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« N’humilions pas la Chine ! », Monsieur le sénateur et ex-général Dallaire
Laurent Desbois
Tribune libre de Vigile
samedi 12 avril 2008      268 visites      4 messages


Finalement, un peu de perspective sur ce sujet tellement complexe. Voir l’article ci-dessous dans la Presse du 12 avril 2008 par Christian Constantin.

Déjà que je croyais que le sénateur et ex- général Roméo Dallaire avait une tendance à ultra simplifier la dynamique en Afrique, maintenant, il se déguise en sinologue pour couper les coins ronds et faire la même chose avec la Chine. « Il est toujours regrettable qu’un homme respecté, emporté par la force de ses convictions, tienne des propos qui dépassent la mesure.  »

Ce Christian Constantin se serait peut être inspiré de Voltaire, dans «  L’orphelin de la Chine », créé à la Comédie-Française le 20 août 1755, et je cite : « Tenez, Monseigneur, n’humilions pas l’homme qui nous sert bien, crainte d’en faire un mauvais valet. ».

Ce Voltaire qui a su mobiliser l’opinion publique, promouvoir la tolérance, contester la justice inique de son temps, dénoncer la torture, renverser les préjugés et les positions fallacieuses, rétablir le droit bafoué, faire évoluer les mentalités

Laurent Desbois

Longueuil (Québec)

N’humilions pas la Chine !

Christian Constantin

La Presse, samedi 12 avril 2008

Il est toujours regrettable qu’un homme respecté, emporté par la force de ses convictions, tienne des propos qui dépassent la mesure. Probablement encouragé par la vague médiatique qui entoure la Chine à l’approche des Jeux olympiques, c’est le type d’impair qu’a commis, le 3 avril à l’antenne de Radio Canada, le sénateur et ex-général Roméo Dallaire en qualifiant la Chine et les Chinois de « vautours » qui pillent l’Afrique et en comparant leurs activités à celles des empires coloniaux.

L’intention ici n’est pas de disculper le régime chinois qui, du fait de ses politiques et du poids grandissant de la Chine sur la scène internationale, mérite l’attention soutenue des médias et des personnalités politiques. Non, il s’agit plutôt de remettre un peu de perspective dans cette surenchère dangereuse à l’égard de Pékin.

En effet, au lieu d’encourager un dialogue entre le Canada et la Chine sur le « futur de l’humanité » comme semble le souhaiter le sénateur, ses propos et ses recommandations, si elles devenaient partie intégrante de la diplomatie canadienne, risquent au contraire d’avoir pour résultat une diminution de l’influence du pays sur la Chine. Ces propos sont malvenus parce qu’ils dressent un portrait incomplet des relations entre la Chine et l’Afrique et de son rôle sur le marché pétrolier mondial et, surtout, parce qu’ils reposent sur une évaluation erronée des retombées d’une politique « d’humiliation de la Chine ».

Colonialisme chinois ?

Le plus déroutant dans les propos du sénateur Dallaire tient à l’analogie qu’il fait entre les relations sino-africaines et le comportement des empires coloniaux. En effet, on aurait pu s’attendre, de la part d’un témoin direct de l’héritage colonial européen en Afrique, à un peu plus de circonspection. Alors que les puissances européennes du XIXe siècle se sont divisé le continent par la force des armes, la Chine traite d’égal à égal avec des États souverains.

Que les dirigeants de certains de ces pays soient des dictateurs corrompus et répressifs est incontestable. Il n’en demeure pas moins que Pékin traite avec des gouvernements qui sont reconnus comme légitimes par la communauté internationale et que la Chine n’a pas cherché à envahir de territoires africains. Les propos du sénateur ne constituent donc pas seulement une distorsion de l’histoire, mais font preuve d’une certaine condescendance à l’égard des pays africains qui devraient avoir le choix de leurs partenaires commerciaux et de leur mode de développement. (…)

Si la Chine traite avec des régimes dictatoriaux en Afrique, elle aide aussi au financement et à la construction d’infrastructures – transports, écoles, hôpitaux, etc. – dans des pays où les États occidentaux se sont désengagés depuis des années. Parce que l’aide chinoise n’est pas liée au respect de normes de gouvernance et à cause des pratiques douteuses des entreprises chinoises en matière de normes du travail et de l’environnement, la coopération sino-africaine a engendré la controverse tant en Afrique qu’en Occident. Néanmoins, avec une moyenne annuelle d’environ 6% depuis 2004, les gains en termes de croissance économique, obtenus en partie grâce à la demande chinoise en matières premières, se comparent avantageusement à la période des années 1990 (2% par année en moyenne) marquée par l’imposition de conditions à l’aide imposées par les créditeurs internationaux. (…)

