Nationalisme, fascisme et antisémitisme au Québec dans les années 30 et 40

vendredi 1er mai 1998

Joceline Chabot et Louis Lafrenière

Association des professeures et professeurs d’histoire des collèges du Québec

DOSSIER - mai 1998, vol. 4, no 4

Périodiquement, l’accusation refait surface : le nationalisme au Québec aurait été porteur, dans son sillon, du fascisme. Des personnalités d’ici, et non les moindres, auraient été marquées par le sceau du racisme dont une des expressions les plus explicites aurait été l’antisémitisme (1).

Qu’elle provienne d’un écrivain contemporain comme Julian Samuel (2), d’un intellectuel des années 50 comme Pierre-Elliot Trudeau (3) ou encore de la docteur en sciences politiques Esther Delisle [voir encadré "Esther Delisle"], l’association entre le développement du nationalisme contemporain au Québec et le fascisme est vite énoncée.

Sans être naïf de l’intérêt politique actuel pour certaines personnes à poser ainsi le problème, certaines questions méritent toute notre attention. Le Québec a-t-il été fasciste ? Le Québec a-t-il été antisémite ? Poser si crûment les questions, c’est aussi ne pas se défiler devant les réalités passées qui méritent d’être interrogées, rappelées et interprétées. Dans le cadre du cours d’histoire du Québec au collégial comment abordons-nous ce problème ? À l’évidence, on ne peut jongler avec des mots aussi porteurs de sens sans nous arrêter sur leur contenu. En effet, bien des réalités différentes semblent se cacher sous la notion de fascisme. Par exemple, lorsqu’un Pierre Godin (4) dit de Duplessis qu’il était fasciste, veut-il signifier qu’il souhaitait instaurer un régime "mussolinien" au Québec ? Nous en doutons fort. Quant à l’antisémitisme, dont les manifestations sont très perceptibles, comment ce phénomène s’inscrit-il dans le contexte québécois de l’entre-deux-guerres ?

À cet égard, nous ausculterons les trois réalités évoquées dans le titre — nationalisme, fascisme et antisémitisme — en posant pour chacune d’entre elles un certain nombre de questions qui, à notre avis, nécessitent d’être soulevées. Nous pouvons les regrouper à partir de trois grands axes de réflexion. Premièrement, il faut nous interroger sur la spécificité historique et sociologique à laquelle nous renvoie le phénomène du fascisme au Québec. Dans un deuxième temps, il nous semble utile d’examiner les caractéristiques du nationalisme québécois des années trente de façon à mieux cerner ses rapports avec les divers courants idéologiques qui se manifestent à l’époque. Troisièmement, il est pertinent de se questionner sur les différentes manifestations de l’antisémitisme dans la société québécoise d’alors. Dans cette perspective, il est nécessaire de réfléchir à la possibilité que l’antisémitisme ait représenté un aspect majeur dans l’élaboration du discours nationaliste durant cette période. Nous sommes conscients des difficultés d’aborder un tel objet d’étude. Notre but n’est pas ici de faire oeuvre de spécialistes, mais plus modestement, de proposer quelques pistes de réflexion afin d’alimenter un débat qui mérite d’être enrichi.

Nationalisme et fascisme

Soulignons tout d’abord que se questionner sur le fascisme au Québec pose un double problème. Premièrement, comme l’indique le Guide d’histoire du Québec du régime français à nos jours. Bibliographie commentée (5), aucune étude globale n’a jusqu’à maintenant porté sur le fascisme québécois ou tenté d’interpréter le passé sous cet angle. Il en va tout autrement en Europe et particulièrement en France. En effet, il y a quelques années, un débat historiographique a secoué les milieux intellectuels français et relancé les recherches sur le thème du fascisme. C’est tout un pan du passé politique et intellectuel français qui a été ainsi revisité. Au Québec, les thèmes du fascisme et de l’antisémitisme ne recouvrent pas la même réalité qu’en Europe mais les enjeux historiques n’en sont pas pour autant marginaux.

Malgré l’absence d’études globales, certains aspects particuliers du fascisme ont été défrichés par les chercheurs québécois. Ceux-ci se sont attardés aux thèmes et aux idées portés par certains milieux à travers leurs discours et leurs écrits. C’est le cas des études consacrées à des mouvements, des organisations ou des individus comme les Jeune-Canada (6), le parti fasciste d’Adrien Arcand (7), l’Action catholique (8), l’École sociale populaire (9), Le Devoir (10), etc. Pour utiles qu’elles soient, ces recherches n’épuisent pas les questions que pose un phénomène comme le fascisme.

Dans cette perspective, nous faisons face à un deuxième problème. Comment le discours idéologique, véhiculé par quelques intellectuels notoires, a-t-il pris corps dans l’évolution sociale et politique du Québec ? Autrement dit, quels liens peut-on établir entre les valeurs promues dans ces milieux et le développement politique et social du Québec des années 30 et 40 ? À notre connaissance, une seule étude est sortie des terrains battus pour les années quarante : L’Affaire Bernonville de Yves Lavertu (11). L’auteur y trace le portrait des réactions manifestées par les autorités mais aussi par divers groupes de la population — et non les moindres puisqu’il s’agit en l’occurrence du maire de Montréal, de l’historien Rumilly, des autorités politiques d’Ottawa, des jeunes comme Camille Laurin, Doris Lussier etc.— suite à l’accueil puis à l’expulsion du criminel de guerre français de Bernonville.

