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M. Marissal,
Moi, un vétéran militant du Parti québécois depuis 1970, je pouffe de rire quand je lis sous votre plume que les "purs et durs ont fait la loi dans ce parti depuis 30 ans". Comment pouvez-vous dire des ÉNORMITÉS pareilles ? Si les "purs et durs" avaient été au pouvoir dans ce parti depuis 30 ans, ce ferait longtemps que le Québec serait un pays.
Premièrement, il n’y aurait pas eu l’étapisme de Claude GRC Morin, cette idée saugrenue qui lui a été soufflée par 3 hauts fonctionnaires du gouvernement fédéral, dont Gordon Robertson, ancien greffier du Conseil privé qui n’en continue plus de faire des dommages pour la cause de l’indépendance du Québec et qui reste, en toile de fond, comme "dogme" officiel du Parti québécois. Voir à ce sujet le livre de Claude Bariteau "Pour sortir de l’impasse référendaire".
Deuxièmement, il n’y aurait pas eu ce référendum de 1980 inodore, incolore et sans saveur, dont la question emberlificotée à la Claude Morin était tellement longue qu’à 14:00 heures, le jour du référendum, la grosseur des bulletins de vote a forcé le directeur des élections à faire ouvrir toutes les boites de scrutin archipleines. Je le sais car j’étais, à l’époque, le coordonateur de la commission juridique nationale du Regroupement national pour le OUI.
Trosièmement, il n’y aurait pas eu le "beau risque" de René Lévesque en 1981 et son élection comme bon petit gouvernement provincial ;
Quatrièmement, il n’y aurait pas eu "l’affirmation nationale" de Pierre-Marc Johnson en 1985, et sa défaite comme prétendant à devenir un autre "bon petit gouvernement provincial"
Cinquièmement, il n’y aurait pas eu la défaite de 1989, basée elle aussi sur un programme de "bon petit gouvernement provincial" ;
Je passe sur le référendum de 1995, qui a été le seul moment où "les purs et durs", grâce à l’obstination de Jacques Parizeau, ont été réellement satisfaits malgré les crocs en jambe de Lucien Bouchard. Tout le monde sait maintenant comment on s’est fait voler ce référendum et comment Jacques Parizeau s’est laissé convaincre de démissionner à la suite des pressions internes de certaines grosses pointures du parti, qui ne sont pas précisément des "purs et durs" ;
Sixièmement, il n’y aurait pas eu cette élection de 1998 sur un autre thème provincial et la gestion de "bon petit gouvernement provincial" de Lucien Bouchard qui a mis son parti dans la merde avec sa réforme des municipalités pour quitter le navier par la suite en haute mer et en pleine tempête ;
Septièmement, il n’y aurait pas eu l’élection de 2003 sur le thème de la "conciliation famille-travail" afin d’aspirer à devenir un autre "bon petit gouvernement provincial" ;
Huitièmement, il n’y aurait pas eu cette insipide "feuille de route" "provinciale" annexée à un cadre financier provincial, présentée en toute hâte à la dernière minute à l’élection de 2007, par un candidat "handicapé" qui a fait perdre le PQ à lui tout seul, alors que le programme du PQ voté au Congrès de 2005 exigeait que l’on présente à l’électorat un "projet de pays" accompagné d’un cadre financier d’un Québec souverain. Le projet de pays ? Quel projet de pays ?
Je vais vous surprendre, M. Marissal. J’étais au congrès de 2005 et j’ai été une des seules 3 personnes qui se sont présentées au micro des "contre" sur le projet de tenir un référendum durant le premier mandat. Au micro opposé, par contre, j’ai vu, de mes yeux vu, Mme Pauline Marois, venir le défendre avec Jean-Pierre Charbonneau et un autre député influent, comme elle (Mme Marois) est venue défendre le "projet de pays".
Aujourd’hui, Mme Marois, qui mal lu la défaite d’André Boisclair en l’assimilant à une défaite de l’indépendance nationale, se sert du Conseil National pour défaire ce qui a été voté en congrès, ce qui est contraire aux statuts du Parti québécois (voir articles 92, 93, 106 a) et 106b) faisant la même chose que l’équipe Boisclair avait fait au Conseil national précédant l’élection de 2007.
Au lieu de dire n’importe quoi, M. Marissal vous devriez commencer par lire attentivement le programme du Parti québécois, voté lors du congrès de 2005 et QUI EST ENCORE EN VIGUEUR, puisqu’il n’a pas été modifié par un autre congrès afin de poser à Mme Marois et à son équipe les bonnes questions.
Et la bonne question à poser à Mme Marois ou à la présidente du Parti, Mme Monique Richard, est celle-ci : allez-vous, lors de la prochaine élection, oui ou non, présenter à l’électorat québécois, comme l’exige le programme du parti, un "projet de pays" avec un cadre financier d’un Québec souverain ou est-ce que vous allez faire comme André Boisclair et présenter une "petite feuille de route" "provinciale" avec un cadre financier provincial ?
Autrement dit, allez-vous, oui ou non, Mme Marois, rechercher un mandat de réaliser l’indépendance du Québec ou un autre mandat de gérer la petite province de Québec, comme de bons petits provinciaux, bien soumis en respectant la constitution canadienne que le Québec n’a jamais signé ?