Humilier les Chinois

L’autre problème avec la logique des propos du sénateur Dallaire à l’égard de la Chine a trait à sa recommandation d’utiliser les Jeux olympiques pour « humilier les Chinois ». Cette proposition s’inscrit dans l’air du temps puisque les appels au boycott des Jeux fusent de toutes parts en réponse à la répression au Tibet, à l’emprisonnement de dissidents ou au contrôle des médias. Bien qu’il soit nécessaire d’exercer des pressions sur le régime chinois pour qu’il change ses pratiques, la meilleure manière pour ce faire consiste à organiser des consultations régulières avec le gouvernement chinois, à la manière des consultations économiques stratégiques entamées par le secrétaire d’État au Trésor américain Henry Paulson. L’humiliation risque, au contraire, d’entraîner un raidissement du régime et de la population.

En effet, les pressions publiques et les efforts pour faire perdre la face à la Chine sur la scène internationale n’ont pas qu’un impact sur les dirigeants chinois mais se répercutent sur la population. Ces remontrances créent l’impression que l’Occident cherche à empêcher le développement de la Chine, ce qui alimente le nationalisme populaire. Ce réflexe nationaliste peut mener la population à se regrouper derrière le drapeau du Parti communiste.

Néanmoins, le régime chinois est le premier à reconnaître que le nationalisme est une arme à double tranchant : s’il tente de maintenir la stabilité de ses échanges diplomatiques en se soumettant aux pressions internationales, il court le risque de devenir la cible de virulentes critiques internes. Les pressions internationales pourraient donc produire un résultat opposé à leurs objectifs en renforçant l’influence des faucons et des conservateurs au sein du régime et de la société chinoise.

Historiquement, l’humiliation d’un pays ou d’un peuple n’a jamais eu d’effets positifs ; nul besoin de rappeler en détail l’impact final des réparations humiliantes imposées à l’Allemagne en 1918. En Chine, les humiliations vécues aux mains des puissances occidentales pendant la période coloniale et à la suite du transfert des concessions allemandes au Japon à la fin de la Première Guerre mondiale ont contribué à la vague de fond populaire qui a amené le Parti communiste au pouvoir.

La Chine commence à peine à formuler une politique étrangère adaptée à son émergence comme puissance régionale, elle veut cette émergence « pacifique » et « responsable », on ne peut que l’encourager sur cette voie. Chercher à l’humilier ou à la stigmatiser pour des pratiques diplomatiques, somme toute, courantes risque, au contraire, d’attiser les tensions et les soupçons qu’entraîne naturellement son émergence.

***

L’auteur est candidat au doctorat en science politique et chercheur associé au Center of International Relations, UBC. Il a résidé quatre ans en Chine.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



Source
http://www.cyberpresse.ca/article/20080412/CPPRESSE/80412022/5910/CPACTUALIT (...)

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Vos commentaires:
  • « N’humilions pas la Chine ! », Monsieur le sénateur et ex-général Dallaire
    13 avril 2008, par Daniel Charette
    Je ne crois pas qu’Ottawa comprenne grand chose dans tout cela. Ce que ces gens comprennent c’est le signe de " piasse " . Un sénateur qui nous fait une petite sortie afin de nous faire croire qu’ ils ont une politique extérieure éclairée...Ils entretiennent l’ignorance et la haine entre les peuples du fait de leur propre incompétence. Je ne suis pas pro-chinois mais je ne crois pas que le rôle d’un sénateur consiste à jeter de l’huile sur le feu au risque qu’il ne devienne un brasier encore plus dévastateur. Je crois que la diplomatie quand elle est bien comprise et exercée peut éviter le pire au lieu de le provoquer ! Merci M. Desbois vous nous faites la démonstration que mieux connaître peut nous inciter à moins juger.
  • « N’humilions pas la Chine ! », Monsieur le sénateur et ex-général Dallaire
    14 avril 2008

    « La compagnie minière Barrick Gold (compagnie canadienne) veut empêcher la diffusion d’un ouvrage québécois dénonçant les « horreurs » et les « nombreux abus qualifiables de crimes » qui seraient commis par des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Les auteurs crient à la censure. »

    Est-ce que le sénateur et ex-général Dallaire aurait lu ce livre avant de juger les chinois en Afrique ?


