Je disais la semaine passée que les Flamands voulaient aller au confédéralisme somme toute par une voie qui est elle-même confédérale, soit en réalisant la réforme de l’Etat par des discussions entre entités fédérées et non par des discussions entre le premier ministre, les ministres du gouvernement fédéral ainsi que les présidents de partis soutenant (ou non, parfois) ce même gouvernement, ce qui est la procédure depuis des décennies.
Une autorité aussi peu contestée ni contestable que Vincent de Coorebyter (directeur du CRISP) estimait d’ailleurs dans La Revue nouvelle de janvier dernier (p. 42 ) que « Dans l’exercice de leurs compétences, les Communautés et les Régions sont souveraines. Exactement comme un Etat est tout à fait indépendant dans sa sphère de souveraineté, même s’il est par ailleurs membre d’une confédération. » Il semble qu’on puisse se mettre d’accord sur cette procédure (malgré les réticences de certains car elle ne fait plus grand honneur à l’Etat belge fédéral).
Mais qu’il s’agisse de l’Etat belge d’hier (avant 1970), de l’Etat fédéral belge (depuis 1970 et surtout 1980-1990), ou de ses aspects déjà confédéraux aujourd’hui (mais bien moins que demain), les Flamands raisonnent en termes de Belgique à deux (la Belgique flamande et la Belgique wallonne), et non à trois. Dès lors le CD&V-NVA (démocrates-chrétiens flamands et nationalistes démocrates), le parti le plus important de la coalition gouvernementale actuelle ne veut pas que l’entité fédérée de Bruxelles siège comme telle dans les travaux préparatoires à la construction du confédéralisme. Ils voient le confédéralisme à deux et non à trois.
Il est vrai que, dans une perspective linguistique, Bruxelles est devenue entièrement francophone à peu de choses près (mais la minorité flamande y est active et s’est ralliée cependant à l’idée d’une présence de Bruxelles aussi à la table des négociations). Il est vrai que, par conséquent, en acceptant Bruxelles à la table des négociations, les Flamands peuvent se mettre en difficultés dans la mesure où, même si par le nombre d’habitants, ils sont les plus nombreux en Belgique, ils devront discuter avec deux entités fédérées largement francophones, sur la base d’une Belgique à deux et non à trois (*). Ils peuvent penser aussi que les évolutions actuelles risquent de leur faire perdre Bruxelles, entité juridique à laquelle il me semble qu’ils ne sont pas prêts de reconnaître les mêmes droits qu’à la Wallonie et à la Flandre. Même si les votes des parlements de Wallonie et de Bruxelles vont dans ce sens (ce sont des entités étatiques souveraines).
C’est une vieille pierre d’achoppement en Belgique : Belgique à deux (thèse flamande) contre Belgique à trois (thèse wallonne). J’ai toujours cru que Wallons, Flamands et Bruxellois s’arrangeraient. Je pense que les Flamands veulent garder Bruxelles et aussi la Belgique. Et que Wallons et Bruxellois veulent garder leur idée de parler à trois et de sauver ce qui reste d’unité belge : mais les positions des uns (Flamands) et des autres (Wallons et Bruxellois), pourtant désireux de garder un reste d’unité belge, semblent pouvoir amener à des événements graves susceptibles de provoquer la rupture qu’on sent dans l’air depuis plus d’un an. Même si je n’y crois pas, je dois en faire l’hypothèse.
Il est vrai que ce matin, dans le journal flamand (proche des démocrates-chrétiens), De Standaard, Guy Tegenbos tout en reprenant l’idée d’une discussion sur le futur de l’Etat à partir des entités fédérées, admet (avec énormément de réticences), que les parties pourraient être trois (Flandre, Wallonie et Bruxelles).
José Fontaine
(*) Karl-Heinz Lamberts qui est en somme le président de la 4e Belgique, les 70.000 Germanophones, conscients des limites de sa communauté (70.000 sur plus de 10,5 millions de Belges), désire une place, mais une « petite place » a-t-il dit lui-même. Il reste d’ailleurs que pour une série de compétences (ni linguistiques, ni culturelles), les Germanophones dépendent de la Wallonie.

