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A Ouhgo et à Serge Gautthier
Menaud aurait voté OUI ; Savard a voté NON
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
vendredi 26 juin 2009      183 visites      4 messages


Je vous signale une analyse que j’ai publiée dans “La fin du mépris” (écrits politiques et littéraires (1966-1976) Parti pris, 1978, intitulée : Essai d’interprétation de Menaud maître-draveur. Mon livre est facilement trouvable dans les bibliothèques publiques.

Mgr Savard signait ses lettres Menaud. J’ai démontré par une étude interne de l’oeuvre qu’il s’agit là d’une sorte d’imposture. Le narrateur, à première vue, décrit le drame de Menaud avec sympathie. Pourtant, la violence de Menaud est incompatible avec l’idéologie de Mgr Savard.

Le problème de Menaud est un problème économique et un problème politique. Devant ce problème, Menaud concevra un projet de révolte violent ; un projet de fidélité aux valeurs du passé : le français. la religion catholique, l’agriculture, nos coutumes, nos chansons ; un projet séditieux au niveau de l’action, abattre les clôtures, continuer à chasser dans la forêt propriété des Anglais de la compagnie. Mgr Savard approuve la fidélité au passé mais rejette la violence.

Le obstacles que Savard accumule devant le projet violent de Menaud indiquent son opposition radicale à ce projet. A ce projet de révolte et de violence, il oppose la sagesse du paysan Josime et sa réaction négative. La prédominance de la méditation sur l’action, la fonction de la poésie dans le récit, les thèmes concrets de l’arbre qu’on abat, de l’eau qui tue le fils de Menaud, du feu qui détruit indiquent que le projet de Savard n’est pas le même que le projet de Menaud.

Au problème économique de Menaud, la solution de Savard est la colonisation de l’Abitibi pour fuir l’industrialisation qui est le fait de l’Anglais. Au problème politique, il n’y a pas de solution devant les députés patroneux. Et la révolte de Menaud est un cul-de-sac : elle conduit à la mort du fils par la violence de l’eau et à la folie de Menaud qui s’est perdu dans la tempête de neige en pleine forêt. Cette folie est un avertissement. si vous vous révoltez vous deviendrez fou comme Menaud et vous ferez peur aux enfants.

Le roman de Savard est un hymne macabre à l’impuissance. Savard est un conservateur.

Pas surprenant que son auteur ait voté NON devant le projet de pays proposé par les souverainistes, Menaud aurait voté OUI.

Les descendants de Menaud dans Charlevoix et au Saguenay-Lac St-Jean votent majoritairement OUI à l’indépendance. Eux, ils sont fidèles à Menaud. Savard NON.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 25 juin 2009




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Vos commentaires:
  • Menaud aurait voté OUI ; Savard a voté NON
    27 juin 2009, par Marie Mance Vallée

    J’ai lu plusieurs fois Menaud et vous avez tout à fait raison : Menaud aurait voté OUI.

    L’entreprise de destruction de nos héros se poursuit. C’est le désespoir qui a emporté Menaud.

    Je vous remercie donc d’avoir apporté votre point de vue.

    Marie Mance V


  • Menaud aurait voté OUI ; Savard a voté NON
    27 juin 2009, par O
    Mme MMV, Pas sûr de bien interpréter votre "entreprise de destruction de nos héros"... En tout cas, pour clarifier ma position, qui a amené M.Barberis-Gervais à nous rappeler son précieux travail de recherche, je repique ici un extrait de mon intervention : "Serge Gauthier nous apprend que Savard subit une étroite influence du folkloriste Marius Barbeau, dont la carrière au musée national du Canada à Ottawa en fit un scientifique (...)

    Lire ce commentaire

    Mme MMV,

    Pas sûr de bien interpréter votre "entreprise de destruction de nos héros"... En tout cas, pour clarifier ma position, qui a amené M.Barberis-Gervais à nous rappeler son précieux travail de recherche, je repique ici un extrait de mon intervention :

    "Serge Gauthier nous apprend que Savard subit une étroite influence du folkloriste Marius Barbeau, dont la carrière au musée national du Canada à Ottawa en fit un scientifique dénationalisé, à la pensée assimilable à celle d’un Canadien de langue anglaise.

