Si j’ai écrit « Victor-Lévy Beaulieu le traître » dans le préambule de ma chronique du 17 février, c’est avant tout pour pasticher l’individu quand lui-même traite Pauline Marois du même qualificatif. Pour quelqu’un qui carbure aujourd’hui à l’ADQ, il faut être assez gonflé merci pour frapper d’anathème l’actuelle chef du PQ. La surenchère dans les mots fait que, finalement, ils ne veulent plus rien dire. Notre écrivain national fait dans l’enflure verbale, ce qui devient agaçant à la longue. Ne soyez donc pas surpris si je prends sa défense. Et tant pis pour vous si vous décelez une contradiction là où il n’y en a pas.
Je me demande cependant si VLB est sérieux lorsqu’il traite Marois de traître. Il est vrai que la première dame du PQ n’a pas impressionné par ses déclarations concernant l’apprentissage de l’anglais à l’école et ses tentatives pour museler l’intelligentsia souverainiste. Malheureusement, elle a presque réussi à nous faire oublier ses quelques bons coups de l’automne dernier. Les cafouillages actuels risquent-ils de se reproduire ? Espérons que cela ne se produira pas trop souvent.
Si Marois s’enfarge sur la question de l’enseignement de l’anglais, on peut dire que VLB s’élance en toute conscience sur toutes les pelures qu’il voit. Malcommode comme pas un, il passe à la moulinette quiconque ose souligner les contradictions que recèle son discours. Le sophisme pamphlétaire, il est vrai, n’est peut-être pas une approche pertinente dans le débat actuel.
On sait que l’homme est particulièrement attiré par les idées socialistes. D’ailleurs, n’a-t-il pas sa chronique dans l’Aut’journal ? On ne peut certes pas accuser Pierre Dubuc et ses scribes d’être de fieffés colporteurs d’une idéologie duplessiste revampée aux goûts du jour. Barre-t-il à droite, notre ami VLB ? Pas du tout. Si vous persistez à le croire, ces quelques mots, concernant la gratuité de la formation universitaire sauront vous en dissuader :
Nier aux étudiants le droit à la gratuité de l’enseignement, c’est contribuer à faire perdurer un pouvoir bourgeois qui n’a que lui-même comme finalité.
Si cela n’est pas marxisant, alors je ne sais pas ce que c’est. Dans cet article, publié dans l’Aut’journal le 22 janvier dernier, VLB fait état des difficultés qu’il a connues en tant que fils d’ouvrier pour recevoir une éducation digne de ce nom. En quelques lignes, il m’a rappelé l’excellent « Nègres blancs d’Amérique » du regretté Pierre Vallières. L’éducation ne doit pas devenir une marchandise accessible aux seuls nantis.
Et que dire de ce bout de phrase censuré par La Presse, que l’on peut lire sur le site de l’Aut’journal, en date du 25 février 2008, et par laquelle il s’adresse à André Pratte et aux biens-pensants qui le traitent « d’habitant bouseux » :
"Malheureusement pour cette pseudo élite, je crois qu’ont encore un sens, pour le Québécois que je suis, les mots qu’elle tente de censurer absolument : race, identité, nation, peuple, patriotisme, patrie, langue québécoise-française, liberté et indépendance."
L’homme se rebiffe, il brasse la cage, puis ouvre la porte pour laisser sortir ce qui rugit dedans. Son fameux article paru en mars 2007, juste avant les élections, m’avait totalement jeté par terre. Quoi, VLB passe à droite (l’ADQ), et qui plus est une droite qui est contre l’indépendance ? Oui, j’ai souffert, et j’ai encore bien plus souffert le 26 mars au soir. Mais, paradoxalement, c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à comprendre que l’élite dominante du mouvement indépendantiste tenait absolument à ce que tout soit rubber stampé « progressiste » et – sans doute inconsciemment - « montréaliste ».
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Ceci m’amène à dire quelques mots à propos de Mathieu Bock-Côté. Autant j’ai été tenté de démoniser le jeune sociologue, autant j’ai voulu connaître le fond de sa pensée suite à la débâcle péquisto-boisclairienne. Pourquoi ? Parce que j’ai compris qu’un vide m’habitait. Mon analyse sociétale ne me suffisait plus. Ma rationalité ne m’apportait plus le confort d’antan. Ce « Québec ancien » que j’avais arraché de moi ressurgissait à ma mémoire et dans mes tripes. Peu à peu, je m’en suis voulu d’avoir refoulé une partie bien vivante de moi. Oh ! cela n’est pas survenu tout d’un coup. Il m’a fallu du temps pour l’accepter. Depuis, j’essaie de partager, mais ce n’est pas facile, puisque le rationnel des disciples de la rectitude politique –- qu’elle soit libérale ou gauchiste -– tend à définir la crise identitaire québécoise comme étant du racisme latent. Cela n’est jamais dit aussi crûment, mais je suis suffisamment sensible pour sentir l’opprobre.