Je tiens compte du fait que vous occupez une fonction de chroniqueur pour l’empire Gesca, propriétaire de Paul Desmarais, un adversaire acharné de l’indépendance du Québhec et je tire les conclusions qu’il convient quant à votre crédibilité.
Si vous vous mettez soudainement à encenser le PQ "nouvelle mouture", je me dis qu’il y a anguille sous roche. On verra dans l’avenir si Mme Marois et son équipe vont avoir la volonté et le courage de mener le peuple québécois vers son indépendance ou si c’est simplement une autre opération de mystification comme il y en a eu depuis 30 ans pour s’emparer du petit pouvoir provincial et continuer à gérer sans faire trop de vague la "province de Québec" au grand plaisir des chroniqueurs de La Presse et du grand boss du Québec, M. Desmarais.
Pierre Cloutier ll.m
avocat
Ex-président du PQ Johnson
Excellente réplique à Vincent Marissal, monsieur Cloutier. Effectivement, comme vous l’avez si bien dit, quand Gesca et même Stéphane Dion font l’éloge du programme du PQ, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a de sérieuses questions à se poser.
La réalité, c’est que le Parti Québécois "nouvelle mouture" ou "version Marois" n’a plus rien à voir avec le Parti fondé en 1968 et a virtuellement coupé avec sa raison d’être. Le PQ, depuis 1996, s’est de plus en plus clairement fondu parmi les partis politiques fédéralistes. En 1998, le Parti ne devait sa victoire qu’au charisme personnel de Lucien Bouchard. En 2003, le concept à la mode (conciliation travail-famille) n’a pu compenser l’absence d’engagement clair envers l’indépendance ni faire oublier les décisions douteuses et coupures radicales (et futiles) du gouvernement péquiste. En 2007, il a fallu des pressions in extremis du SPQ Libre pour arracher un semblant d’engagement d’André Boisclair envers la cause, mais celui-ci avait déjà perdu la confiance des membres et de la population en général par ses controverses, son attitude et erreurs de jugement. Pauline Marois a planté le dernier clou dans le cercueil du Parti Québécois en reprenant à son compte le programme néo-libéral d’André Boisclair et en évacuant toute possibilité de relancer le combat pour la cause indépendantiste.
La faiblesse de l’opposition aux idées de Pauline Marois lors du Conseil national de la fin de semaine dernière a fini de consacrer le choix du parti d’abandonner, dans les faits, la lutte pour l’indépendance au profit d’un nouveau mandat de gouverne provinciale. Mme Marois a beau avoir détourné les fruits de la réflexion des "pur(e)s et dur(e)s" à son avantage ("gestes de souveraineté", "gouvernance nationale", "conversation nationale"), son refus de déroger à la constitution de 1982 a non seulement dénaturé la portée de ces fruits, mais peut même légitimement être interprété par ses adversaires comme une reconnaissance tacite de cette constitution, pourtant jusqu’alors décriée officiellement et jamais signée par aucun parti politique au Québec. Non seulement continuer à militer pour le PQ revient à abandonner la raison d’être du parti, cela nuit également considérablement à la cause indépendantiste en avalisant une réduction unilatérale des pouvoirs du Québec.
Monsieur Cloutier, faites donc comme de nombreux autres indépendantistes réalistes qui ont choisi de militer pour le Parti Indépendantiste. Quand bien même vous considéreriez qu’appuyer le PI aux dépens du PQ diviserait le vote souverainiste (un vote péquiste peut-il être maintenant considéré comme tel ?), une élection partielle est le moment idéal pour passer un message aux partis politiques. À quoi servirait alors de remplacer deux sièges du PQ par deux autres suiveux ? Nicole Léger n’est que la marionnette de Pauline Marois et Maka Kotto n’est qu’un autre leurre du PQ envers les minorités visibles, le second ayant toutes les raisons de croire à la défaite éventuelle de son parti (Bloc Québécois) dans St-Lambert.
À l’opposé, l’élection de député(e)s du PI à l’Assemblée nationale permettrait aux Québécois(e)s, sans obligation de leur part, de connaître un nouveau parti qui est appelé à remplacer pour de bon le Parti Québécois comme véritable véhicule démocratique du mouvement indépendantiste québécois. Enfin, les souverainistes déçu(e)s du PQ pourraient forcer le PQ à faire tomber son masque : sous peine de renier formellement sa mission originale, ce parti ne pourra plus jamais duper les électeurs québécois. Et quand arrivera le véritable choix électoral, le Québec aura enfin l’option de réaliser ipso facto son indépendance en tant que programme électoral.
C’est une obsession au Parti Québécois comme dans les autres partis politiques. Il faut plaire aux scribouilleurs de Gesca.
Avec sa proposition de bilinguisme intégral, Mme Marois avait été applaudie par André Pratte, Philippe Couillard et Françoise David.
Aujourd’hui, elle est encensée par les adversaires les plus opiniâtres de l’indépendance du Québec, qui ont très bien réussi à figer dans l’esprit même de bien des militants du Parti Québécois, la hantise des purs et durs.
Tant que le Parti Québécois ne sera pas capable de surmonter sa frayeur médiatique et de dénoncer efficacement l’enfermement de la pensée, il devra jouer avec des patins sur un terrain de soccer. Le jour où il saura entrainer ses adversaires sur sa patinoire, c’est-à-dire le jour où il va parler du projet de pays, il pourra les regarder avec un malin plaisir courir en bottes sur la glace.

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