Mme Marois, par sa déclaration de droite, nous offre une excellente chance de préciser nos idées politiques.
Pouvons-nous faire un Pays sans être politisés ? Être politisé… qu’est-ce que c’est ? Se promener avec le drapeau québécois sur le dos ? Hisser le drapeau canadien dans son jardin ? Je ne crois pas que la politisation se résume à ces caricatures. Je crois qu’être politisé signifie beaucoup plus.
Je crois que la politisation, c’est avant tout une "conscientisation". Je crois aussi que la politique puise en bonne partie son carburant dans l’idéologie. Nos idées "politiques" en plus d’être générées par les besoins de gestions élémentaires sont aussi déterminées par des idéaux. Suite à des constats, des déductions, des analyses, on en vient à se dire que si la société fonctionnait de telle ou telle façon, tout irait mieux.
En fin de semaine, Mme Marois a confirmé que le PQ est un parti résolument à droite. On le sentait depuis PM Johnson et on le voyait bien avec Lucien Bouchard. Aux dernières élections, on disait avec justesse : "ils sont tous pareils" (PQ, ADQ, PLQ). Mme Marois le proclame maintenant haut et fort et va même jusqu’à exclure les "gauchistes" de son parti. Comme dit Monsieur Paul Cliche, les masques sont bel et bien tombés. Le PQ est un parti "libéral" (pour ne pas dire "néolibéral") de droite (pléonasme volontaire).
On peut analyser cet "événement" au niveau "local" et au niveau international.
Quand je dis "au niveau international ", je ne parle pas de l’impact de cette "déclaration" au niveau international. Il n’y a bien sûr aucun impact. Je veux plutôt dire que cette précision que nous apporte Pauline Marois nous situe au niveau international.
Nous avons vécu pendant des décennies la bipolarité sur le plan mondial. Le bloc de l’Est (communiste) et le bloc de l’Ouest (capitaliste). Suite à la chute du mur de Berlin et de l’Empire soviétique, nous avons vécu l’hégémonie néolibérale menée par l’oligarchie mondiale[1]. Depuis l’éveil sud-américain (1999), nous vivons maintenant un retour à la bipolarité. Cette fois-ci le monde bipolaire ne se divise plus en deux blocs bien distincts, mais en deux idéaux bien distincts.
Les deux pôles ne sont plus deux puissances militaires qui se regardent comme des chiens de faïence, mais plutôt deux pôles idéologiques qui s’opposent par leur vision du monde et leurs politiques pour parvenir à mieux servir les populations et, comme dit Evo Morales, président de Bolivie, à mieux respecter notre mère, La Terre.
Les déclarations de Mme Marois ont clarifié où se situe le PQ quant à ces deux pôles mondiaux. Il se situe du côté néolibéral qui a pour règle l’église économique qui dit que la croissance est infinie et que la richesse "se crée". Mme Marois veut travailler pour les riches en se disant que nous pouvons tous devenir "riches" et que la richesse de quelques-uns va rejaillir sur tous.
Dans les faits, la réalité nous montre clairement que la richesse ne rejaillit JAMAIS sur l’ensemble (l’Amérique latine en est un bon exemple. L’homme le plus riche du monde est un Mexicain et le Mexique est un des pays où il y a beaucoup d’inégalité (de pauvreté)).
Autre constat flagrant : la croissance ne peut être "infinie". Notre mère, La Terre, s’épuise et montre des signes d’agonie.
La bipolarité, gauche versus droite, est de plus en plus claire et nous interpelle de façon de plus en plus pressante.
Au niveau "local" (national).
Cette déclaration fracassante et ferme de Mme Marois aura sûrement pour effet de provoquer un "déplacement" de membres. La branche "socialiste" (ou plutôt socialiste-démocrate, parce que le mot "socialiste" tout seul fait encore beaucoup peur dans le cerveau des gens) risque de se déplacer vers un parti vraiment socialiste (QS).
Comme le souligne avec pertinence, Monsieur Paul Cliche, dans son texte « Encore fois les masques sont tombés ! », par "l’expulsion" du club politique SPQ libre, « l’exécutif du Parti québécois a démontré une fois de plus qu’il n’y pas de place au sein d’une formation à l’idéologie néo-libérale pour tout groupe progressiste qui a la moindre épine dorsale. »
On sépare ainsi au PQ ceux qui visent l’enrichissement personnel et ceux qui travaillent à l’enrichissement collectif. Mme Marois nous plonge ainsi dans la réflexion qui s’impose, la gauche ou la droite, le socialisme ou le capitalisme, l’enrichissement personnel ou le partage de la richesse, l’exploitation jusqu’à épuisement de notre mère, La Terre ou protection de notre source de vie.