Or, que dit Mathieu Bock-Côté. Il affirme que la question identitaire québécoise ne puise pas aux sources du progressisme, mais bien du conservatisme. Il est question ici de subsister, d’exister, pour simplement mieux s’épanouir. D’avoir un espace, un monde bien à soi, par lequel peut se définir notre appartenance au monde. Que cette conscience puisse parfois s’affirmer maladroitement, j’en conviens, mais il est encore beaucoup plus dommageable de la nier ou, ce qui est pire, de vouloir la faire disparaître. Malheureusement, beaucoup d’entre-nous confondent ce conservatisme avec une idéologie de droite, ce qui n’est pas du tout la même chose. Si beaucoup de nos concitoyens s’interrogent aujourd’hui davantage sur leur identité plutôt que sur la voie à suivre pour s’émanciper, c’est qu’il y a un problème quelque part, et que ce problème se situe à un niveau plus collectif qu’individuel. Refuser de le voir, c’est se condamner à échafauder des conclusions qui seront trop souvent erronées et génératrices de frustrantes divisions.
Finalement, j’apprends à comprendre VLB à travers la compréhension que j’ai de moi-même, ce moi qui baigne dans cette constellation d’individus qui constitue notre tout québécois. J’apprends à concilier mon « progressisme » avec ce conservatisme identitaire qu’une certaine élite est devenue incapable de ressentir, encore moins d’en comprendre l’essence. La rectitude politique s’installe, puis suivent le refus d’écouter, le déni, l’anathème, le mépris. VLB est un progressiste, un vrai. Mais il est aussi épris de justice pour son peuple, et il s’adonne que le sien porte le nom de « québécois ». Et il a de la difficulté à exprimer tout ça. Les douces réparties ne sont pas pour lui, et il lui arrive de dérailler au point de prendre la peine de voter pour une formation populiste de droite.
Cette sortie de VLB en mars 2007 suit de peu la campagne de salissage dont ont été victimes les habitants de Hérouxville après qu’ils eurent osé s’avancer sur la question de l’identité québécoise. Je l’avoue, j’ai moi-même participé au lynchage public de Drouin et compagnie pour leur opposition à la lapidation des femmes musulmanes. Évidemment, comme la plupart, je n’avais pas lu document qu’ils avaient produit. Je me suis fié aux commentaires des éditoriaux, des columnists et des tenants du nationalisme civique qui, comme moi, n’avaient pas pris la peine de fouiller un peu. J’ai commencé à avoir des doutes, quand une personnalité féminine du mouvement souverainiste avait conclu après lecture de la position de Hérouxville, lors d’une réunion privée où j’étais présent, qu’il s’agissait là d’un texte féministe et, à son étonnement, carrément républicain. Mais, persistant dans ma mauvaise foi, je suis demeuré sur mes positions. Malgré tout, le « mal » était fait : je devenais à chaque jour un peu plus enclin à vouloir interroger mes certitudes… Finalement, c’est en lisant le mémoire qu’ils ont déposé lors la Commission B.-T. que j’ai compris que l’esprit borné, c’était moi.
Se peut-il que cette exécution publique par médias interposés des habitants d’une région rurale ait contribué à faire péter les plombs à VLB ? Cela n’a sûrement pas contribué à le calmer, en tout cas. Mes souvenirs sont à l’effet que ce furent les fédéralistes et les petits-bourgeois prétendument « progressistes » - dont une forte proportion de montréalais – qui ont affiché le plus grand mépris par-devers nos concitoyens de Hérouxville. On qu’à aller faire un tour sur Internet pour constater à quel point certains ont pu se montrer odieux. Oui, je crois que l’homme de gauche qu’est VLB n’en pouvait plus d’entendre ces « montréalistes progressistes » à gogo faire preuve de condescendance envers des Québécois exprimant leurs inquiétudes. Pourtant, le succès du groupe « Mes Aïeux », dont le site Internet est en quatre langues, est la preuve éclatante qu’on peut vouloir demeurer soi-même, et ce en pleine mondialisation galopante.
Oui, je comprends mieux VLB aujourd’hui. Simplement parce que je me comprends mieux moi-même, parce que je saisis mieux ce qui anime notre inconscient. Aux progressistes, je dis ceci : accordons nos idées avec ce que nous sommes, en tant que nation réellement existante. Le conservatisme québécois n’est pas réactionnaire, même si certains des individus qui s’en réclament le sont. Nous constituons un tout, et l’oublier c’est nous condamner à une louisianisation lente et douloureuse.
Ne laissons pas les émules du trudeauisme et de ses victimes entrer dans nos têtes. Que nous soyons de droite, de gauche, du centre, d’en haut ou d’en bas.
Et puis au diable les contradictions : VLB, tu m’as déçu, alors je te dis bravo !

