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Non, ce n’est pas la faute du réchauffement planétaire, mais bien celle du refroidissement linguistique. Convaincus depuis le référendum de 1995, et sans doute avec raison, que plus jamais le Québec ne viendrait près de se séparer, les anglophones d’Amérique ont, discrètement d’abord, puis de plus en plus ouvertement ensuite, affirmé la présence de leur langue en territoire québécois. Il est assez évident que d’ici au plus tard une cinquantaine d’années, le français sera essentiellement la langue folklorique d’un Québec noyé dans l’anglophonie.
Forts de leur pouvoir économique, c’est par l’effet des activités commerciales et d’affaires que les anglophones oeuvrent tranquillement à imposer leur langue à une nation qui l’avait officiellement rejetée comme langue officielle. Les raisons sociales se sont de plus en plus anglicisées, comme la publicité (voir Publicité et Assimilation au Québec), entraînant dans leur suite les médias, puis le milieu du travail, et finalement toute la population. C’est une approche des plus discrètes ! Qui a remarqué que les produits qu’on dotait, il y a vingt ans, de noms français, ou au moins de noms pouvant se dire dans les deux langues, ont désormais des appellations de plus en plus unilingue anglaise ? Qui a vu, à part une poignée de gens qu’on aura tôt fait de qualifier de fanatiques, que des commerces montréalais toujours plus nombreux affichent prioritairement en anglais ? Déjà, en 1999, la tendance commençait à se manifester à travers un affichage bilingue plus présent. Aujourd’hui, les commerces qui utilisent presqu’uniquement l’anglais sont de moins en moins rares.
Symptôme inquiétant, la communauté culturelle - musiciens, comédiens, artistes en tous genres - hésite de moins en moins à se produire en anglais, ou à introduire l’anglais dans ses prestations publiques. Tricot Machine ne nous chantent-ils pas "J’ai tué le chasseur avant qu’il shoote" ? Et Guy A. Lepage, animant Tout le monde en parle, pimente ses propos d’expressions ou de mots anglais. C’est hot ou c’est cool, mais anyway, ça chill. En soi, ça n’a pas l’air grave. Et l’art ne doit pas se subordonner aux frontières. Mais cette attitude tranche nettement avec celle des artistes des générations précédentes qui, sensibles à la fragilité du français au Québec, refusaient collectivement, dans un réflexe de survie, toute concession à la langue de Shakespeare.
Fort de ces micro-influences qui, prises individuellement, ne sont nullement menaçantes, l’anglais se répand de plus en plus vite. Même s’ils sont de langue maternelle francophone, on remarque que plusieurs étudiants se parlent entre eux en anglais dans les couloirs de nos cegeps et de nos universités. Ils font de même dans leurs clavardages ou dans leurs messages "texto". Cela fait plus branché. Lentement le peuple se fait à l’idée de trouver de moins en moins de modes d’emploi en français avec les produits qu’il achète. Habitué, ou résigné, il s’en plaint aussi de moins en moins. Ce qui est une bonne chose car le nombre d’inspecteurs qui prenaient en charge ces plaintes à l’Office de la langue française a chuté dramatiquement. Statistique Canada nous informait hier que le français n’est plus la langue de la majorité à Montréal. Du même souffle, on nous disait aussi qu’il est en déclin partout au Québec, et que les communautés francophones hors Québec sont mal en point. Avec un troublant cynisme, le premier ministre du Québec et sa ministre de la culture ont trouvé à se réjouir de ce rapport !
Ce sont beaucoup d’indicateurs de tendance qui pointent dans la même direction. Combien de temps faudra-t-il avant que, à l’instar de la Louisiane, le Québec français ne soit plus qu’un souvenir folklorique ? Vingt ans ? Trente ? Cinquante paraît déjà très optimiste. Lord Durham affirmait en 1839 qu’on devait assimiler les Canadiens Français. Il aura fallu plus de deux siècles pour y arriver. Nous aurons été coriaces.
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Cher Monsieur Desautels,
c’est justement cela le repliement identitaire : à tous les jours, sans trop s’en rendre compte, nous parlons de plus en plus en anglais. L’anglais passe dès lors dans les moeurs, surtout chez les jeunes, et nous nous replions, en français, dans le privé.
Cependant, je ne crois pas qu’il faille en vouloir aux anglophones. La responsabilité d’une langue ne repose pas sur les locuteurs des autres langues. Quant au problème politique, nous sommes tous capables de le reconnaître et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.
Cela dit, je vous remercie pour votre texte, car il traduit une réflexion reposant sur une sensibilité capable de voir dans l’avenir. Nous ressentirons sous peu, si votre analyse est juste, les effets du repliement identitaire dans une série de pertes... des pertes qui ne feront aucunement reculer le grand destin global qui est le nôtre, à savoir celui de composer avec les changements climatiques.

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