Bien des aspects politiques doivent être sérieusement considérés lorsqu’on réfléchit et analyse la situation politique locale et mondiale.
Comme le dit M. Cliche, cette prise de position de Mme Marois, « constitue un reniement de l’orientation que le PQ professait depuis sa fondation ». Le PQ social-démocrate n’est plus qu’un souvenir. Le PQ n’est plus qu’une réplique "bleue" du parti libéral.
La question nationale.
Depuis des décennies, notre quasi unique sensibilité politique touche la reconnaissance ou non de notre Pays et c’est encore vrai. La souveraineté, l’indépendance, le Pays, pour certains, est pratiquement l’unique considération à faire lorsqu’on pose son X sur son bulletin de vote. Peu importe l’orientation du parti, gauche ou droite, on regarde celui qui dit que nous serons indépendants demain et on lui accorde notre confiance (et on se fait fourrer).
Les fédéralistes plus capitalistes votaient libéral, et les indépendantistes plus sociaux-démocrates votaient PQ. Maintenant, les néo-libéraux pourront être aussi souverainistes. Ces visionnaires du profit voteront pour le Pays s’ils considèrent que la croissance sera supérieure en étant Indépendant.
Pour Monsieur Sylvain Racine, il ne faut vraiment pas s’attarder à ces ridicules considérations gogauche – dédrette. Il faut surtout voter "stratégique" pour devenir souverain et ensuite on s’occupera du gauche ou droite lorsque nous aurons notre Pays entre les mains.
Monsieur Racine, voit avec raison, que les forces souverainistes se trouvent divisées et il en conclue que « la pire chose qu’il pourrait arriver, ce serait que le SPQ libre se joigne à Québec solidaire dans un esprit revanchard. »
Revanchard… le terme est-il bien choisi ? Est-ce que c’est qu’être "revanchard" de joindre un parti qui correspond mieux à ses convictions politiques profondes ?
Monsieur Racine délaisse plusieurs aspects de la politique pour ne parler que d’Indépendance. Mais comment peut-on vouloir faire un Pays sans dire comment nous le voulons ?
Je crois qu’il est difficilement envisageable de vouloir un Pays sans savoir comment on l’entrevoit. C’est pourquoi QS parle de le définir avant en mettant sur pied une Assemblée constituante qui l’établirait clairement. Mais, ici, nous entrons dans un grand débat de l’œuf ou de la poule. Faire le Pays avant de le proclamer ou le proclamer sans savoir quel est le Pays que l’on proclame.
Je crois que le Pays est vraiment important et que nous devons marcher à le faire, mais je crois aussi que le positionnement politique de chacun (gauche ou droite) est aussi très important. Il est important de choisir un parti en fonction de ses convictions politiques profondes. Il est important de penser au genre de pays que l’on veut.
Je ne crois pas qu’un parti puisse faire le Pays. Je crois que le Pays se fera par un mouvement souverainiste regroupant plusieurs partis et plusieurs allégeances. Je crois que nous devons mettre en place la représentation proportionnelle et que nous devons avoir des gouvernements de coalition, plus représentatifs de ce que la majorité désire.
Avant de pouvoir faire le Pays, nous devons réussir à enlever ceux qui se mettent les deux mains sur le volant en étant élus par un semblant de majorité absolue (42% pour le PLQ contre 58% qui ont voté pour autre chose que le PLQ).
La migration vers Québec Solidaire.
Contrairement à Monsieur Racine, je ne crois pas que si le SPQ libre vient renforcer les troupes de QS, ce soit "la pire" chose qui puisse arriver. Je crois au contraire, à l’instar de ce qui se passe au niveau mondial, que nous devons au niveau national, bien définir les pôles qui nous animent et confronter les idées radicalement différentes qui influencent les prises de décision.
Je crois que la gauche doit s’unir pour éviter que la droite ne démantèle l’État au profit des vautours du privé en présentant ces derniers comme des sauveteurs. Je crois que cette prise de position claire de Mme Marois ne peut qu’être bénéfique pour clarifier les vrais enjeux de la société.
Pour le Pays, il faut que les forces, tant de droite que de gauche, s’unissent. Le Pays ne se fera pas avec un parti. Il faut qu’une coalition de partis pousse le gouvernement à mettre en marche un processus pour parvenir à notre indépendance.
Serge Charbonneau Québec
[1] Les super-riches sont de retour (sic) http://www.lemonde.fr/international...
Le collectif Sauvons les riches remettent un diplôme de "fils à papa" à Jean Sarkozy
http://www.lemonde.fr/societe/artic...
Liste des milliardaires de 1991 à 2010 http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...