    Barrick Gold tente d’empêcher la publication d’un livre

    13 avril 2008 - 22h04 La Presse

    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/article/20080413/LAINFORMER/80413064 6/-1/LAINFORMER01

    Violaine Ballivy

    La compagnie minière Barrick Gold veut empêcher la diffusion d’un ouvrage québécois dénonçant les « horreurs » et les « nombreux abus qualifiables de crimes » qui seraient commis par des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Les auteurs crient à la censure.

    Une mise en demeure envoyée aux éditions Écosociété a forcé l’annulation vendredi soir à Montréal, du lancement du livre Canada Noir, pillage, corruption et criminalité en Afrique.

    Selon la compagnie canadienne, il ne fait aucun doute que le livre « véhicule des allégations fausses et grandement diffamatoires à l’endroit de Barrick ». Elle menace d’exiger, en Cour supérieure, des « dommages-intérêts substantiels » si « ne serait-ce qu’un seule copie du livre », dans sa version actuelle, est mise en circulation.

    Barrick a été piquée par un résumé du livre publié sur le site web d’Écosociété et qui fait état de rumeurs au sujet de travailleurs qui auraient été enterrés vifs dans une mine en Tanzanie en 1996 alors qu’ils étaient au service de la société Sutton, rachetée deux ans plus tard par Barrick. Barrick a exigé qu’Écosociété efface de son site web et de tout matériel promotionnel les mots « abus », « crimes » et toute référence à des « mineurs enterrés vivants en Tanzanie » en lien avec le nom de Barrick.

    « Si Écosociété refuse de se plier à ces demandes, ce sera à ses risques et périls », a confirmé samedi à La Presse Vince Borg, porte-parole de Barrick.

    La mise en demeure a eu l’effet d’une bombe dans les bureaux de la petite maison d’édition - un organisme sans but lucratif qui a notamment publié les livres de Laure Waridel Acheter, c’est voter.

    La sortie du livre en librairie, prévue pour mardi, est sur la glace. Les avocats d’Écosociété évaluaient toujours hier les conséquences possibles pour les sept personnes nommées dans la mise en demeure (les trois auteurs et les quatre membres du conseil d’administration d’Écosociété).

    Demande d’intervention

    Le groupe compte demander l’intervention du ministre de la Justice Jacques Dupuis, qui s’est engagé la semaine dernière à légiférer pour limiter les poursuites-bâillons - ces recours qui sont généralement menés par une grande société contre un groupe de citoyens pour atteinte à sa réputation, le but étant de faire taire les opposants en les écrasant avec des frais judiciaires considérable.

    « C’est ce qui nous arrive. Nous n’avons pas les reins assez solides pour affronter la Barrick », a dit hier Alain Deneault, principal signataire du livre.

    Recensement de cas

    Le site d’Écosociété présente Canada Noir comme un « thriller économique » qui recense plusieurs cas de crimes qui auraient été commis par des sociétés privées canadiennes, et déjà rapportés dans le monde par des journalistes d’enquêtes et diverses ONG.

    La liste des prétendus méfaits est longue : ingérence politique et contrats outrancièrement avantageux, partenariats avec des vendeurs d’armes et des mercenaires, collusions mafieuses.

    « Nous avons voulu porter à l’attention du public ces informations parce qu’il se trouve lui-même à financer, indirectement, une partie de ces sociétés cotées en bourses à Toronto, soit par ses investissements dans des portefeuilles d’actions privées, ses REER ou ses cotisations à des fonds de retraite », a indiqué Alain Deneault.

    Mais au passage, Canada Noir écorche aussi le système politique canadien. « Il est extrêmement difficile, voire impossible de poursuivre une société canadienne pour ce qu’elle a fait ailleurs. Si les moyens existent, le gouvernement ne s’en sert pas », dénonce M. Deneault.

    Au début des années 2000, le London Observer a été condamné à verser plusieurs milliers de dollars en dédommagement à la Barrick à la suite de la publication d’allégations de mineurs enterrés vifs en Tanzanie similaires à celles reprochées aux auteurs de Canada Noir.


