Encore un texte débordant de frustrations, désolé. Notre comportement collectif des dernières semaines m’est insupportable. Maudit que nous n’avons pas de dignité. Si je reviens encore avec ce discours, c’est pour dénoncer l’inexistence d’un leadership indépendantiste, l’inexistence d’un contre-discours permanent pourtant tellement nécessaire. Les fédéralistes diront que bien des opinions souverainistes sont diffusées publiquement, mais l’encadrement, la manière de présenter les événements, persiste : toutes les nouvelles de la SRC ou de Power Corp. transpirent l’omnipotence du Canada et l’invalidité du discours dissident. Et ce discours n’est plus porté par ceux dont c’est le mandat. Sans s’en rendre compte, le PQ a favorisé ce conditionnement qui nous fait disparaître.
Nous ne comptons plus, nous qui pensons que la liberté politique est nécessaire. Les gens ordinaires (des consommateurs non politisés) sourient poliment tout en pensant que voilà des rêveurs futiles. Depuis longtemps le discours politique souverainiste n’a pas d’argument dans la bouche de ses messagers officiels, il est donc devenu insignifiant dans le discours public. La souveraineté, franchement, tout le monde est rendu ailleurs ! Nous sommes des nostalgiques parfois divertissants mais jamais à prendre au sérieux. Notre discours est du folklore.
43% de gens qui voteraient Oui, ça ne me rassure pas du tout. Il faudrait être plus de 60%.
On se laisse dire quoi penser, sans y attacher d’importance. Quand il le faudra, on raisonnera là-dessus mais pour l’instant, ça ne dérange pas. Sauf que le moment de raisonner ne vient jamais. N’ayant pas l’habitude de rationaliser les événements politiques, nous sommes malléables collectivement, nous sommes vulnérables plus que d’autres peuples au conditionnement médiatique. Par mimétisme, les gens en général réfléchissent comme on le leur montre. Quand ils y sont obligés, leur discours politique reproduit les schèmes de pensée qui sont les plus véhiculés.
Je ne suis pas un expert mais ça me semble évident. Quand on nous insulte, quand on nous vole, quand on nous tue à petit feu, ce n’est jamais un acte politique, ça ne compte jamais vraiment. Les québécois en général ne font pas les liens, ils ne voient pas la trame de l’époque, ils ne se voient pas disparaître. Pire peut-être, ils le sentent mais se sentent en même temps bien incapables d’y changer quoi que ce soit. Il leur faut alors défendre l’ordre établi, dans une fuite en avant vers l’abattoir.
De plus en plus de gens souffrent du syndrome Labeaume, la tête heureuse pour qui, ce qui le dépasse est sans intérêt. Et ceux qui ont l’intelligence de ces choses qui le dépassent, ce sont des niais qui perdent leur temps. C’est ainsi que dégénère l’esprit quand il est contraint pendant des siècles. Colonisé.
C’est ce que je sens, ce que je vois, ce que j’endure quotidiennement (télé, radio, journaux). Je hais notre médiocrité toute québécoise. Sur le plan politique, nous sommes collectivement renfermés, nous vivons comme dans une bulle. Nous comptons sur les autres, ceux qui nous entourent, ceux dont nos vies dépendent, nous comptons sur les autres pour régler les grands problèmes. On est bien comme ça, on est confortable.
Nous pensons politiquement en bénéficiaires. La société est complètement fractionnée. Nous sommes domptés comme une bête, nous sommes domestiqués.
Tandis qu’on accepte tout ce que le reste du Canada nous impose (la Constitution, la loi de la "Clarté", Meech, la Cour Suprême, l’amenuisement de notre poids politique, le façonnement de nos valeurs à droite, la canalisation des richesses en Ontario et dans l’Ouest, ou le support inconditionnel de l’hégémonie états-unienne), tandis que rien n’est jamais assez grave pour se choquer et défendre enfin nos intérêts (nous venons de donner 4 ou 5 autres années aux saboteurs du PLQ), tandis qu’on accepte le mensonge du plus fort, on se retourne et on peste contre les nôtres qui refusent cette domestication de l’esprit, ceux-là sont les cibles les plus proches, celles qu’on connaît le mieux, alors on argumente, on se passionne même, à justifier l’ordre transcendant canadian tout en niant son rôle.
Je suppose que ce réflexe se vérifie dans bien des sociétés mais ce n’est pas une raison de continuer à alimenter notre conditionnement, surtout qu’il est mortel pour le peuple du Québec. Nous nous qualifions de nation, mais il n’est pas question de déranger les vraies nations qui dirigent le monde, encore moins celle qui nous incorpore. Nous sommes encore bien petits, les québécois. Nos représentants souverainistes sont petits aussi. Ce conditionnement de la pensée politique de la majorité, c’est ce à quoi il faut s’attaquer en priorité. Mais sérieusement. Pas des campagnes ponctuelles de sensibilisation, un discours permanent, porté par des élites élues et présenté honnêtement à la population par des médias majeurs non inféodés à l’ordre canadian.
Ce n’est pas le PQ des dernières années qui y changera quoi que ce soit.
