Mme Hébert,
En lisant votre longue lettre à Mme Pauline Marois, j’ai eu la désagréable impression que vous étiez en service commandé pour essayer de ramener au bercail du Parti québécois les "brebis égarées". Si tel est le cas, je vous dirai d’entrée de jeu que vous perdez votre temps et vous nous faites perdre le nôtre.
D’abord, je doute fort que Mme Marois réponde à votre lettre et si elle fait, ce sera fait "en langue de bois", le langage des "initiés" politiques et des politiciens professionnels qui sont habitués à parler des "2 coins de la bouche" dans les "4 coins des comtés". Avec le temps, on a déchiffré la technique et on est devenu imperméable autant que les canards. Et vous parlez à "vieux" pro avec 35 ans de militantisme bénévole dans le corps, pas un "jeune loup" qui veut faire carrière en politique "provinciale" pour encaisser les honneurs, les privilèges, la gloire, l’argent public et les bénéfices marginaux.
Deuxièmement, je vous invite à une démarche plus simple : essayez de mettre la main sur un exemplaire du programme "officiel" du Parti québécois voté lors du XVè Congrès de juin 2005 - il n’y a pas eu d’autre congrès depuis ce temps - et lisez attentivement le chapitre 1.2.3, concernant l’accession à l’indépendance. Je dis "essayez" tout simplement parce que vous allez vous rendre compte que le programme officiel est disparu "comme par enchantement" du site du Parti québécois.
Si vous parvenez à mettre la main dessus après avoir fait un effort important, vous allez vous rendre compte que le PQ a l’obligation en vertu de ce programme de préparer et de présenter à l’électorat un "projet de pays", accompagné d’un budget d’un Québec souverain et d’en faire le thème de l’élection. Ensuite, dans une deuxième étape, le PQ a l’obligation de tenir 3 consultations populaires : une précédant le référendum, une autre lors du référendum et une dernière sur un projet de constitution.
C’est cela le programme du Parti en matière d’accession à l’indépendance. Pas besoin de vous casser la tête et d’envoyer de longues lettres à la cheffe. Il suffit juste de faire respecter le programme.
Une fois que vous aurez le programme en main et que vous aurez lu le chapitre 1.2.3. sur l’accession à l’indépendance, procurez-vous la résolution adoptée par le Conseil National de mars 2008 et comparez les deux. Vous allez alors réaliser qu’il s’agit de 2 démarches complètement différentes : la première, indépendantiste (le projet de pays) et la deuxième, affirmationniste et provincialiste (à la Pierre-Marc Johnson). En plus vous allez vous rendre compte que, pour la première fois en 40 ans, l’article 1 qui a toujours été de "réaliser la souveraineté du Québec" n’existe plus ! Vous n’allez pas retrouver non plus ni le projet de pays ni l’obligation référendaire. TOUT A ÉTÉ EFFACÉ.
Une fois ce constat effectué, vous essayerez de me démontrer, noir sur blanc, en vertu des statuts, comment un simple conseil national possède la juridiction ou le droit de violer les dispositions impératives du Congrès, qui est l’instance suprême du parti.
C’est le défi qui je vous lance. Et si vous croyez que vous devez écrire encore une fois à Mme Marois, demandez-lui des explications à ce sujet.
Elle a besoin d’avoir un maudit bon avocat pour répondre, car elle ne pourra pas.
Conclusion : en 2005, nous avions un excellent programme - un projet de pays - et un excellent chef, Bernard Landry. Le projet de pays a été jeté aux poubelles délibérément et en violation du programme et des statuts - une première en 40 ans et du jamais vu - et vous vous êtes là à essayer de nous convaincre qu’il faut encore militer ou voter pour ce parti.
Je n’ai rien contre le PQ. Mais j’en ai contre le PQBoisclair et le PQMarois responsables de ce gâchis. L’indépendance d’un pays, d’un peuple, d’une nation se fait ouvertement, clairement, honnêtement et par la grande porte. Pas en catimini par la porte d’en arrière.
Coutd’onc, Mme Hébert, je rêve ou quoi ?
Pierre Cloutier
***
PS - Après vérification, je me suis rendu compte aujourd’hui, jeudi 21 mai, que le programme officiel du Parti québécois voté lors du XVè Congrès de juin 2005 est réapparu sur le site web du Parti québécois après plusieurs mois d’absence. Mes interventions à ce sujet ont sans doute porté fruit.
Les militants pourront donc consulter le chapitre 1.2.3 du programme concernant l’obligation pour le PQ de préparer et de présenter à l’électorat un "projet de pays", accompagné d’un budget d’un Québec souverain et d’en faire le thème de l’élection. On pourra également lire l’obligation référendaire prévu au chapitre suivant.
Une fois que les militants auront lu ce chapitre, ils pourront le comparer avec la résolution du Conseil National de mars 2008, dans la "plate-forme" du parti, qui propose une démarche complète contradictoire concernant l’accession à la souveraineté.
D’entrée de jeu, il n’est plus question à l’article 1 de "réaliser la souveraineté du Québec" mais de "faire progresser le Québec en attendant son accession au statut de pays.
Deuxièmement, il n’est plus question de préparer un projet de pays accompagné d’un budget d’un Québec souverain et d’en faire le thème de l’élection.
Troisièmement, il n’est plus question de tenir un référendum.
Question : comment un simple Conseil National peut-il annuler des décisions qui ont été prises en congrès, qui est l’instance suprême du parti, selon les statuts ?
Le PQBoisclair et le PQMarois ont refusé, coup sur coup, de préparer et de présenter à l’électorat le projet de pays ordonné par le XVè Congrès et lui ont substituer, en lieu et place, des "plates-formes" strictement provinciales.
Comme le prochain congrès du PQ aura lieu cette année ou en 2010, c’est-à-dire, avant le prochain rendez-vous électoral, ce sera un jeu avant pour les dirigeants du PQMarois d’enterrer définitivement le "projet de pays" voté en 2005.
Et vogue la galère péquiste !
Pierre Cloutier