  • Est-ce que le sénateur et ex-général Dallaire aurait lu ce livre avant de juger les chinois en Afrique ?
    14 avril 2008

    « La compagnie minière Barrick Gold (compagnie canadienne) veut empêcher la diffusion d’un ouvrage québécois dénonçant les « horreurs » et les « nombreux abus qualifiables de crimes » qui seraient commis par des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Les auteurs crient à la censure. »


    Barrick Gold tente d’empêcher la publication d’un livre

    13 avril 2008 - 22h04 La Presse

    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/article/20080413/LAINFORMER/80413064 6/-1/LAINFORMER01

    Violaine Ballivy

    La compagnie minière Barrick Gold veut empêcher la diffusion d’un ouvrage québécois dénonçant les « horreurs » et les « nombreux abus qualifiables de crimes » qui seraient commis par des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Les auteurs crient à la censure.

    Une mise en demeure envoyée aux éditions Écosociété a forcé l’annulation vendredi soir à Montréal, du lancement du livre Canada Noir, pillage, corruption et criminalité en Afrique.

    Selon la compagnie canadienne, il ne fait aucun doute que le livre « véhicule des allégations fausses et grandement diffamatoires à l’endroit de Barrick ». Elle menace d’exiger, en Cour supérieure, des « dommages-intérêts substantiels » si « ne serait-ce qu’un seule copie du livre », dans sa version actuelle, est mise en circulation.

    Barrick a été piquée par un résumé du livre publié sur le site web d’Écosociété et qui fait état de rumeurs au sujet de travailleurs qui auraient été enterrés vifs dans une mine en Tanzanie en 1996 alors qu’ils étaient au service de la société Sutton, rachetée deux ans plus tard par Barrick. Barrick a exigé qu’Écosociété efface de son site web et de tout matériel promotionnel les mots « abus », « crimes » et toute référence à des « mineurs enterrés vivants en Tanzanie » en lien avec le nom de Barrick.

    « Si Écosociété refuse de se plier à ces demandes, ce sera à ses risques et périls », a confirmé samedi à La Presse Vince Borg, porte-parole de Barrick.

    La mise en demeure a eu l’effet d’une bombe dans les bureaux de la petite maison d’édition - un organisme sans but lucratif qui a notamment publié les livres de Laure Waridel Acheter, c’est voter.

    La sortie du livre en librairie, prévue pour mardi, est sur la glace. Les avocats d’Écosociété évaluaient toujours hier les conséquences possibles pour les sept personnes nommées dans la mise en demeure (les trois auteurs et les quatre membres du conseil d’administration d’Écosociété).

    Demande d’intervention

    Le groupe compte demander l’intervention du ministre de la Justice Jacques Dupuis, qui s’est engagé la semaine dernière à légiférer pour limiter les poursuites-bâillons - ces recours qui sont généralement menés par une grande société contre un groupe de citoyens pour atteinte à sa réputation, le but étant de faire taire les opposants en les écrasant avec des frais judiciaires considérable.

    « C’est ce qui nous arrive. Nous n’avons pas les reins assez solides pour affronter la Barrick », a dit hier Alain Deneault, principal signataire du livre.

    Recensement de cas

    Le site d’Écosociété présente Canada Noir comme un « thriller économique » qui recense plusieurs cas de crimes qui auraient été commis par des sociétés privées canadiennes, et déjà rapportés dans le monde par des journalistes d’enquêtes et diverses ONG.

    La liste des prétendus méfaits est longue : ingérence politique et contrats outrancièrement avantageux, partenariats avec des vendeurs d’armes et des mercenaires, collusions mafieuses.

    « Nous avons voulu porter à l’attention du public ces informations parce qu’il se trouve lui-même à financer, indirectement, une partie de ces sociétés cotées en bourses à Toronto, soit par ses investissements dans des portefeuilles d’actions privées, ses REER ou ses cotisations à des fonds de retraite », a indiqué Alain Deneault.

    Mais au passage, Canada Noir écorche aussi le système politique canadien. « Il est extrêmement difficile, voire impossible de poursuivre une société canadienne pour ce qu’elle a fait ailleurs. Si les moyens existent, le gouvernement ne s’en sert pas », dénonce M. Deneault.

    Au début des années 2000, le London Observer a été condamné à verser plusieurs milliers de dollars en dédommagement à la Barrick à la suite de la publication d’allégations de mineurs enterrés vifs en Tanzanie similaires à celles reprochées aux auteurs de Canada Noir.


  • « N’humilions pas la Chine ! », Monsieur le sénateur et ex-général Dallaire
    15 avril 2008

    Je ne suis pas toujours d’accord avec les positions de Lysiane Gagnon, mais cette fois je dois admettre, elle a visé dans le mille et elle m’a épaté par sa connaissance de la Chine !

