Michael Ignatieff, héritier d’une grande famille aristocratique russe - De chancelier du tsar à premier ministre du Canada ?

samedi 30 mai 2009

Au Canada, à l’instar d’autres pays, on assiste à une professionnalisation croissante de l’engagement public. Les politiciens sont aujourd’hui de véritables professionnels de la politique à la recherche constante de techniques et de moyens susceptibles de favoriser leur réélection. Dans ce contexte, la motivation première de nos élus n’est sans doute pas la défense des intérêts de leurs concitoyens, mais plutôt la promotion de leur carrière, laquelle passe bien sûr par une réélection.

À ce phénomène bien connu, on peut ajouter que les politiciens fédéraux souffrent d’un manque évident de leadership. En fait, depuis Pierre E. Trudeau, aucun politicien sur la scène fédérale n’a été en mesure de proposer un projet de société stimulant et dynamique.

L’ère Mulroney a été ébranlée par des scandales de toutes sortes et par les douloureux échecs constitutionnels. Le règne de Jean Chrétien fut marqué par une importante période d’austérité budgétaire et par un manque de vision à long terme. Finalement, depuis 2004, se succèdent des premiers ministres plutôt ternes, incapables de générer une majorité à la Chambre des communes.

Cette professionnalisation de la politique et l’absence d’un leadership fort depuis plus de 25 ans sont des éléments, parmi d’autres, qui peuvent expliquer la faiblesse croissante du taux de participation et le désengagement volontaire des citoyens envers la chose publique.

Cependant, en politique, on le sait, les événements peuvent rapidement évoluer et l’arrivée toute récente de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral est peut-être susceptible de changer cette dynamique.

L’héritier de ses ancêtres ?

À l’évidence, Michael Ignatieff n’est pas un politicien comme les autres. D’abord, il n’est pas un professionnel de la politique et son engagement tardif sur la scène fédérale prouve peut-être que la politique a pour lui d’autres fonctions que celle d’exercer un « simple métier » au Parlement d’Ottawa. Ensuite et surtout, Michael Ignatieff semble avoir une idée du sens qu’il entend donner à son engagement politique.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir ses deux essais historiques L’Album russe et Terre de nos aïeux, deux livres qui relatent, à leur manière, des conceptions différentes de l’engagement politique des ancêtres de Michael Ignatieff. À la lecture de L’Album russe, on découvre que le chef du Parti libéral est l’héritier d’une grande famille aristocratique russe qui a servi le tsar jusqu’à l’effondrement du régime en 1917. Les Ignatieff, qui furent chanceliers et ministres, étaient des hommes d’État destinés à servir leur pays et qui n’hésitèrent pas à mettre en oeuvre des réformes ambitieuses. Le portrait que nous dresse Michael Ignatieff de ses ancêtres russes n’est pas sans évoquer Richelieu et la raison d’État.

Dans Terre de nos aïeux, publié récemment, le chef de l’opposition raconte l’histoire de sa famille maternelle, les Grant, une famille d’intellectuels canadiens qui a bâti le Canada en fondant des universités, en ouvrant l’Ouest à la colonisation et en se battant pour l’émancipation du Canada de la tutelle britannique.

Par ces deux récits, Michael Ignatieff se présente donc comme un homme d’État qui cherche d’abord à servir son pays sans poursuivre d’objectif strictement partisan et personnel. Ensuite, il cherche aussi à se définir comme un bâtisseur moderne du Canada, susceptible d’insuffler un leadership dynamique qui permettrait, à terme, de concrétiser le rêve des pères fondateurs de la Confédération de faire du Canada une des grandes puissances du XXIe siècle. Voilà un sens de l’engagement politique qui, avouons-le, contraste avec le leadership politique manifesté aux cours des deux dernières décennies.

Quel Canada pour Michael Ignatieff ?

Même si le chef du Parti libéral du Canada semble se présenter avantageusement comme un serviteur de l’État et comme un futur bâtisseur du Canada, il se garde bien jusqu’à présent d’indiquer clairement les grandes orientations qu’il entend donner à son action politique.

Tout au plus indique-t-il brièvement dans Terre de nos aïeux certains projets comme un train à grande vitesse d’est en ouest, l’ouverture du passage de l’Arctique et le développement de l’hydroélectricité — dans un axe est-ouest plutôt que nord-sud —, sans définir clairement ses ambitieux projets. D’ailleurs, soulignons que l’obsession du développement est-ouest est un projet révolu, appartenant à une autre époque, et le chef du Parti libéral aurait tout avantage à proposer des idées plus contemporaines.

Sortir des sentiers battus

Malgré un appel à la tolérance envers la différence québécoise, Michael Ignatieff est peu loquace sur sa vision de la fédération et sur la place que devrait y tenir le Québec. En outre, on pourra reprocher à Ignatieff d’afficher récemment un sens du patriotisme un peu opportuniste, lui qui est davantage reconnu comme un homme cosmopolite ayant fait sa carrière universitaire et journalistique à l’étranger.

Pour être un véritable bâtisseur, le nouveau chef du Parti libéral devra sortir des sentiers déjà battus par ses ancêtres et s’attaquer aux grands défis d’un Canada du

XXIe siècle en proposant des solutions à la grave crise économique et financière qui touche actuellement l’ensemble de la planète. Surtout, il devra démontrer aux Canadiens qu’ils peuvent tirer profit des enjeux de demain comme l’environnement et la mondialisation, sans pour autant perdre leur identité... et peut-être le rêve de leurs ancêtres !

***

Antonin-Xavier Fournier, Candidat au doctorat à l’UQAM et professeur de science politique au Cégep de Sherbrooke


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