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Non, il ne regrette rien
Il ne sert plus à rien de revenir sur la décision de déclencher l’opération irakienne, produit d’un idéalisme béat et, déjà, d’une vision brouillée du réel.
Mario Roy
Éditorial - La Presse
jeudi 20 mars 2008


George W. Bush a peut-être livré, hier, sa dernière allocution d’importance sur l’Irak, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’assaut contre Bagdad, déclenché au soir du 19 mars 2003. Il a qualifié de « compréhensible » le débat actuel sur le bien-fondé de cette opération ; sur l’efficacité de la stratégie militaire et politique employée ; sur la possibilité d’une victoire, non seulement des troupes américaines, mais aussi de la démocratie et de la paix en territoire irakien.

Aux trois questions, et à moins d’un an de l’instant où il va quitter le bureau Ovale pour entrer dans l’Histoire, le président répond toujours par l’affirmative.

Bush ne regrette rien.

D’un point de vue politique, ou même humain, il ne peut sans doute pas tenir un autre discours. Cependant, on ne peut faire autrement que de voir dans son allocution d’hier un déni de réalité.

Il ne sert plus à rien de revenir sur la décision de déclencher l’opération irakienne, produit d’un idéalisme béat et, déjà, d’une vision brouillée du réel. Au début de 2003, le monde entier avait mis en garde la Maison-Blanche contre la catastrophe qu’elle allait déclencher. Aux yeux de l’Histoire, justement, la deuxième guerre en Irak apparaîtra comme un des pires désastres que la nation américaine se sera infligé à elle-même, ex aequo avec la guerre de Sécession (1861-1865) et le conflit vietnamien (1964-1975).

Il n’est pas davantage utile de revoir la stratégie élaborée, totalement ignorante de ce qu’il allait advenir une fois Saddam Hussein délogé.

Passons même par profits et pertes - c’est une horreur, bien entendu - les coûts du conflit : 4000 victimes chez les militaires américains, plus ou moins 100 000 morts du côté irakien, 500 milliards en coûts directs envolés à ce jour. (Tout cela est assez affligeant pour ne pas avoir à recourir aux chiffres ésotériques, largement médiatisés, de 660 000 victimes irakiennes et de 3000 milliards engloutis.)

La première nécessité, aujourd’hui, est de prendre acte du fait que le conflit n’a fait que des perdants.

Les Américains, plus honnis que jamais dans le monde, plongés sur le plan intérieur dans l’insécurité économique. Leurs alliés en Irak, dont les Britanniques, qui doutent rétrospectivement de l’aventure. Les Irakiens, dont l’avenir prévisible réside au mieux dans une misérable stagnation, au pire dans la guerre civile totale. Les Afghans (un cas qui nous concerne au premier chef), scandaleusement négligés après avoir été soulagés des fous de dieu et de ben Laden par une offensive qui, elle, était légitime. Enfin, le « grand Moyen-Orient » dans son ensemble, déstabilisé et radicalisé exactement l’inverse du résultat recherché.

Combien de décennies faudra-t-il pour réparer tout cela ?

D’où la seconde nécessité : un plan. Or, chez les candidats à la présidence américaine, dont l’un ou l’autre aura sous peu à décider, l’éventail va de « 100 ans d’occupation en Irak » (John McCain) à un retrait plus ou moins rapide des troupes (Hillary Clinton et Barack Obama).

C’est, en condensé, toute l’absurdité de l’héritage que laissera George W. Bush, nonobstant son discours d’hier : aucune de ces solutions n’est à la fois morale et praticable.

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