Je me suis senti bien seul le 20 octobre, dans les pages de Vigile, lorsque j’ai défendu publiquement la loi sur l’identité québécoise du Parti québécois. Je crois bien avoir été le premier à défier la vertu officielle. Le bureau de Pierre Curzi m’a écrit deux mots qui en disent long : « Enfin… Merci. » Le pauvre Pierre était, lui aussi, esseulé.
J’ai l’habitude de me dire qu’André Pratte et Alain Dubuc sont mes meilleurs conseillers. Il s’agit de faire chaque fois exactement le contraire de ce qu’ils prêchent. Donc, ce ne sont ni leurs condamnations, ni celles de leurs amis de La Presse, ni les manigances habituelles de Radio-Canada qui m’ont paru éprouvantes, mais plutôt l’esprit de désertion d’une partie des troupes. Il faudrait que la nation sache ce qu’elle veut et ne se laisse pas emporter par la moindre flatulence de Gesca comme s’il s’agissait d’une bourrasque. Mme Marois nous avait pourtant prévenus qu’il allait y avoir un coup de vent.
Les adversaires de la nation québécoise et les souverainistes timorés qui peuplent les médias conventionnés se sont régalés des états d’âme des uns et des malaises des autres étalés sur la place publique grâce aux bons offices des requins du reportage créatif. Jean Charest était mort de rire. Non, vraiment, il va falloir cesser de craindre tout ce que disent et écrivent les rapetisseurs du Québec et les vertueux faiseurs d’opinions qui monopolisent les tribunes. Il va falloir commencer à raisonner avec notre propre bon sens et nous laisser davantage guider par la solidarité.
Donc, que voulons-nous ? Avons-nous le sentiment qu’il est illégitime d’imposer la connaissance de notre langue à ceux qui viennent vivre chez nous ? Ramollissons-nous de honte sous les invectives des fanatiques du B’nai Brith ? Avalons-nous tout rond les couleuvres des constitutionnalistes amateurs ? Allons, camarades, un peu de tenue. Avant même de songer à l’indépendance du Québec, il faut être capables d’une véritable indépendance d’esprit. Avant même de considérer les aspects juridiques de nos projets, il faut que nous soyons convaincus de la légitimité de notre désir de partager notre langue avec tous nos concitoyens québécois, comme dans n’importe quel pays normal. La légitimité est un préalable à la légalité. Nous devons échapper aux manoeuvres d’encerclement des vertueux et des frileux, et j’aimerais vous donner un exemple tout frais de ces manoeuvres.
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Je vais prendre le cas d’un faiseur d’opinions qui fait un travail de sape particulièrement efficace puisqu’il écrit dans Le Devoir, un journal considéré généralement comme favorable à l’option indépendantiste. Selon Michel David, qui voudrait que le mouvement indépendantiste ne sorte pas des ornières tracées par ses ennemis et qui a écrit quatre chroniques d’affilée cette semaine pour condamner la position de Pauline Marois, l’obligation d’apprendre le français pour être citoyen québécois semble être l’horreur intégrale. Peut-être dans un Québec souverain, dit-il, mais au Canada, il faut continuer de ramper, primauté du droit oblige. Dans sa quatrième attaque contre Mme Marois, il fait la preuve soit d’un manque de jugement flagrant, soit d’une mauvaise foi qui le déshonore puisqu’il propose intégralement à ses lecteurs l’argument de la directrice des communications de la commission des droits de la personne du Québec, Mme Ginette L’Heureux, ainsi que les divagations de la Presse canadienne reprises dans les quotidiens de Gesca,
Mme L’Heureux n’est pas constitutionnaliste à ce que je sache. Elle n’a aucune compétence particulière lui permettant de juger de la conformité de la loi sur l’identité québécoise. En outre, comme l’a bien souligné Pierre Curzi, la commission n’a jamais été saisie de la question et n’a pas fait d’étude rigoureuse de la loi sur l’identité québécoise. Mme L’Heureux a été interrogée par un journaliste et, comme elle l’a déclaré sur les ondes de Radio-Canada, elle s’est sentie « obligée de répondre ». « Je la connais, ma charte », s’est-elle justifiée. Elle affirme néanmoins avoir parlé au nom de la commission. N’était-elle pas plutôt en service commandé par les adversaires du Parti québécois ?
