Il ne faut pas se surprendre que la nouvelle chef du Parti québécois, Pauline Marois, réhabilite le discours identitaire pour ramener les nationalistes qui ont tourné le dos à sa formation politique à la dernière élection.
Certes, cette stratégie vise d’abord à affaiblir l’Action démocratique de Mario Dumont, parti qui jouit dorénavant du titre d’opposition officielle à Québec. Avec un ton qui rappelle quelque peu celui diffusé par une certaine radio de la Capitale Nationale, le député de Rivière-du-Loup est parvenu à canaliser un certain ras-le-bol d’une classe d’électeurs qui en ont marre des discours politiques aseptisés.
Sans parler de référendum, les interventions nationalistes du chef de l’ADQ en ont séduit plusieurs. Mario Dumont s’aventure néanmoins sur une glace mince en faisant vibrer la corde identitaire des Québécois. La moindre rebuffade ou signe d’exaspération du gouvernement fédéral face à des desseins trop « autonomistes » du leader adéquiste, pourrait rapidement raviver l’option indépendantiste.
D’où l’harangue que la nouvelle dirigeante du PQ a prononcée dans Charlevoix ! Sans préciser de calendrier renfermant une démarche en direction de l’indépendance nationale, Pauline Marois veut profiter de l’ouverture que crée son rival adéquiste. Supposément fédéraliste, le chef de l’opposition officielle n’est effectivement pas dénoncé outrageusement par l’establishment médiatique québécois, même s’il proclame sans retenue qu’il faut défendre les siens. Identifier la majorité de langue française du Québec et souhaiter sa prédominance partout sur son territoire sans être l’objet de représailles fédéralistes, constitue pour les péquistes une aubaine. Si l’Action démocratique peut aborder ce sujet tabou en toute quiétude, pourquoi pas le Parti québécois, d’autant plus qu’il a mis officiellement en veilleuse son article 1… Attentisme, quand tu nous tiens !
Le subterfuge de la leader du Parti québécois n’est cependant pas passé inaperçu aux yeux de l’éditorialiste en chef du quotidien La presse. S’accrochant au machiavélique multiculturalisme élaboré par Pierre Trudeau pour mieux banaliser la nation québécoise, André Pratte craint que la résurrection du « nous » finisse par enthousiasmer les Québécois autour d’un projet commun. Maladroitement, l’homme de main d’Ottawa tente alors d’accoler à ce désir collectif de s’identifier une étiquette d’exclusion : notre « nous » créerait en effet instantanément un « eux » !
L’argumentaire avancé par l’éditorialiste du journal La Presse est d’une faiblesse sans nom. L’identification d’un groupe vise à le démarquer des autres. Ce qui ne veut pas dire qu’il leur tourne le dos et ne veut pas dialoguer ! L’affirmation nationale des peuples n’est pas automatiquement une manifestation raciste à connotation négative ! J’en veux pour preuve les Jeux olympiques. Les athlètes qui concourent pour leur pays et qui pleurent de joie devant leur drapeau lors de la remise des médailles, ne manifestent pas de l’intolérance face aux autres ! Ils font partie dignement d’un « nous » qui affrontent des « eux ». Mais le tout se déroule dans un climat de saine compétitivité. Idem dans le domaine économique, bien que la concurrence puisse être à l’occasion féroce ! N’avons-nous pas vu des gens de Guelph, en Ontario, tenter, avec l’aide du gouvernement de l’endroit, de « voler » à deux reprises un hôpital aux Québécois en décrivant un « eux » belliqueux ? André Pratte a-t-il alors défendu dans les pages de son quotidien le « nous » auquel il appartient ?
Il est rafraîchissant d’entendre les membres de l’intelligentsia péquiste, avec sa chef en tête, ramener à l’avant-scène le « nous » si longtemps camouflé. Restera à voir si ces gens résisteront aux attaques des fédéralistes qui essayeront de lui attacher le même grelot que celui dont fut victime l’ex-premier ministre Jacques Parizeau. Il est vrai que le ton revanchard de l’homme fut mal avisé pour dénoncer les malversations de l’État canadien, le soir du 30 octobre 1995. Reste que ce dernier a eu raison d’exprimer sa fierté d’appartenir à un groupe qui disait majoritairement « nous » pour la première fois, depuis la conquête de 1760.
Patrice Boileau