    Cette amitié entre folkloristes explique pourquoi le vocabulaire de Menaud évolue de la révolte à l’acceptation entre les éditions de 1937 et la décennie 1980. Au début, Menaud se trouve opprimé par la multinationale forestière Price du Saguenay et son monologue intérieur parle de colère et de vengeance. Progressivement, Félix-Antoine Savard déplace géographiquement l’intrigue de son personnage vers Charlevoix. Là-bas, le contexte socio-économique diffère. Pas de coupe forestière massive, mais exploitation de croisières luxueuses sur le fjord du Saguenay et villégiature à Murray Bay (Pointe-au-Pic) dans les environs du chic Manoir Richelieu. L’humble peuple local y trouve son compte comme pourvoyeur au profit de ces riches touristes anglophones. Certains trouvent même une certaine fierté à côtoyer au quotidien une classe sociale qui démontre une certaine politesse envers leurs fidèles serviteurs… (travail moins rude que la drave ?)

    À l’échelle du Québec entier, l’évolution des mentalités d’un peuple conquis, résigné, collaborateur pour alléger le joug, mène à des situations comme nous vivons aujourd’hui à la Fête nationale : Cessons les chicanes, célébrons la durée du français en anglais…"

    Ainsi, ce que je porte à la connaissance de nos camarades vigiliens, c’est ma rencontre toute récente avec l’auteur charlevoisien Serge Gauthier. Celui-ci n’est sûrement pas en train de démolir Menaud... Il nous révèle plutôt l’évolution de la pensée de l’auteur, Félix-Antoine, sur presque 50 ans ! N’est-il pas intéressant de réaliser que cet écrivain suivit une démarche prémonitoire pour notre peuple ?

    Gauthier a fait la démarche de scruter les éditions successives de Menaud et il a observé que Félix-Antoine a progressivement modifié les répliques de son héros Menaud... Ceci échapperait sans doute à un lecteur qui s’en tient à une seule et même édition, même lue plusieurs fois. En 1937, Savard dépeint un Menaud en colère, révolté contre l’exploitation des bûcherons par la Price Brothers au Saguenay. Dans les plus récentes éditions, ce que nous révèle Gauthier, c’est que Menaud vit dans un milieu moins agressant, Charlevoix au lieu de Saguenay et qu’il se résigne à une vie moins rude mais servile, auprès des riches touristes anglais...

    Cette révélation, pour moi, parle de l’auteur Mgr Félix-Antoine Savard et de l’évolution de sa pensée, au contact d’un grand folkloriste d’Ottawa. Gauthier ne m’est pas apparu en train de démolir Menaud. Je me suis, bien sûr, attristé d’apprendre que cet écrivain d’un roman, célèbre par un paysage intemporel de notre géographie, est allé au bout de son raisonnement et a opté pour l’assimilation. Ce n’est pas notre préférence ici, su Vigile, mais il semble que ce soit l’option que s’apprête à prendre l’ensemble de notre peuple. De guerre lasse, supprimer les irritants qui nous viennent de notre différence identitaire ancestrale et emboîter le pas à la vague de dilution mondialisante d’une nation dans l’océan anglophone...


  • Menaud aurait voté OUI ; Savard a voté NON
    28 juin 2009, par Marie Mance Vallée
    J’avais lu un article sur ce sujet dans le journal dernièrement et j’ai été assez surprise de la position de M. Gauthier. Dans Le Devoir, je crois. Je n’ai même pas lu cet article en entier parce que le coeur m’a manqué. J’aurais dû prendre sur moi. Et je me suis fait la réflexion suivante : « Encore un qu’on veut détruire... Ils finiront par détruire tous nos héros ». J’avais même trouvé cela triste (...)