Toutefois, l’état de la recherche ne nous permet pas encore de répondre à la question suivante : comment positionner le fascisme dans le spectre idéologique qui se déploie au Québec dans les années trente et quarante ? Traditionnellement, le débat historiographique12 retient et oppose deux grands courants idéologiques : le libéralisme et le clérico-nationalisme. Les courants de gauche ainsi que ceux d’extrême droite restent, quant à eux, marginaux. Les historiens constatent que, sans être totalement déconnectée du contexte international, l’évolution du nationalisme québécois procède d’une réalité particulière et originale. Contrairement aux mouvements qui se développent en Europe, le nationalisme québécoise n’aurait guère été "contaminé" par l’idéologie fasciste. Cependant, il demeure fortement traditionaliste. C’est ce que l’on désigne par le terme de clérico-nationalisme. Dans le contexte des années de crise ce courant propre à la réalité québécoise emprunte deux voies : le nationalisme "messianique" de Lionel Groulx et une tendance corporatiste très nette. Pour la clarté de notre propos départageons ces deux formes et interrogeons-nous sur la possibilité de leur imprégnation par le fascisme.

Le clérico-nationalisme de Lionel Groulx

Durant les années trente, Lionel Groulx apparaît comme un des grands penseurs du nationalisme. Avec Groulx, l’idéologie nationaliste devient typiquement québécoise. La pensée "groulxienne" est perçue comme le pivot de l’évolution du projet nationaliste. Défini d’abord dans une perspective canadienne avec Henri Bourassa, le projet nationaliste évolue vers une réalité plus spécifiquement québécoise. Avec Lionel Groulx, le discours nationaliste se rapporte à une réalité territoriale spécifique à celle de la province de Québec et de moins en moins à l’ensemble de la communauté canadienne-française hors Québec. Pour Groulx, c’est au Québec que la "race canadienne-française" doit remplir sa mission et rencontrer son destin.

Dans la hiérarchie des sentiments patriotique, notre premier, notre plus haut sentiment d’amour doit donc aller, pour ce qui nous regarde, Canadiens français, à notre province de Québec, vieille terre française, issue de la Nouvelle-France, terre qui, plus que toute autre portion du Canada, a été pour nous source de vie, milieu générateur par excellence. (13)

De là sans doute l’intérêt d’une politicologue comme Esther Delisle pour le personnage de Lionel Groulx (14). En effet, selon Delisle, Lionel Groulx constitue bien la figure dominante du nationalisme québécois durant l’entre-deux-guerres. Mais le nationalisme qu’il professe, selon elle, s’inspire largement de son homologue européen, surtout français.

Le langage et l’époque de Groulx sont ceux de la montée du nationalisme d’extrême droite, du fascisme et du national socialisme. Baladant sa plume à l’intérieur de ce spectre, il emprunte aux uns et aux autres des thèmes, un certain vocabulaire et des tics de langage. (15)

La pensée "groulxlienne" est-elle associée au fascisme et à l’extrême droite comme le prétend Esther Delisle ? Nous rencontrons ici un problème de taille qui tient aux rapports étroits que certains courants historiographiques établissent entre le nationalisme d’extrême droite et le fascisme. Pour certains historiens comme Ernst Nolte et Zeev Sternhell la filiation est indéniable : le nationalisme d’extrême droite constitue une des matrices originelles du fascisme. (16) Mais cette thèse est loin de faire l’unanimité. Pour séduisante qu’elle soit, elle appelle quelques nuances [voir encadré "Le fascisme en France"]. Cela n’empêche pas Esther Delisle de retenir cette analyse et d’accuser Lionel Groulx de se balader dans un spectre politique marqué par le fascisme.

Au delà des problèmes conceptuels que soulève l’assimilation du nationalisme d’extrême droite au fascisme, peut-on apparenter le nationalisme d’un Lionel Groulx à celui d’un Charles Maurras [voir encadré "Charles Maurras"] ou d’un Maurice Barrès [voir encadré "Maurice Barrès"] ? Ses sources d’inspiration se limitent-elles à ces penseurs français du nationalisme intégral ? Faut-il rappeler ici une autre réalité qui nous semble trop rapidement esquissée ? Lionel Groulx est sans aucun doute un chantre du nationalisme québécois, il n’en demeure pas moins inscrit dans une réalité sociologique concrète : celle d’un clerc oeuvrant au sein de l’Église catholique. À ce titre, ne faut-il pas retenir dans le cadre d’une analyse de la pensée de Groulx, la position du Vatican et ses rapports avec le régime de Mussolini ? Plus largement, on peut aussi s’interroger à savoir si la complicité existant entre le Vatican et le gouvernement italien a influencé les acteurs d’ici ? Dans quelle mesure n’a-t-elle pas avivé les sympathies d’une partie des élites québécoises envers le régime fasciste ? Si c’est le cas, quelle perception a-t-on ici de ce régime ?

Le corporatisme

Abordons maintenant la deuxième voie qu’emprunte le nationalisme québécois des années trente, le corporatisme. Précisons d’emblée que le corporatisme ne relève pas nécessairement de l’idéologie nationaliste. Toutefois, au Québec le corporatisme et le nationalisme se rejoignent dans la mesure où le premier apparaît comme un instrument privilégié pour définir l’avenir du groupe majoritaire, les Canadiens français. Notons que le corporatisme ne s’inscrit pas au sein d’un parti politique constitué mais demeure associé à des mouvements marginaux et élitistes comme celui des Jeune-Canada (17). Les travaux entre autres d’A.-J. Bélanger (18), de G.-Raymond Laliberté (19) et de Lucienne Fortin (20) ont tenté de circonscrire l’idéologie de ce mouvement. Au-delà des discours et des manifestations, une étude de la typologie des militants Jeune-Canada reste à faire (21). Il nous semble qu’il faille également s’interroger sur leur représentativité en tant que minorité "éclairée" comme sur leur influence réelle auprès de la jeunesse québécoise.