    Humilier la Chine ?

    http://www.cyberpresse.ca/article/20080415/CPOPINIONS05/804150609/5910/CPAC TUALITES

    Lysiane Gagnon

    Le mardi 15 avril 2008 La Presse

    Le général Dallaire a besoin de repos. Sa récente sortie contre la Chine sur les ondes de Radio-Canada était indigne d’un homme sérieux.

    Pour lui, la Chine serait « le pays le plus rapace, des vautours de l’Afrique, pires que des empires colonisateurs » (sic). Il accuse la Chine d’échanger des armes contre le pétrole soudanais « en sachant qu’elles vont être utilisées contre les Darfouriens ».

    Allo-ô général ? Ne savez-vous pas que tous les pays, y compris les plus grandes démocraties, vendent ou ont vendu des armes ? Qui a armé l’Iran et l’Irak ? Vous n’avez jamais accusé, à ce que je sache, les fabricants de machettes d’être responsables des tueries au Rwanda. Ce ne sont pas les Chinois qui assassinent les Noirs du Darfour, mais des milices arabes appuyées par Khartoum.

    On comprend que ces horribles massacres réveillent en vous la culpabilité d’avoir assisté, impuissant, aux tueries du Rwanda. Mais ne confondons pas tout.

    Le général veut qu’on aille aux Jeux, mais pour « embarrasser le gouvernement chinois Il faut les humilier, ces Chinois-là, devant le monde entier ! ». Notons bien cette expression - « ces Chinois-là ». Elle suinte le mépris.

    C’est la saison du « China bashing », tout le monde sur le dos de la Chine ! Ha, ce qu’on s’amuse à leur faire perdre la face, à « ces Chinois-là » !

    On a l’impression que la Chine a remplacé les États-Unis dans l’imaginaire de la gauche et de la grande foule des donneurs de leçons.

    La Chine est trop grosse, trop forte - 10% de croissance par année, a-t-on idée ? La Chine communiste est devenue capitaliste, c’est assez pour qu’on la déteste, mais en plus elle est restée une dictature politique. Bref, l’ennemi idéal !

    Mais que veut-on faire au juste en humiliant ainsi la Chine au moment, si capital pour elle, où elle fait ses débuts sur la scène internationale, fière des progrès surhumains qu’elle a accomplis en si peu d’années, fière de sa culture quatre fois millénaire, fière aussi des petits pas qu’elle a effectués ces dernières années dans le sens d’un relâchement du totalitarisme qui, sous Mao, avait transformé ce pays en prison ?

    Pékin tolère un peu plus la dissidence qu’auparavant. On procède moins souvent qu’auparavant à des exécutions. Il se publie des écrits qui auraient auparavant été censurés. Internet s’infiltre partout. Le communisme chinois a évolué au point d’encourager la propriété privée. Pékin permet maintenant à ses citoyens de voyager librement, alors qu’il y a 20 ans, nul ne pouvait sortir de Chine sans autorisation très spéciale, et encore fallait-il laisser sa famille derrière soi.

    La population vit mieux, il n’y a plus un paysan qui se couche le ventre creux dans ce pays où, entre 1959 et 1962, plus de 30 millions de personnes sont mortes de faim. Le droit à la nourriture, n’est-ce pas le premier des droits humains ?

    Le formidable développement économique de la Chine a engendré une immense classe moyenne, qui, entre l’oligarchie des grands possédants et la masse des très pauvres, continue de grossir et constitue le principal moteur de changement du pays : des millions et des millions de Chinois instruits, ambitieux et ouverts sur le monde, qui voudront de plus en plus profiter des avantages de la démocratie. Ce sont eux qui pousseront, à leur rythme, la Chine vers la démocratisation du régime politique.

    Les donneurs de leçons comme le général Dallaire s’illusionnent en s’imaginant que la Chine va évoluer plus vite et qu’elle lâchera du lest au Tibet si on l’humilie. Jamais cet orgueilleux pays, qui a gardé la mémoire vive de l’exploitation éhontée dont il fut naguère victime aux mains des puissances européennes, ne se pliera aux pressions de l’étranger.

    Si la hargne antichinoise s’intensifie, cela ne changera pas un iota au sort des Tibétains. Au contraire. Pékin se durcira et la population fera corps avec ses dirigeants parce que les Chinois seront spontanément convaincus que leur pays est victime de l’envie et de l’hostilité du reste du monde. Ils commencent déjà à s’en convaincre, d’ailleurs, devant le sabotage du voyage de la flamme olympique qui devait marquer le début de leur grande fête - une fête, faut-il dire, en bonne partie méritée.


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