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Pères et repères
Mon premier héros, mon premier amour
Gilles Châtillon
Tribune libre de Vigile
vendredi 19 juin 2009      132 visites


On peut déplorer que les mères soient débordées, les pères trop absents et les enfants, ballottés.

Au nom de quoi vivre, travailler, vieillir ? S’il y avait une seule réponse à cette question existentielle ce serait : au nom de tes père et mère, de tes fils et filles. Au nom, du maillon que tu es dans la chaîne humaine.

À l’occasion de la fête des Pères, je propose aux lecteurs de ce journal Web un bref dialogue avec un de mes enfants. J’ose me prononcer avec émoi sur la délicate question de la paternité, autant du point de vue du fils ou de la fille, que de celui du père ou de la mère.

Moi - Je suis habité par ce proverbe chinois qui affirme que « Si ton fils (ou ta fille) n’est pas meilleur que toi, tu as gâché ta vie. »

Toi - Père, tu as été le premier héros pour ton fils, le premier amour pour ta fille. Tu nous laisses être désormais le père de soi-même. Il te reste alors de t’inquiéter devant notre liberté gauchement acquise !

Moi - Le vrai père est celui qui sait n’être pas trop père, mais qui effectue un passage de relais. Il transfère à ses enfants le germe de la paternité. Le père est celui qui nous permet d’exister sans la mère.

Toi - Maman m’a appris, étant bébé, que j’étais le centre du monde… le cœur de son univers. Ma mère représentait la sécurité, la chaleur, la compréhension. Je revis parfois aujourd’hui ces confortables sentiments dans mes relations amoureuses, surtout au début, lorsqu’elles sont fusionnelles.

Moi - En effet, la mère aime et protège de façon inconditionnelle et totale. Les fonctions plus spécifiques de la mère sont d’abord de matrice, de nourrice, de protection. Autant de puissantes forces de rétention.

Le rôle du père n’est alors permis qu’à partir du fait que la mère nomme le père et le désigne à l’enfant. « On choisit son père plus souvent qu’on ne le pense » disait Marguerite Yourcenar.

La mission unique du père en est une de distinction, d’identité, d’affirmation. Il dessine les frontières. Il prononce les interdits. Le père éduque ses enfants dans le sens du mot « educere » : conduire à l’extérieur, guider, diriger. Chaque fois que l’on se met en mouvement, que l’on traverse dans l’inconnu, on « fait » du père avec soi-même. Et dans ce sens, ce n’est pas un absolu que le « père » soit le géniteur.

Toi - Je réalise aujourd’hui que les adultes sont aussi des personnes qui ont leurs faiblesses. Il y a des réussites, on compte aussi des espoirs déçus. L’éclat de mon héros a terni et d’autres amours sont venues combler ma vie. Cependant, ce qui est étonnant, c’est que plus je grandissais, plus tu devenais intelligent !

Moi - L’affection du père est presque toujours en conflit avec ses devoirs d’autorité. Le vrai père, c’est celui qui indique les limites pour la sécurité et les horizons pour la liberté. C’est celui qui ouvre le chemin par sa parole et souhaite l’élargir par le témoignage de ses actions. Un exemple, c’est surtout ce qu’un père peut être pour son fils et sa fille.

Toi - Il y a aussi le père vieillissant, à la fois inquiet et heureux de voir sa fille donner le jour à un enfant, de voir « son jeune » batailler pour trouver sa place au soleil, d’observer ses enfants prendre maison. Il y a cet autre père malheureux qui ne se perçoit pas à la hauteur de l’amour qu’il éprouve pour ses enfants.

Moi - Un homme sait qu’il vieillit lorsqu’il commence à ressembler à son père. Je pense que le vrai père cherche l’occasion d’assurer la continuité, de transmettre ce qu’il a reçu, de le léguer amélioré. C’est peut-être ça notre principale raison d’être.

Toi - Mais il y a tellement de choses à apprendre, dans notre monde de plus en plus complexe et changeant. Nous avons besoin d’aide. On doit se choisir à nouveau des pères… des repères.

Moi - Aujourd’hui, avec l’âge, je constate que je sais peu de choses. Mais une certitude persiste, c’est que l’enfant de la femme est le père de l’homme, c’est-à-dire que l’on est déterminé par notre passé (selon Sigmund Freud).

Et que pour s’en libérer, pour que l’enfant soit l’avenir de l’humanité, il faut qu’il devienne, pour lui-même, ses propres père et mère. Comme s’enfanter soi-même !

Dorénavant, pour être un bon père, pour assurer la continuité du Monde, j’écoute mes petits enfants ! Avec toute ma tendresse, Bonne fête des Pères à toi, mon cher fils, à toi ma chère fille.

Gilles Châtillon

Autres textes de l’auteur : www.gilleschatillon.com




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