Selon l’idée généralement admise, l’élément le plus concret du fascisme à la "mode mussolinienne" qui s’est exprimé ici tient précisément à l’idéal corporatiste (22). Mais est-on fasciste parce qu’on est corporatiste ? Ces nationalistes de la jeune génération peuvent-ils être assimilés au fascisme ? Leur contestation parfois radicale de la société québécoise relève-t-elle d’un discours fasciste ou emprunte-t-elle à une thématique fasciste quelques-uns de ses éléments les plus à la mode ? La question mérite certainement d’être posée. Pour tenter d’y répondre on ne peut toutefois faire l’économie d’une mise en situation. N’oublions pas qu’à l’instar de l’ensemble des pays occidentaux, la société québécoise connaît durant cette période des transformations importantes. À l’industrialisation et l’urbanisation du début du siècle, succède la crise des années trente qui jette sur le pavé une population ouvrière désemparée. On retrouve là un terreau propice à la naissance de nouvelles idéologies qui s’opposent au libéralisme et à la démocratie libérale.

C’est dans ce cadre historique qu’il faut situer le corporatisme. Le corporatisme représente une idéologie de troisième voie qui conteste et condamne le libéralisme et le socialisme. Mais les partisans du corporatisme sont-ils pour autant les défenseurs des idées fascistes ? Ce n’est pas l’analyse que retient Fernand Dumont. (23) Selon lui, le corporatisme québécois s’explique essentiellement par la présence encore sensible dans les années 30 d’une idéologie de type communautaire. (24) Par ailleurs, le corporatisme est largement soutenu par l’Église catholique. Face à la montée du socialisme et à la crise du capitalisme, le clergé québécois entend proposer une voie de remplacement en s’inspirant de la doctrine sociale de l’Église, telle qu’elle s’est développée à compter de 1891 avec l’encyclique Rerum Novarum et Quadragesimo anno en 1931 (25). Le discours social de l’Église traduit une défiance certaine face à la modernité alors qu’il propose le modèle utopique d’une société corporatiste idéale. Finalement, il faut noter que cet idéal corporatiste exerce également une influence importante auprès des élites politiques et même syndicales (26). Il s’agit donc d’un phénomène complexe qu’on ne peut résumer de manière univoque en l’assimilant purement et simplement au fascisme.

Somme toute lorsqu’on étudie l’histoire du Québec, deux réalités se profilent. Si on exclut le mouvement dirigé par Adrien Arcand et sans doute le groupe gravitant autour du journal La Nation, les élites intellectuelles, et plus particulièrement les élites nationalistes, ne souhaitent pas l’avènement d’un régime fasciste. Même si de nombreux nationalistes reprochent au libéralisme ses méfaits, ils n’aspirent pas à ce qu’un État autoritaire prenne la relève. (27) En revanche, ils souhaitent une moralisation de la vie politique. Pensons aux réformes politiques proposées dans le Programme de restauration sociale expliqué et commenté paru en 1934. Les réformes réclamées visent, entre autres, à mettre un terme à la corruption qui règne dans le monde politique québécois.

À ce stade de la réflexion, quelques questionnements nouveaux devraient enrichir le débat. Tout d’abord retenons l’angle d’analyse. Lorsqu’on traite du Québec et du fascisme, les chercheurs québécois s’intéressent particulièrement à ses manifestations au sein de la majorité canadienne-française. Cependant un portrait plus complet devrait tenir compte des différentes communautés qui animent la vie montréalaise à cette époque. Par exemple les chercheurs se sont très peu questionnés à savoir si les Montréalais d’origine italienne soutenaient massivement, du moins jusqu’en 1938, le régime mussolinien (28). Au-delà de l’idée reçue que les francophones admirent un régime dont les trains arrivent à l’heure, qu’en est-il des autres communautés culturelles ? Qu’en pensent les Anglo-saxons ? Les Grecs ? Les Juifs eux-mêmes ? Attention ! La question n’est pas revancharde comme se plaît à l’affirmer une intellectuelle comme Esther Delisle (29). Elle permet de mieux saisir les contrastes idéologiques suivant les appartenances culturelles et peut-être aussi les réalités géographiques. L’agglomération montréalaise est-elle différente à cet égard du reste du Québec ?

Les objets d’étude ensuite. Certaines pistes méritent d’être à nouveau questionnées. Premièrement, le mouvement fasciste lancé par Arcand. Qui rejoint-il ? Peut-on en faire un portrait sociologique plus précis ? Par exemple, qui sont les lecteurs du journal d’Arcand ? À quels groupes sociaux appartiennent-ils ? Est-ce là un mouvement plus largement canadien ou spécifiquement québécois ? Deuxièmement, au-delà des groupes fascistes franchement avoués, comment mesurer l’imprégnation de l’idéologie fasciste auprès d’une majorité de la population. Par exemple, l’idée admise selon laquelle la population francophone appuie largement les régimes de Salazar au Portugal et de Franco en Espagne mériterait des études plus systématiques. S’il nous est impossible dans le cadre de nos cours d’apporter à ces questions des réponses définitives, nous croyons que ces thèmes méritent toutefois d’être abordés avec un esprit critique.

Nationalisme, fascisme et antisémitisme

Le Québec des années trente et quarante était-il antisémite ? Si oui, l’antisémitisme logeait-il essentiellement dans la communauté canadienne-française ? Hors de tout doute, on peut déceler la présence d’un discours antisémite au Québec durant les années trente et même quarante. Les études de David Rome (30) et Pierre Anctil (31) nous éclairent sur le sujet. Elles nous permettent de saisir l’évolution du discours antisémite dans le contexte historique de l’entre-deux-guerres. Mais doit-on formuler le problème comme le fait Esther Delisle en associant antisémitisme et fascisme au Québec ? Selon la politicologue, un courant d’extrême droite, fasciste et antisémite a bel et bien existé au sein de la société québécoise et il s’est incarné à travers des personnalités comme Lionel Groulx, des groupes comme les Jeune-Canada et des organes de presse comme Le Devoir. Toutefois, Delisle reconnaît que ce courant est demeuré minoritaire dans la société québécoise. Pour Delisle, il n’est donc nullement question d’étendre à l’ensemble des Canadiens français le caractère antisémite et fasciste attribué à un petit groupe composé d’intellectuels. Ceci dit, ce courant idéologique n’en constitue pas moins, selon elle, un phénomène majeur dans l’élaboration du discours nationaliste puisque Lionel Groulx incarne " l’historien national " alors que le journal Le Devoir serait l’illustre défenseur des droits des Canadiens français. Autrement dit, les représentants les plus significatifs du nationalisme québécois s’inscrivent dans la mouvance des idéologies d’extrême droite importées au Québec à partir de leur matrice française :

La pureté de la race chez Groulx s’inscrit dans le courant intellectuel européen qui, à la fin du siècle dernier, confond le fait sociologique avec le fait biologique, le premier tenant souvent d’explication pour le second. À l’intérieur de ce large courant, nichent plusieurs mouvements politiques et c’est le nationalisme d’extrême droite, largement mâtiné de fascisme, qui sera le chant des sirènes de Groulx (32).

