Comme j’aurais aimé vous voir accepter la défaite simplement. Et quitter avant de vous faire blesser davantage. Vous avez fait une bonne campagne, d’accord ! Mais elle est perdue… Même si moi je vous aime bien, ce n’est pas le cas tout autour de moi. Je vis dans une région (Charlevoix) et j’ai été à même de constater tout au cours de la période électorale et avant que ce qui faisait surtout mal au Parti Québécois ce n’était pas l’idée de souveraineté, pas même celle de tenir un référendum, mais bien votre personne.
Pour ma part, j’ai voté pour vous au dernier congrès du Parti Québécois. Je vous ai souvent défendu. Je voyais en vous un chef capable de faire avancer le Québec. Mais voilà, ce n’est pas l’avis de la majorité autour de moi. C’est que votre personne et ce que vous représentez - tout honorable que ce soit - ne rejoindront jamais une bonne partie des Québécois. C’est comme cela et la vie ne nous apporte pas toujours ce que l’on souhaite. Pourtant, la cause de l’indépendance est plus grande que nous et que vous aussi.
Vous avez du courage ? Le plus grand courage est de savoir entendre raison. Partir honorablement vaut mieux que de vivre dans la tourmente et vous pouvez encore le faire. Partez s’il-vous-plaît… Le Parti Québécois a pour raison d’être l’indépendance du Québec et ce projet ne peut être mis en veilleuse. Pas plus que l’idée d’un Québec de centre-gauche ne doit être reconsidérée, surtout pas devant les options nébuleuses de Québec Solidaire. Vous ne croyez plus à cela, la majorité de membres du Parti Québécois y croient encore, alors partez avant qu’il ne soit trop tard pour vous et peut-être pour notre parti.
J’ai eu beaucoup de peine de voir comment certains Québécois ont parfois été très durs avec vous. Je crois que souvent ils avaient tort. Parfois aussi, vous n’avez pas aidé votre cause. L’inexpérience, peut-être. C’est dommage, mais on ne peut pas se tromper trop longtemps quand on porte le projet d’un pays comme le Québec. Alors, il faut partir. Sinon le Québec et l’histoire seront encore plus durs avec vous. Et moi aussi et bien d’autres membres de notre Parti Québécois. Alors, partez tout de suite, si vous comprenez bien.
Serge Gauthier
L’auteur est historien et ethnologue.
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