Entre s’angliciser et “tourner le dos à l’anglais”, il a d’importantes nuances qu’il convient de retenir.
S’angliciser, c’est s’en remettre à une autre culture pour penser sa vie et ses problèmes. Un de mes anciens collègues, qui voulait discuter de la mort, parla d’un “after life”, comme s’il n’y avait pas en français d’expressions suffisantes pour discuter du sujet avec pertinence. Cette tendance a s’en remettre à l’autre culture était présente tout le long de mes 28 années de service dans les “Canadian Armed Forces”, comme si la langue française ne disposait pas d’un vocabulaire très élaboré en matière de conflits, de guerres, de stratégie générale, de tactique, de logistique et tout ce qu’il faut pour s’adapter aux exigences des temps actuels.
La propagande transmise par une demi culture de bas étage crée l’impression qu’il n’existe aucune autre langue que l’anglais pour appréhender, articuler, raisonner et exprimer tous les aspects de la vie passée, actuelle et à venir, alors qu’en réalité, l’anglais est une langue peu précise, ambigüe et ambivalente, intellectuellement peu exigeante et satisfaisante.
A l’origine, l’anglais est né de l’ancien plattdeutsch, le bas allemand des Saxons qui occupèrent l’Allemagne du nord et l’Angleterre aux débuts du dernier millénaire. C’était la langue de commerce des Ligues Hanséatiques, prédécesseurs du capitalisme actuel. Avec la domination normande qui débuta en 1066, le Normand moyen, qui est notre français à nous, a pénétré l’Angleterre. Peu à peu, le latin et notre langue se sont imposés dans l’administration et les cours de justice. Les Anglais s’en rappellent et comme ils nous rappellent, à tort, la bataille des plaines d’Abraham, nous pouvons avec raison leur rappeler la bataille de Hastings gagnée par notre monde en 1066 et ses conséquences sur la vie anglaise.
Finalement, après le départ des Normands, une langue anglaise consensuelle a fait son chemin en Angleterre. C’est ce qu’on appelle English Usage, une langue développée par voie de consensus. Dépourvue de grammaire et de syntaxe qui imposent la précision, la langue anglaise s’est enrichie par la multiplication des mots empruntés aux autres langues, particulièrement aux États Unis. Il n’existe aucune académie anglaise pour protéger la langue contre l’imprécision et l’ambigüité. En matière d’expression orale et écrite, chaque interlocuteur fait ce qu’il veut ou ce qu’il peut et advienne que pourra, exception faite des professions et métiers spécialisés, qui doivent développer leur expertise a partir d’un langage technique approprié.
L’imprécision et l’ambigüité de l’anglais, je les ai bien connues pendant les années passées dans l’administration de l’armée, alors qu’il me fallait chaque jour régler un tas de problèmes tout aussi compliqués les uns que les autres. Comme j’avais appris initialement l’anglais dans des écoles et une université de langue française, toujours à la recherche d’une règle non écrite, j’ai pu corriger nombre de textes de langue anglaise et leur donner davantage de précision, ce que je n’aurais pu faire si j’avais été instruit exclusivement en anglais.
Toute autre est la langue française. Fondée par Richelieu, l’Académie française a pour objet d’en assurer la précision et la pertinence en toutes circonstances. La différence : il faut beaucoup d’école pour réellement apprendre le Français en profondeur et savoir en exploiter toute la richesse. Chez une majorité de gens, un minimum de 18 années de scolarisation est nécessaire pour maitriser la langue française dont la précision est toujours appréciée en diplomatie. Comme instrument de communication interpersonnelle, le Français demeure inégalé, lorsque je le compare avec les trois autres langues que j’ai apprises : l’anglais, le latin et l’allemand.
Le bilinguisme imposé selon le modèle de Jean Chrétien, Gérard Bouchard et Cie, se traduit en pratique par le baragouinage de deux langues secondes. Ne connaissant ni l’une ni l’autre à la perfection, les interlocuteurs bafouillent de l’une à l’autre. Passe lorsqu’il s’agit de vendre des hot dogs et des hamburgers mais ce genre de communication demeure extrêmement limitée. Et pourquoi aborder le client avec ce “Bonjour, HI, can I help you, est-ce que je peux vous aider”, alors qu’un simple bonjour fait l’affaire ?
Apprendre le français à fond et savoir à quoi s’en tenir en apprenant l’anglais n’est pas la même chose que devenir bilingue sans réellement en connaître une seule. Et s’il faut apprendre l’anglais, alors pourquoi ne pas le faire aux États Unis, où nous sommes toujours plus à l’aise qu’au Canada anglais. Les Américains savent au moins qui ils sont. Ils ont perdu leurs préjugés et leurs illusions et leurs élites parlent souvent parfaitement le Français, reconnu de nouveau comme langue diplomatique.
Sortons de la horde des demi-instruits qui veulent nous dégrader à leur niveau.
JRMS