L’analyse de Delisle fait pourtant fi du contexte historique. Faut-il rappeler combien cette mise en contexte est essentielle à la compréhension de tout discours social. Le discours antisémite se définit comme un discours social (33) et, en ce sens, il est caractéristique des lieux sociologiques et du temps historique où il se construit. À cet égard, lorsqu’on aborde la question de l’antisémitisme au Québec, il nous semble important de tenir compte des réalités socio-économiques qui servent de points d’ancrage au discours social sur les Juifs. Retenons ici trois exemples pour illustrer notre propos. Tout d’abord, le malaise vis-à-vis "l’étranger". Les francophones minoritaires au sein de l’ensemble canadien ont peine à intégrer les nouveaux arrivants. Ils perçoivent souvent "l’immigrant" qu’il soit d’origine polonaise, grecque ou juive comme un étranger plus ou moins menaçant pour la survie de leur collectivité. En période de crise économique, cet étranger devient l’intrus, "le voleur de job". L’affaire Zappa, par exemple, en dit long sur le sujet. [Voir encadré L’affaire Zappa].

En second lieu, la lutte anticommuniste qui semble unir une bonne partie des élites québécoises prend souvent un caractère raciste. Comme le fait remarquer Andrée Lévesque :

On se représente le véritable communiste comme quelqu’un venant de l’extérieur, probablement de race juive, parlant une langue étrangère - soit l’anglais ou le yiddish - ce qui provoque la xénophobie à l’origine de bien des discours religieux et politiques de l’époque. (34)

Rappelons que cette lutte contre le communisme n’est pas le seul fait de l’Église québécoise, ni même des éléments d’extrême droite. Il faut lire les manchettes des journaux comme Le Petit Journal , Le Devoir, La Patrie, La Presse, etc., pour se rendre compte de la belle unanimité qui anime nos élites lorsqu’il s’agit de pourfendre le "communisme matérialiste".

Finalement, il faut également tenir compte du contexte économique particulier dans lequel évoluent les deux communautés, francophone et juive. À Montréal, les deux groupes occupent souvent le même créneau : le petit commerce et l’industrie du textile. C’est ainsi que pour de nombreux Canadiens français, ce ne sont pas les magnats anglo-saxons de l’industrie et de la finance qui représentent les rivaux. Ces derniers demeurent des entités inconnues, lointaines et inaccessibles. Les compétiteurs, ce sont ceux que l’on rencontre à proximité dans le même quartier ou dans les quartiers adjacents, ce sont les petits commerçants de la communauté juive établis sur le boulevard Saint-Laurent ou sur la rue Sainte-Catherine. C’est d’ailleurs dans ce contexte que doit être replacée la campagne d’achat chez nous (entendons chez les Canadiens français) menée dans les années trente par les milieux nationalistes québécois.

En conclusion, nous aimerions rappeler un certain nombre de problèmes posés par l’étude de thèmes aussi signifiants que le fascisme, l’antisémitisme et le nationalisme. Premièrement, les allusions maintes fois répétées quant au fait que le Québec des années trente et quarante était fasciste nous semble entretenir une confusion sémantique dangereuse. À cet égard, une définition du fascisme s’impose et celle-ci ne peut se résumer à ses aspects idéologiques. Si l’on retient la thèse que le fascisme s’est développé au Québec, on devra démontrer comment celui-ci a germé et quelles formes s’y sont épanouies. Dans cette perspective, il serait bon de se rappeler que le fascisme représente un phénomène complexe et mouvant dont il est impossible d’exclure les éléments sociologiques et politiques qui, du reste, le lestent du poids historique du réel.

Deuxièmement, le nationalisme québécois des années trente et quarante ne peut, selon nous, être confondu avec l’idéologie fasciste même s’il en emprunte "certains tics de langage" pour reprendre l’expression d’Esther Delisle. Au demeurant ce nationalisme qualifié parfois de "radical" ou de "droite" par certains (35), de traditionaliste par d’autres (36), peut-il être défini comme étant d’extrême droite ? Rappelons que ce concept a été forgé pour désigner la naissance, à la fin du XIXe siècle en Europe, d’une nouvelle droite dite extrême. Cette dernière réunit à la faction la plus réactionnaire des mouvements antidémocratiques — bonapartisme, monarchisme, etc., — des courants issus de la gauche socialiste. L’antisémitisme sert ici de "principe fédérateur" (37) pour concilier les forces antagonistes de la droite réactionnaire et de la gauche révolutionnaire. Le nationalisme québécois des années trente réussit-il à composer cette synthèse nécessaire à la formation d’un courant d’extrême droite ? À notre avis, le clérico-nationaliste alors dominant dans la société québécoise ne lui ressemble guère. Notons cependant comme l’affirment les auteurs de l’ Histoire du Québec contemporain (38), qu’ il n’y a pas un, mais plusieurs nationalismes : libéral, réformiste, conservateur, ultramontain, etc. Il reste donc beaucoup à faire pour mieux comprendre le nationalisme "québécois" dans toute sa complexité.