Il faut savoir que Mme L’Heureux a eu maille à partir en 2004 avec un ancien ministre péquiste, M. Pierre Marois, qui était alors son supérieur, à titre de président de la commission des droits de la personne. Après s’être arrangée pour éviter que la commission tranche sur le fond une question qui lui était posée concernant l’interdiction faite à une élève d’une école privée de porter le foulard islamique, Mme L’Heureux s’était fait adresser des reproches par Pierre Marois. Mme L’Heureux s’était alors dite victime de harcèlement psychologique et avait porté plainte. La plainte a en fin de compte fait l’objet d’un règlement à l’amiable.
En fait, l’article de La Presse canadienne et le point de vue de Mme L’Heureux ne sont que des paroles en l’air. L’article 10, qu’invoque Mme L’Heureux, dit simplement que la langue ne peut pas servir de motif pour refuser l’exercice d’un droit. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’inuktitut est ma langue maternelle ou celle que je parle la plupart du temps que vous pouvez m’empêcher de me faire élire député ou de voter à des élections. Voilà qui est parfaitement raisonnable.
Mais, Mme L’Heureux, « celle qui connait ça » et que M. David nous propose comme modèle de rigueur intellectuelle, s’est employée à détourner le sens de l’article 10 et lui a donné une interprétation déraisonnable qu’aucun juge n’accepterait. Mme L’Heureux affirme en somme que je peux me faire élire député même si je parle seulement l’inuktitut et que je ne connais ni le français, ni l’anglais. Autrement dit, il reviendrait à la société québécoise tout entière de comprendre la langue du député, lorsqu’il s’adresserait à elle et peut-être aussi, si on veut être logique, de lui fournir tous les outils nécessaires pour faire son travail de député à l’Assemblée nationale en inuktitut. Évidemment, avec tout le respect que je dois aux premières nations, une pareille idée est impraticable.
Il est proprement renversant qu’un analyste politique qui semble tenir à sa réputation comme M. David ait accrédité aussi rapidement les déclarations de Mme L’Heureux comme si elles avaient été non pas des paroles en l’air, mais une parole d’évangile. M. David a vraisemblablement voulu renforcer une thèse qu’il ne cesse de répéter, à savoir que le Parti québécois est dangereusement noyauté par des purs et durs, contre lesquels les péquistes modérés doivent constamment se battre. Cette fois, M. David a été très peu adroit dans sa chasse aux sorciers intégristes et est sorti de sa cachette sans camouflage. Mettons que je l’attendais en embuscade.
M. David ferait mieux de trouver de meilleures sources que Mme L’Heureux et La Presse en matière constitutionnelle et juridique. À vrai dire, il aurait sans doute intérêt à lire son propre journal, où viennent de paraitre quelques articles qui remettent les pendules à l’heure après une semaine de déchainement vertueux rappelant l’époque où la Charte de la langue française était une « loi de fou », selon Trudeau. Il lui faudrait commencer par lire Eugénie Brouillet, Henri Brun, Jacques-Yvan Morin, Patrick Taillon et Daniel Turp dans les pages du Devoir.
Ce que nous disent ces constitutionnalistes peut se résumer ainsi : les droits énoncés dans la Charte canadienne des droits et libertés, qui prime la charte québécoise, ne sont pas des absolus. Conformément à l’article premier de la charte canadienne, l’exercice de n’importe quel droit peut être restreint pourvu que la restriction soit « le fait d’une règle de droit raisonnable et justifiable dans une société libre et démocratique ». Il y a de nombreux exemples à cet égard et au Canada, et à l’étranger. Ainsi, certaines dispositions de la Charte de la langue française qui semblaient contraires à la Charte canadienne des droits et libertés ont été jugées acceptables par la Cour suprême parce que le Québec a le droit de protéger la langue française, qui permet aux Québécois de vivre en société.
