Ce midi 20 septembre, j’écoute la radio au 95,1. Ce que j’entends sur l’immigration au Québec me sidère : pas moyen de savoir, pour le moment, où est passée une part non négligeable de l’argent censément consacré à l’immigration ; on ignore combien d’immigrants sont inscrits aux cours de français de toute nature, pour combien de temps et ce que vaut cette tentative d’intégration pour ceux qui y sont passés avant sinon qu’une majorité vit aujourd’hui en anglais parce qu’on n’a pu s’occuper d’eux à temps ou de manière adéquate. On y apprend également que la situation, focément, ne brillait pas davantage sous les gouvernements précédents, donc péquistes et libéraux.
Par ailleurs, des articles reproduits dans Vigile ou écrits par les contributeurs nous racontent les difficultés d’immigrants détenteurs de diplômes universitaires professionnels qui, après cinq voire dix ans ici, travaillent encore quasi au salaire minimum, dans des emplois habituellement occupés par des gens ne détenant même pas un diplôme d’études secondaires, lorsqu’ils ne sont pas chômeurs (trois fois la moyenne québécoise).
À toutes fins utiles, cela signifie que depuis au moins quinze ou vingt ans, le Québec, qui compte pourtant un taux d’immigration deux ou trois fois supérieur à celui de la plupart des États européens, n’a aucune politique d’immigration cohérente. Pour un demi-État qui doit à tout prix protéger la langue et la culture de sa population d’origine, ainsi que son économie, contre les assauts constants du gouvernement canadien, à visée unitaire, voilà une négligence à tout point de vue criminelle parce que suicidaire pour sa majorité et frauduleuse envers ses immigrants.
Or cette désinvolture continue. Le Premier sinistre prétend augmenter cette immigration de 50% avant même de connaître la situation réelle — mais, pour la première fois, on dressera d’ici un mois environ l’état des lieux, ce qu’aucun gouvernement précédent, même le sien, n’a jamais fait. En revanche, on est encore loin de la détermination d’une ligne de conduite, et on fixe un objectif au pifomètre ! Pas en reste, le Parti québécois, aussi ignorant sur le sujet, pinaille pourtant sur l’objectif et avance qu’il faudrait s’arrêter en-deça, autre coup de pifomètre et simple jeu tout aussi démagogique. Quant à l’Action démocratique du Québec, elle lance à son tour son trente-sous en l’air et il retombe sur une réduction de l’objectif à un nombre inférieur à ce que l’on atteint déjà bon an mal an, sans plus de connaissance de la réalité ou d’idée articulée sur le sujet.
N’y a-t-il donc pas, au Québec, un parti politique, du moins un député sinon un ministre qui, plutôt que de nous affliger d’un spectacle digne d’un bateleur de foire ou d’un "peddleur" d’huile de coude, puisse au moins parler, sinon se conduire, en homme d’État ? N’avons-nous élu que des bouffons irresponsables ou des maquignons de la bêtise à tête de cheval ? Au train où semblent aller les choses, avant même de se défendre contre Ottawa et bien avant de penser à faire l’indépendance, il nous faudra nous battre contre notre propre classe politique, qui, de longtemps, n’a pas souvent prouvé son intelligence et sa maturité politique dans les autres domaines qui relèvent de sa responsabilité.
On prétend que les peuples se donnent les gouvernements qu’ils méritent. Ben mon cochon, si l’adage dit vrai, le Québec glisse sur une pente plutôt raide !
Raymond Poulin