Troisièmement, l’antisémitisme ne peut être limité à l’étude d’une seule communauté que ce soit au Québec, au Canada ou dans le monde occidental. De plus, il doit absolument être replacé dans son contexte historique. Cela étant dit, il est important de se questionner sur les particularités de l’expression qu’il prend ici. Une piste intéressante, proposée par P. Anctil, devrait être élargie. Les réactions antisémites s’expriment-elles différemment d’une communauté culturelle à l’autre dans le Québec des années trente et même quarante (39) ? Enfin, comment situer le discours du clergé catholique dans la tourmente de l’antisémitisme (40) ? Une chose nous paraît certaine : la composante antisémite du discours nationaliste québécois ne suffit pas à l’assimiler au régime mussolinien ou au régime hitlérien. Les nationalistes québécois qui, à l’instar de Groulx, semblent s’inspirer du discours maurrassien ne s’inscrivent-ils pas davantage dans un courant idéologique catholique, traditionaliste et conservateur que dans une perspective fasciste ? Essentiellement tourné vers le passé, le clérico-nationalisme nous semble difficilement s’apparenter à l’idéologie fasciste.


Encadrés

Esther Delisle

Docteur en sciences politiques, Esther Delisle s’est fait remarquer par la thèse controversée qu’elle a défendue sur le chanoine Lionel Groulx. Deux articles de Luc Chartrand dans L’Actualité l’ont mieux fait connaître du grand public : sur sa thèse, "Le chanoine au pilori", L’Actualité, 15 juin 1991, p. 114-115 et sur son portrait d’Esther Delisle "Celle par qui le scandale arrive", L’Actualité, 15 mars 1997, p. 34-35. Esther Delisle a publié une version remaniée de sa thèse en 1992. Le Traître et le Juif. Outremont : l’Étincelle, 1992. 284 pages.


Le fascisme en France
Petite histoire d’un long débat historique

C’est à la suite de la parution en 1983 du livre de Zeev Sternhell Ni droite ni gauche. L’Idéologie fasciste en France, qu’un débat déjà ancien sur la nature et l’existence d’un fascisme français refait surface. Sternhell affirme que le fascisme français est un phénomène majeur et qu’il a servi de matrice pour ses homologues européens. La thèse de Sternhell est d’autant plus dérangeante qu’elle remet en question l’historiographie constituée.

Reprenons quelques éléments du débat. Il faut remonter en 1954 pour retrouver les premiers éléments d’une étude systématique sur le fascisme français. Dans un livre intitulé La Droite en France, l’historien René Rémond constate que si dans les années vingt et trente le fascisme se développe en France, il n’en demeure pas moins confiné à un petit nombre d’organisations dont les effectifs sont très réduits. Quant au nationalisme français dont les principaux représentants militent à l’Action française et dans des ligues comme les "Croix-de-Feu", il ne peut en aucun cas s’apparenter au fascisme. Il s’agit plutôt, selon Rémond, d’une idéologie conservatrice et autoritaire qui trouve ses origines à la fin du XIXe siècle. Ce nationalisme, affirme Rémond, demeure imperméable au fascisme parce que, précisément, il est trop peu contestataire et trop attaché à la restauration du passé. Dans un article publié l’année suivante intitulé Notes sur l’esprit d’un fascisme français 1934-1939, l’historien Raoul Girardet abonde dans le même sens lorsqu’il affirme que si les nationalistes français des années trente manifestent quelques sympathies pour le régime fasciste de Mussolini c’est davantage par goût de l’autoritarisme et du conservatisme que par attirance pour la "révolution fasciste". Dès lors, le débat semblait clos.

À la fin des années soixante, des chercheurs vont relancer la question en s’opposant aux thèses des historiens français. On retiendra parmi ceux-ci les noms d’Eugen Weber, Ernst Nolte, Pieter Viereck. Selon eux il est possible d’établir une filiation directe entre le fascisme de l’entre-deux-guerres et le nationalisme français de la fin du XIXe siècle. En effet, selon eux, la grande mutation qui aurait transformé l’idéologie nationaliste conservatrice en un nationalisme démagogique annonciateur du fascisme, se serait opéré en France autour de penseurs comme Maurice Barrès et Charles Maurras. La nouvelle idéologie issue de cette transformation serait à l’origine de la naissance des mouvements fascistes en Europe. Dans cette perspective, le fascisme français des années trente ne serait pas une idéologie d’importation en provenance d’Italie mais trouverait son origine en France avant la Première Guerre mondiale.

Cette matrice française du fascisme, Zeev Sternhell va lui donner le nom de "droite révolutionnaire". À l’encontre de la droite traditionnelle, cette droite profondément radicale fait le choix de s’appuyer sur les masses populaires et d’intégrer le prolétariat dans la construction de son projet politique. Autrement dit, selon Sternhell, elle réalise la synthèse du nationalisme et du socialisme donnant ainsi naissance, quelques années plus tard, au fascisme. Sternhell prétend qu’il peut suivre la naissance et le développement du fascisme en étudiant sa formation avant la Première Guerre mondiale à travers les oeuvres d’un Barrès et d’un Maurras pour ne nommer que les deux plus importants. Durant les années vingt et trente, le fascisme poursuit son développement avec la formation de Ligues et de Parti fasciste mais aussi à travers les écrits de penseurs comme Emmanuel Mounier, Thierry Maulnier ou Bertrand de Jouvenel soupçonnés, par Sternhell, de dérive fasciste parce qu’ils combattent le marxisme et le libéralisme.