Il y a même, pas si loin de nous, un bon exemple de restriction du droit de se porter candidat dans une société occidentale que l’on cite souvent comme l’un des phares de la démocratie. En effet, dans L’Aut’ Journal, Pierre Dubuc nous rappelle qu’un citoyen américain ne peut pas être élu président des États-Unis s’il n’est pas né dans ce pays. J’attends impatiemment que le B’nai Brith aux États-Unis dénonce cette pratique inhumaine et que M. David nous ponde une série de chroniques suppliant George Bush de se rendre à la raison. Bien sûr, je risque d’attendre longtemps, car les médias conventionnés du Québec ont soigneusement évité de parler du cas de l’inéligibilité d’Arnold Schwarzenegger, qui est né en Autriche et qui est actuellement le plus illustre Américain n’ayant pas le droit d’être candidat à la présidence.
Donc, si la protection de langue française au Québec l’exige, il serait tout à fait acceptable de restreindre l’exercice du droit de se porter candidat prévu dans la Charte canadienne des droits et libertés. Il serait normal, comme c’est le cas dans bien des pays du monde, d’exiger la connaissance du français de la part de tous les citoyens québécois, et en particulier de ceux qui sont censés représenter la nation québécoise à l’Assemblée nationale. C’est le contraire qui est anormal et suicidaire.
D’autres mesures pour imposer davantage la langue française seraient sans doute également justifiables aujourd’hui. Il s’agirait en somme de démontrer que les mesures de protection linguistique contenues dans la Charte de la langue française ne suffisent pas. Des travaux de recherche éclairants, en particulier ceux de Charles Castonguay, ainsi que de nombreuses observations empiriques indiquent que la force d’attraction du français au Québec est toujours inférieure à celle de l’anglais. Loin d’avoir atteint un état d’équilibre ou de paix linguistique, le Québec est toujours en train de s’angliciser. La Charte de la langue française ne suffit pas. La progression de l’anglais menace de diviser de plus en plus la société québécoise, peu importe ce qu’aimeraient nous faire croire Jean Charest et ses acolytes, qu’il est du reste tout à fait paradoxal d’entendre accuser le Parti québécois de diviser le Québec, alors qu’ils n’acceptent pas l’idée qu’on doive obliger tous les citoyens québécois à connaitre le français. Quelle meilleure façon de diviser une société que de s’arranger pour qu’une partie de cette société ne parle pas la langue commune ?
Malheureusement, les points de vue éclairés sur le concept de citoyenneté proposé par le Parti québécois ont été systématiquement enterrés sous une avalanche de désinformation hystérique au cours de la semaine qui vient de s’écouler. Nous venons d’assister à un bel exemple de malhonnêteté de la part des médias conventionnés dans un débat touchant la libération de la nation québécoise. Les médias ont créé un climat très malsain et ont répandu faussetés et demi-vérités. Le Québec ne progressera certainement pas sur la voie de son affranchissement avec de pareils disciples de l’obscurantisme. Et si j’ai des reproches à faire à Michel David, ça ne m’empêchera jamais de souligner qu’ailleurs, c’est cent fois pire. L’œuvre de Gesca et de Radio-Canada équivaut, elle, à une véritable guerre de tranchées contre la nation québécoise, qu’on cherche constamment à affaiblir pour qu’elle ne résiste plus à l’entreprise de construction du Canada à ses dépens.
Les exemples de reportages tendancieux de Radio-Canada et de La Presse sont légions. Ainsi, dans le cas du projet de loi sur l’identité, ces médias propagandistes qui se drapent dans l’objectivité mais qui font de la désinformation systématique ont préféré donner toute la place aux propos incendiaires du B’nai Brith et à une déclaration entièrement non fondée et même délirante de la part de la directrice des communications qu’est Mme L’Heureux plutôt qu’à un article solidement étayé et signé par cinq constitutionnalistes. Au sujet de l’avis de ces éminents experts, la Presse canadienne, dont l’article a paru dans les quotidiens de Gesca et dans le site Cyberpresse, s’est permis d’affirmer avec une certaine arrogance que les auteurs avaient omis de parler de l’article 10 de la charte québécoise des droits de la personne et que cet article invalidait leurs arguments. Mme L’Heureux serait donc la grande experte. Les constitutionnalistes peuvent aller se rhabiller.