    Lire ce commentaire

    J’avais lu un article sur ce sujet dans le journal dernièrement et j’ai été assez surprise de la position de M. Gauthier. Dans Le Devoir, je crois. Je n’ai même pas lu cet article en entier parce que le coeur m’a manqué. J’aurais dû prendre sur moi. Et je me suis fait la réflexion suivante : « Encore un qu’on veut détruire... Ils finiront par détruire tous nos héros ». J’avais même trouvé cela triste parce que M. Gauthier a fait beaucoup de recherches et des plus intéressantes sur la région de Charlevoix. Je suis depuis plusieurs années tous ses travaux. Il est un héros à sa manière.

    La famille de maman est originaire des Éboulements et j’y ai encore de la parenté à l’Anse-St-Jean, à la Malbaie, à Pointe-au-Pic. La famille Duchesne a même une maison classée patrimoniale à l’Anse-Saint-Jean. Alors vous comprenez, les frères de maman étaient draveurs, que mon enfance a été bercée de la triste histoire de Menaud. Nous l’apprenions, nous la récitions presque par coeur, nous en avions fait notre idéal. Je me souviens encore de quelques phrases :

    « Nous sommes d’une race qui ne sait pas mourir ». « Nous sommes venus il y a trois cents ans et nous sommes restés ».

    Et là, la situation devenait presque dramatique, et je me souviens du fier et encourageant regard de mes parents, nous reprenions notre souffle et nous récitions :

    « Une clameur s’éleva ! Tous les hommes et toutes les gaffes se figèrent, immobiles...Ainsi les longues quenouilles sèches avant les frissons glacés de l’automne. Joson, sur la queue de l’embâcle était emporté, là-bas... Il n’avait pu sauter à temps. Menaud se leva. Devant lui, hurlait la rivière en bête qui veut tuer. Mais il ne put qu’étreindre du regard l’enfant qui s’en allait, contre lequel tout se dressait haineusement, comme des loups quand ils cernent le chevreuil enneigé. (... ??? j’ai oublié) puis tout disparut dans les gueules du torrent engloutisseur. Menaud fit quelques pas en arrière et comme un boeuf qu’on assomme, s’écroula, le visage dans le noir des mousses froides. »

    Monsieur O, j’ai sans doute fait une mauvaise interprétation et je vous remercie de votre mise au point. Je m’en excuse auprès des lecteurs de Vigile. Vous aurez compris, je l’espère, que je ne puis plus entendre qui que ce soit démolir nos héros, ces héros qui nous ont fait jusqu’à tout récemment et qui nous ont permis, à leur manière, de survivre. Alors pourquoi les détruire, si ce n’est pour nous dénationaliser encore plus... Un lavage de cerveau...

    La mondialisation et la disparition des états, des nations, des langues finiront-elles par nous emporter, tel Joson. Quant à moi, je préfère garder une certaine émotivité face à notre Histoire. J’ai la conviction profonde que c’est préférable. À vouloir tout rationaliser, tout réviser, nous perdons le meilleur de nous-mêmes. Et les résultats sont désastreux.

    Marie Mance Vallée


  • Menaud aurait voté OUI ; Savard a voté NON
    29 juin 2009

    Peu après la troublante déclaration de Félix-Antoine Savard, je me suis rendu chez lui à Saint-Joseph-de-la rive. J’ai réalisé un long entretien de plus de 2 heures avec lui, resté inédit, dans lequel Savard affirme que Menaud serait avec les manifestants dans la rue pour défendre le fait français.

    Outre ses liens avec Marius Barbeau, on escamote le principal : la Papeterie Saint-Gilles, son ultime rêve, n’existait que maintenu par une richissime famille anglophone. Sans eux, cela n’aurait pas pu se rentabiliser.

    Sa déclaration était une reconnaissance de sa dépendance extrême à ces gens, surtout que son homosexualité avait fait scandale à l’Université Laval et avait provoqué une certaine déchéance dans ce milieu qui avait été le sien et son exil forcé dans cette résidence où la visite de jeunes hommes lui était formellement interdite, m’avait-il affirmé alors.

    Savard était un homme traqué ; Menaud restait son illusion antagoniste. Toute sa vie fut un travestissement. Cet homme était habité par la peur. Ce fut en effet un perdant magnifique, mais un perdant quand même !

    Merci Robert de cette incursion et ce rappel d’un livre que j’ai eu plaisir à éditer.

    Gaëtan Dostie



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