En 1987, l’historien Pierre Milza va reprendre le débat dans un livre majeur intitulé Fascisme français. Passé et présent. Pour Milza, la thèse de Sternhell a eu le mérite de montrer qu’il y a bien eu un fascisme français et que celui-ci n’était pas un phénomène complètement marginal ou d’importation. Cependant, sa principale lacune, toujours selon Milza, réside dans la méthode privilégiée par Sternhell qui consiste à recourir uniquement à l’étude des textes coupés de leur contexte historique. Sternhell établit une filiation à travers une histoire des idées mais à aucun moment ne tient compte du développement historique. En isolant un certains nombre de traits pouvant effectivement entrer dans la composition de l’idéologie fasciste, Sternhell en arrive à assimiler au fascisme l’ensemble des discours qui critiquent le libéralisme et la démocratie. Au contraire, pour Milza le fascisme s’inscrit dans un contexte particulier qui est celui de l’après Première Guerre mondiale et il possède des traits qui lui sont propres. On peut les résumer en trois points. 1- à la fois révolutionnaire et réactionnaire, le fascisme doit tenir compte de sa clientèle qui est issue de différents milieux ; 2- le totalitarisme, élément toujours présent dans les régimes fascistes ; 3- le fascisme est lié à l’impérialisme et au mythe guerrier. C’est en identifiant l’ensemble de ces éléments que l’on peut justement distinguer le fascisme des idéologies de contestation qui se développent dans les années vingt et trente. Il conclut en soulignant que "le recours à l’histoire sélective des idées ne suffit pas à rendre compte de la réalité politique d’une époque, surtout lorsqu’il s’agit d’une époque de crise." [page 38]


Charles Maurras (1868-1952)

Homme politique, principal dirigeant de l’Action française, théoricien du nationalisme intégral, Charles Maurras a eu une influence considérable sur les mouvements nationalistes avant la Deuxième Guerre mondiale.

Toute la pensée politique de Maurras est centrée sur la nation française. Obsédé par l’idée de décadence dont il reconnaît les premières manifestations à travers la Révolution française, il considère que pour redonner à la France sa grandeur passée il est nécessaire d’enrayer les maux qui l’affaiblissent : le régime républicain et la démocratie. Maurras propose un régime monarchique basé sur les valeurs chrétiennes. Pour lui, le roi incarne en sa personne l’unité de la nation et le principe de souveraineté. À cet égard, seule la monarchie est à même d’intégrer la classe ouvrière dans un projet politique véritablement nationaliste. À travers ses écrits, Maurras bataille contre les éléments qui, selon lui, corrompent la France soit, les Juifs, les Protestants, les étrangers et la Franc-maçonnerie.

Sous Vichy, Maurras devient le théoricien du régime et appuie entièrement les mesures antisémites et la lutte contre la Résistance engagée par le gouvernement de Pétain. Après la Deuxième guerre, il est jugé et condamné pour collaboration.


Maurice Barrès (1862-1923)

Écrivain et journaliste, c’est dans la fièvre de la crise boulangiste et de l’Affaire Dreyfus que Maurice Barrès prend goût à l’action politique. Antidreyfusard et antisémite, Barrès écrit à cette occasion cette phrase célèbre : "Que Dreyfus soit capable de trahir, je le conclus de sa race". Élu député en 1889, il sera défait et réélu à plusieurs reprises jusqu’à sa mort en 1923. Militant de la Ligue de La Patrie française fondée en réplique à la Ligue des droits de l’homme, c’est dans ce cadre qu’il s’efforce de développer sa pensée politique.

La pensée nationaliste de Barrès s’articule autour du thème de la "Terre et les Morts". La France est menacée par la décadence et seul le nationalisme basé sur l’unité organique de la collectivité peut lui redonner son âme. À travers l’ensemble de son oeuvre, il livre un combat sans merci à la démocratie, au marxisme et à l’individualisme qui constituent, selon lui, les éléments corrupteurs de la nation. Mais contrairement à Charles Maurras, Barrès n’est pas un partisan de la monarchie. "J’aime la République, écrit-il en 1904, mais une République armée, glorieuse, organisée".

Partisan du darwinisme social et profondément antirationaliste, Barrès considère que les peuples sont soumis à un déterminisme physiologique et qu’ils sont animés par leurs pulsions et leur instinct. Barrès fait l’éloge des classes populaires dont le caractère "primitif" a su protéger l’essence même de la nation. C’est pourquoi il estime nécessaire d’intégrer au nationalisme la question sociale. Sa pensée a eu une influence considérable sur le développement du nationalisme radical au XXe siècle.


L’affaire Zappa
(mars 1933)

L’affaire Zappa tient à peu de choses mais est fort révélatrice des mentalités d’une époque. Lundi le 6 mars 1933, alors que l’on procède à la saisie de biens au 3269 rue Saint-Dominique à Montréal pour loyer non payé, une escarmouche éclate. Bilan : 1 mort. Fait divers ? Oui et non. Revoyons cette affaire qui fera la manchette des journaux pendant presqu’un mois.

Au coeur de l’affaire, la saisie de biens dans un quartier d’immigrants. La famille Wlostizozsk doit 50$ à son propriétaire. Un avis d’expulsion est émis et l’huissier se présente à deux reprises. Devant l’opposition des locataires, lundi le 6 mars 1933, il se fait accompagner de la police pour effectuer la saisie. Un ancien "chambreur" de la famille Wlostizozsk, Nick Zynkchuk, se présente alors pour récupérer une malle entreposée dans le logement. D’origine polonaise, arrivé au pays en 1928, âgé de 32 ans, il est sans emploi. Le policier qui garde l’entrée de l’immeuble, Joseph Zappa, s’oppose à toute intrusion de cet "étranger" dans le bâtiment. Une foule nombreuse s’est déjà rassemblée. Le ton monte entre Zynkchuk et Zappa. Zynkchuk se saisit d’une barre de fer. L’officier fait feu. Zynkchuk, s’écroule, touché mortellement dans le dos.

Suite à l’incident, une enquête du coroner Hébert conclut mercredi le 8 mars que le policier a agi en légitime défense. Samedi le 11 mars, une foule évaluée à 10 000 personnes (20 000 selon Le Petit Journal ) se rassemble pour les obsèques. Elle est dispersée par la police. Les communistes seraient à l’origine d’un tel rassemblement selon certains journaux. Le 15 mars, un compatriote de Zynkchuk, Joseph Beatula dépose une plainte contre le constable Joseph Zappa. Suite à l’assermentation de la plainte, le juge Cusson, chargé de l’affaire, fait enquête avant d’émettre un mandat pour homicide contre l’agent de police. Le 24 mars le juge refuse d’émettre le mandat. Selon son enquête, le constable Zappa, pris dans une émeute, devint justifiable, selon la loi, d’agir comme il le fit. La Canadian Labor Defense League tente une ultime démarche auprès du premier ministre Taschereau le 27 mars. Celle-ci n’aboutit pas.