Gesca et Radio-Canada sont des adversaires impitoyables de la nation québécoise, qu’ils s’emploient à garder enchainée. Et pour couronner le tout, le mouvement indépendantiste a de faux amis, comme M. David, qui sont trop frileux pour accepter ce qu’il faut pour faire du Québec un pays. Compte tenu de ce qui vient de se passer cette semaine dans le dossier de la loi sur l’identité québécoise, on peut se demander si la nation québécoise a des chances de s’affranchir alors qu’elle doit lutter contre la formidable machine médiatique qui s’est donné pour mission de torpiller tous ses efforts. Comme me l’écrivait un de mes amis récemment, « le peuple québécois a pris le contrôle de son économie au cours de la Révolution tranquille ; il lui reste encore à s’imposer dans ses médias ». Ce serait peut-être, pour le Parti québécois, la prochaine mission à se donner : le démantèlement du cartel médiatique qui retourne les ressources de la nation québécoise contre celle-ci.
En attendant, tâchons de résister davantage à la tentation de se montrer vertueux selon les critères définis par nos ennemis les médias. Évitons de déserter nos camarades quand le vent souffle un peu fort.
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Pour terminer, voici un exemple plutôt anodin, mais tout de même significatif, du mépris qu’affiche fréquemment Radio-Canada à l’égard de la langue française et, par conséquent, de la nation québécoise.
Les collabos radiocanadiens grassement rémunérés avec l’argent de la nation québécoise pour l’asservir aiment exhiber leur ignorance de la langue française. Dernièrement, ils ont décidé que l’imam Jaziri allait être « déporté ».
Si j’étais juif ou acadien, j’aurais peine à contenir ma colère d’entendre ainsi les atrocités subies par mon peuple assimilées à l’expulsion de M. Jaziri. Une déportation n’est pas une expulsion. Les mots ont un sens en français. Le sort de M. Jaziri n’a absolument rien à voir avec celui des Acadiens qui, sans avoir commis aucun crime et pour des raisons purement politiques, furent dépouillés de leurs terres et de leurs biens, séparés de leur femme et de leurs enfants, battus et exilés avec les rats au fond de la cale dans des contrées qui leur étaient tout à fait étrangères. Le sort de M. Jaziri n’a rien à voir non plus avec celui des Juifs entassés dans des wagons sans air, ni eau, puis expédiés dans des camps de concentration pour y être exécutés sommairement, torturés ou tués à petit feu.
Mais, pour les collabos radiocanadiens, ce ne sont que des nuances sans importance. Au diable le sens des mots ! Au diable le professionnalisme ! Au diable la langue française ! C’est si pratique de prendre presque tels quels les mots de la langue des vrais patrons de Radio-Canada. C’est si compliqué de devoir parler français quand les vraies affaires canadiennes se passent en anglais, que dis-je, quand les seules affaires qui comptent vraiment dans le monde se passent toutes en anglais. Il n’y a que de pauvres attardés pour tenir encore à la langue française. Quand le Québec aura achevé de se bilinguiser en totalité, grâce aux bons soins des petits valets libéraux provinciaux, on pourra en finir avec cette manie de vouloir parler une langue moribonde.
Les choses seront tellement plus simples dans le paradis multiculturel canadien de demain. On pourra continuer de baragouiner par-ci par-là quelques mots de français truffé d’anglicismes, pour faire semblant de respecter la nation québécoise, comme on passe son temps à exprimer de beaux sentiments en anglais à propos des autres indigènes du pays, tout en les regardant crever dans leurs habitations insalubres, empoisonnés par l’eau qu’ils boivent, au fond de leurs réserves. Et puisqu’on n’en sera plus à une approximation linguistique près, le dictionnaire du néo-français canadien dira qu’en fin de compte, le mot « respect » est synonyme de « mépris ».

