne serait pas une horreur.

    Au moins 45 % des Québécois francophones, à tort ou à raison, avaient et ont encore peur de l’option souveraineté-association ou partenariat et, encore plus peur de la souveraineté seule pour le Québec en ce temps de la mondialisation.

    Je suis avec vous, M. Poulin, pour dire qu’il ne faut pas dénigrer lea actions passées du PQ et j’ajoute aussi qu’il ne faut pas plus dénigrer les autres options politiques par des attaques personnelles sur ses représentants si les indépendantistes ne veulent pas braquer leurs concitoyens qui ont droit à leurs opinions.

    C’est quoi la solution M. Poulin ? Changer de hauts-parleurs souverainistes ? La peur est une chose très difficile à raisonner et quelquesfois, elle peut être bénéfique.


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Denis Julien
    Cher monsieur Poulin, je n’ai pas de difficulté avec votre dernière intervention.Par contre, la nostalgie, ça suffit ! Il est maintenant minuit moins cinq et il est temps de passer à autre chose. Denis Julien Lotbinière
  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Raymond Poulin

    M. Julien,

    Il ne s’agit pas de nostalgie mais du matériau de base de la confiance que l’avenir peut inspirer. Ne mêlons pas tout.

    Raymond Poulin


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Denis Julien

    Le passé est le meilleur garant de l’avenir. Nous ne nions pas le travail qui s’est fait dans le passé.Nous pouvons être fiers de beaucoup de gestes posés par les souverainistes. Ils font dérénavant partie du patrimoine québécois.

    Par contre, il faut en tirer des leçons lucides pour l’avenir si nous désirons poser les bons gestes pour la suites.

    La plus importante leçon qu’on doit en tirer, c’est que maheureusement, le PQ ne peut plus porter ce combat. Qu’il n’a plus dans la population la crédibilité nécessaire et que si on continue à s’y accrocher comme à une bouée de sauvetage, il finira par faire couler complètement le grand projet de pays.

    Lorsque Renée Lévesque a quitté le Parti Libéral du Québec, c’est qu’il avait la ferme conviction qu’il y perdait son temps et que ce parti n’était plus porteur d’espoir pour le peuple québécois. Il a fondé le Mouvement Souveraineté-Association qui a donné naissance au Parti Québécois. Ce fut une étape dans l’histoire politique du Québec. Vous devez vous aussi respecter le constat qu’en a fait les ex-membres du RIN dont Pierre Bourgeault qui déclarait :"Le PQ était beaucoup pus intéressé par la prise du pouvoir que par la réalisation de l’indépendance du Québec." On ne renie rien lorsque l’on dit cela. On constate, c’est tout !

    Je pense sincèrement et avec d’autres concitoyens qu’une nouvelle étape commence et sommes convaincus que cette fois, il ne faut pas manquer le bateau.


  • On ne construit pas sur du vide
    25 août 2007, par Raymond Poulin

    Donc, monsieur Julien, nous sommes d’accord.

    Raymond Poulin











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