En fait, dès le début tout semble joué. Les propos des autorités ne laissent planer aucun doute. Ainsi, l’inspecteur Brodeur (assistant-chef de la Sûreté) déclare suite au drame que la bagarre "a été provoquée par des agitateurs étrangers" (La Patrie, 7 mars 1933, p. 3). Dans La Patrie du 8 mars, on rapporte le propos suivant du coroner Hébert suite à son verdict : "l’on avait jamais vu de troubles de cette nature chez les canadiens-français[sic] quand la justice avait affaire à eux. Ils sont trop respectueux des lois dit-il. Nous avons remarqué, dit-il, que c’est toujours chez l’élément étranger que de telles choses se produisent. Les officiers de la loi ont toujours beaucoup de difficulté à pénétrer chez ces étrangers, qui causent presque toujours du trouble." (La Patrie, 8 mars 1933, p.3). Le premier ministre Taschereau lui-même affirmera que : " les étrangers qui n’aiment pas respirer l’air canadien n’ont qu’à retourner dans leur pays" (La Presse, 27 mars 1933, p. 3)

Que retenir d’un tel incident ? Comment s’expliquer ces propos d’un premier ministre libéral et d’un officier public ? Bien sûr, la crainte de la subversion communiste apparaît déjà au grand jour et ce, bien avant la venue au pouvoir de Maurice Duplessis. Mais au-delà de cette problématique, comment juge-t-on l’Autre, "l’étranger" ? Dans ces temps de crise, ni le nationalisme, ni le fascisme, ni l’antisémitisme ne permettent de bien saisir la portée de ces événements. La xénophobie, sans doute.


Notes

1 Voir l’article de Luc CHARTRAND, "Dis-moi la vérité ! 1930-1945 le mythe du Québec fasciste", L’Actualité, 1er mars 1997, p. 20-30.

2 Julian SAMUEL, De Lahore à Montréal, Montréal, Balzac, 1996, 253 pages. Voir la recension du livre par Robert Chartrand dans Le Devoir, 21-22 juin 1997, p. D3.

3 Pierre Elliot TRUDEAU, "Quand les Canadiens français réclamaient un Mussolini",Vrai, 28 juillet 1956.

4 Pierre GODIN, René Lévesque, un enfant du siècle, Montréal, Boréal, 1994. p. 148.

5 Jacques ROUILLARD, dir., Guide d’histoire du Québec du régime français à nos jours. Bibliographie commentée, 2e éd., Montréal, Méridien, 1993, p. 277-290.

6 Denis CHOUINARD, Les Jeune-Canada : un mouvement contestataire des années 1930, Thèse de M.A. (histoire), Université Laval, 1985, 187 p.

7 René DUROCHER, "Le Fasciste canadien, 1935-1938", Idéologies au Canada français 1930-1939, Québec, PUL, 1978, p. 257-271.

8 Richard JONES L’idéologie de l’Action catholique (1917-1939), Québec, PUL, 1974.

9 G.-Raymond LALIBERTÉ, "Dix-huit ans de corporatisme militant. L’École sociale populaire de Montréal, 1933-1950", Recherches sociographiques, XXI,1-2 (janvier-août 1980), p. 55-96.

10 Pensons entre autres aux travaux d’Esther DELISLE, au colloque organisé par l’UQAM dont les actes ont été publiés par R. COMEAU et Luc DESROCHERSs (dir.), Le Devoir : un journal indépendant, 1910-1995, Sainte-Foy, PUQ, 1996, 368 pages.

11 Yves LAVERTU, L’affaire Bernonville. Le Québec face à Pétain et à la Collaboration (1948-1951), Montréal, VLB éditeur, 1994, 213 pages.

12 Nous retenons particulièrement la présentation de Paul-André LINTEAU et al., Histoire du Québec contemporain. Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal compact, 1989, p. 106-127.

13 L. Groulx, Vers l’avenir, oct. 1941, cité dans J.-P. Gaboury, Le nationalisme de Lionel Groulx. Aspects idéologiques, Ottawa, U. d’Ottawa, 1970, p. 43.

14 La question a son importance ! Si l’on admet que Lionel Groulx est un fasciste, on retient donc que le nationalisme québécois à ses débuts s’inscrit dans la mouvance du fascisme. Les enjeux politiques actuels viennent alors rapidement saper toute réflexion "indépendante".

15 Esther DELISLE, op. cit., p. 23.

16 E. NOLTE, Les mouvements fascistes. L’Europe de 1919 à 1945, Paris, Calmann-Lévy, 1969, 361 pages. Z. STERNHELL, Ni droite ni gauche, Paris, Le Seuil, 1983, 470 pages. Pour la critique de ces thèses voir P. MILZA, op. cit., p. 36 et passim.

17 Comme le mentionne Andrée Lévesque, même si l’Action libérale nationale est très sensible aux idées corporatistes, son exclusion des postes clés du nouveau gouvernement de l’Union nationale en 1936 met fin à toute participation politique ; Andrée LÉVESQUE,Virage à gauche interdit. Les communistes, les socialistes et leurs ennemis au Québec 1929-1939, Montréal, Boréal-Express, 1984, p.126-127.

18 A.-J. BÉLANGER, "Les idéologies et leur désert politique.", Idéologies au Canada français 1930-1939, Québec, P.U.L, 1978, p. 29-39.

