Q Quand quelqu’un comme Victor-Lévy Beaulieu vous traite de reine-nègre, ça vous offusque ?
R Bien sûr que ça m’offusque. Bien sûr. Parce que d’une part, j’ai trouvé ça totalement gratuit. Je n’ai pas compris. J’ai beaucoup de respect pour l’écrivain qu’il est. Et je n’ai pas compris. En plus, dans le texte, quand on le lit attentivement (...) c’est une critique qui est totalement à côté de la personne que je suis. À côté même de l’exercice de mon rôle, à côté des gestes que je pose. À côté des valeurs que je défends. (...)
Q Parlons du lancement en France des festivités du 400e de Québec. Vous avez été la cible de nombreuses critiques. Vous avez notamment dit que vous souhaitiez faire du Canada « une authentique nation ». N’avez-vous pas l’impression de vous être donné un rôle politique qui n’est pas le vôtre, comme l’ont dit certains critiques. Cette fois et peut-être à d’autres occasions depuis le début de votre mandat ?
R Quand on est gouverneure générale, on a cette possibilité d’explorer ce pays de façon encore plus intense, plus nette. Ce pays est immense. La possibilité que j’ai de par mes fonctions, c’est de le parcourir de fond en comble.
Q Mais vous êtes-vous donné un rôle politique qui n’est pas le vôtre ?
R Pourquoi ? Dans quel sens ? D’abord il faut comprendre mon rôle. Mon rôle c’est vraiment d’être un catalyseur. Une autorité morale, qui se porte aussi garante de la bonne gouvernance dans ce pays. (...) Et en même temps, ce que le gouverneur général fait, c’est qu’il peut aussi être celui qui consolide le lien social. Quand je parle d’une nation authentique... Ce journaliste avait fait référence au fait que dans le (quotidien) Globe and Mail, on demandait aux Canadiens : dans votre esprit, qui sont les nation builders (les bâtisseurs de la nation) ? À ce moment-là, pour beaucoup de Canadiens, j’apparaissais comme une nation builder. Ce journaliste était parti de ça. Mais je suis très consciente que le Canada est formé de nombreuses nations.”
A propos des critiques que de nombreux participants de Vigile ont faites du rôle politique que se donne la gouverneure générale, elle dit :
“C’est une critique qui est totalement à côté de la personne que je suis. À côté même de l’exercice de mon rôle, à côté des gestes que je pose. À côté des valeurs que je défends.”
Selon elle, sa personne et ses valeurs ne font qu’un avec l’exercice de son rôle et des gestes qu’elle pose dans l’exercice de sa fonction. Il y a donc fusion de la personne et de la fonction à l’opposé de ce que Montaigne recommande quand il écrit : “Le maire et moi sommes deux.” C’est sa première erreur.
A la question : Quand quelqu’un comme Victor-Lévy Beaulieu vous traite de reine-nègre, ça vous offusque ?, elle répond :
R Bien sûr que ça m’offusque. Bien sûr. Parce que d’une part, j’ai trouvé ça totalement gratuit. Je n’ai pas compris. J’ai beaucoup de respect pour l’écrivain qu’il est. Et je n’ai pas compris.
Je me demande si l’expression Reine-Nègre n’a pas fait obstacle à sa compréhension.
Mais toujours est-il qu’elle trouve notre critique du rôle politique qu’elle se donne “totalement gratuite” : “Je n’ai pas compris” dit-elle deux fois. Alors ou bien c’est une inconsciente ou elle est de mauvaise foi. C’est un des deux ou les deux à la fois.
Mais n’est-ce pas son rôle d’être une “nation builder” ; elle parle de bâtir “une nation authentique”. Je vous l’avais dit que cette représentante de la Reine d’Angleterre qui fonctionne en porte-à-faux cherche l’authentique et c’est pour cela qu’elle cite Gaston Miron et Pauline Julien à côté des Plaines d’Abraham sous une pluie torrentielle en participant à des cérémonies où on déforme l’histoire en essayant de nous faire croire que la gouverneure générale du Canada est une descendante directe de Samuel de Champlain dans une entreprise sans précédent de ce que Luc Archambault appelle en utilisant un barbarisme la “canadianisation” des fêtes du 400è de Québec par d’autres spécialistes de l’authenticité. Comme Justin Trudeau, Michëlle Jean veut bâtir une nation authentique.
Dernière source de confusion. Elle dit :
“ À ce moment-là, pour beaucoup de Canadiens, j’apparaissais comme une nation builder. Mais je suis très consciente que le Canada est formé de nombreuses nations.”
On est loin des deux nations fondatrices du Canada et on est loin de “Les Québécois forment une nation dans un Canada uni.”
Pour nous, Michaëlle Jean comprend mal son rôle, n’a aucune autorité morale, n’est pas du tout une “’nation builder”. Elle est plutôt une source de division par son faux idéalisme et sa fausse naîveté (payante pour elle et son conjoint) bien intentionnée et inauthentique. Rien de plus néfaste qu’une personne qui joue un rôle politique critiquable et qui, devant ces critiques, dit : “C’est totalement gratuit. Je ne comprends pas.” Il faudrait donner accès au dossier Michaëlle Jean dans Vigile.net à cette ancienne journaliste qui avait la prétention d’expliquer le monde à ses auditeurs et qui fait semblant de ne pas comprendre le b a ba de la politique québécoise. Avis à ses recherchistes grassement payés à même nos taxes. Si vous faisiez votre travail, vous présenteriez à Sa Majesté Michaëlle un résumé de nos critiques pour qu’elle arrête de dire qu’elles sont totalement gratuites et qu’elle ne les comprend pas au risque de se faire traiter de royale nounoune de mauvaise foi victime d’aveuglement volontaire.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 22 novembre 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