19 G.-Raymond LALIBERTÉ, op. cit.

20 L. ORTIN "Les Jeunes-Canada", Idéologies au Canada français, op. cit., p. 215-234.

21 L’analyse de Denis Chouinard cherche à comprendre le fonctionnement du groupe et ses relations avec l’entourage socio-politique. Voir D. CHOUINARD, "Des contestataires pragmatiques : les Jeune-Canada 1932-1938", Revue d’histoire d’Amérique française, vol. 40, no 1 (1986), p. 5-28.

22 Par exemple, Filippo SALVATORE, Le Fascisme et les Italiens à Montréal. Une histoire orale, Montréal, Guernica, 1995, écrit : "Lionel Groulx a tenté de structurer le nationalisme et d’en faire une doctrine. La solution qu’il offrait était le corporatisme, tel qu’énoncé par Salazar et Mussolini", p. 8. Mais n’est-ce pas plutôt en se référant à la doctrine sociale de l’Église ( Rerum Novarum, Quadragesimo anno) que Groulx prône le corporatisme comme solution à la crise ?

23 Fernand DUMONT, "Les années 30 : la première Révolution tranquille", Idéologies au Canada français 1930-1939, Québec, PUL, 1978, p. 1-20.

24 Selon P. TRÉPANIER, "Quel corporatisme ...", op. cit., il faut distinguer le corporatisme d’État qui mène à l’avènement d’un régime autoritaire et le corporatisme d’association qui serait dominant au Québec durant cette période. Ce dernier s’inspire du principe de la subsidiarité chère à l’Église.

25 Robert LAHAISE fait la "petite histoire" de la riposte de l’Église organisée par le père Archambault face à la montée du socialisme. Esdras Minville, Georges-Henri Lévesque et Louis Chagnon commencent par réfuter le programme du CCF dès le mois de mai 1933. Puis, le père Archambault demande à dix laïcs de rédiger le Programme de restauration sociale expliqué et commenté qui sera publié en 1934. Parmi les rédacteurs, nous retrouvons Esdras Minville (professeur à l’École des hautes études commerciales), Philippe Hamel, Albert Rioux (président de l’UCC) et Alfred Charpentier (président du CTCC). Robert LAHAISE, La fin d’un Québec traditionnel, 1914-1939, Montréal, l’Hexagone, 1994, p. 141-143.

26 C’est ce qu’affirme Robert COMEAU dans G. GOUGEON, Histoire du nationalisme québécois. Entrevues avec sept spécialistes, Montréal, VLB éditeur, SRC, 1993, p. 105-107.

27 Il faut noter ici que selon P. Trépanier, Lionel Groulx désirait une intervention plus efficace de l’État québécois afin de promouvoir l’affirmation nationale des Canadiens français. Mais cette intervention étatique s’inscrit dans une conception de l’État qui demeure celle de la doctrine sociale de l’Église. Dans cette perspective, l’État doit jouer le rôle d’arbitre et suppléer au manque des "corps intermédiaires" de la société. Gilles GOUGEON, Histoire du nationalisme québécois. Entrevues avec sept spécialistes, Montréal, VLB éditeur, SRC, 1993, p. 92 et passim.

28 Ce problème a été peu analysé au Québec. Rappelons le récent livre de F. SALVATORE, op. cit., ainsi que l’article de Claude PAINCHAUD et Richard POULIN "Les Italiens au Québec", Le Québec littéraire, automne 1988. La question toutefois semble intéresser des historiens ... de Toronto. L’émission Les Actualités de Radio-Canada, du 15 juillet 1997, nous apprenait en effet qu’une équipe de l’université York dirigée par Roberto Perrin poursuivait une étude sur l’internement des Italiens au Québec lors de la Deuxième Guerre mondiale. Des propos de l’émission, on retient que plus de 600 Italiens furent internés. Dès 1935 (l’affaire éthiopienne), la GRC surveillait cette communauté et a identifié quatre organisations liées au fascisme italien (dont 3 000 membres du parti fasciste au Canada).

29 Esther DELISLE, op. cit., p. 26-27.

30 J. LANGLAIS et D. ROME, op. cit.

31 On peut lire entre autres : Le Devoir, les Juifs et l’immigration : de Bourassa à Laurendeau, Québec, IQRC, 1988 ; Le rendez-vous manqué : Les Juifs de Montréal face au Québec de l’entre-deux-guerres, Québec, IQRC, 1988. On peut aussi consulter deux entretiens sur le sujet avec A. CHAMPAGNE : "Les Juifs du Québec 1900-1939" et "Réponse à Esther Delisle sur l’antisémitisme", André CHAMPAGNE, Le Québec contemporain. Québec, Septentrion, 1995. p. 25-40 et 55-68.

32 E. DELISLE, op. cit., p. 19.

33 Sur l’analyse de discours on consultera avec profit les travaux de Marc NGENOT entre autres, son texte intitulé : Ce que l’on dit des Juifs en 1889. Antisémitisme et discours social, Montréal, Cahier de recherche du CIEE, no 6 (Octobre 1984).

34 A. LÉVESQUE, op. cit. p. 122.

35 D. ROME, J. LANGLAIS, op. cit., p. 154.

36 Voir à ce sujet la synthèse de Fernande ROY Histoire des idéologies au Québec aux XIXe et XXe siècles, Montréal, coll. Boréal Express, 1993, p. 83-88.

37 Voir l’étude de M. WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 1982,. p. 141.

38 P.-A. LINTEAU et al., op. cit., p. 114.

39 Pierre ANCTIL dans A. CHAMPAGNE, op. cit., p. 36-37.

40 Pierre ANCTIL présente un commentaire très pertinent sur le sujet dans sa recension du livre de Georges PASSELECQ et Bernard SUCHECKY, L’Encyclique cachée de Pie XI. Une occasion manquée de l’Église face à l’antisémitisme, Paris, Éditions La Découverte, Collection l’espace de l’histoire,1995, 321 pages. Voir "L’Église et la question juive durant la guerre", Relations, no 622 (juillet-août 1996), p. 185-187.


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