Je vous signale une analyse que j’ai publiée dans “La fin du mépris” (écrits politiques et littéraires (1966-1976) Parti pris, 1978, intitulée : Essai d’interprétation de Menaud maître-draveur. Mon livre est facilement trouvable dans les bibliothèques publiques.
Mgr Savard signait ses lettres Menaud. J’ai démontré par une étude interne de l’oeuvre qu’il s’agit là d’une sorte d’imposture. Le narrateur, à première vue, décrit le drame de Menaud avec sympathie. Pourtant, la violence de Menaud est incompatible avec l’idéologie de Mgr Savard.
Le problème de Menaud est un problème économique et un problème politique. Devant ce problème, Menaud concevra un projet de révolte violent ; un projet de fidélité aux valeurs du passé : le français. la religion catholique, l’agriculture, nos coutumes, nos chansons ; un projet séditieux au niveau de l’action, abattre les clôtures, continuer à chasser dans la forêt propriété des Anglais de la compagnie. Mgr Savard approuve la fidélité au passé mais rejette la violence.
Le obstacles que Savard accumule devant le projet violent de Menaud indiquent son opposition radicale à ce projet. A ce projet de révolte et de violence, il oppose la sagesse du paysan Josime et sa réaction négative. La prédominance de la méditation sur l’action, la fonction de la poésie dans le récit, les thèmes concrets de l’arbre qu’on abat, de l’eau qui tue le fils de Menaud, du feu qui détruit indiquent que le projet de Savard n’est pas le même que le projet de Menaud.
Au problème économique de Menaud, la solution de Savard est la colonisation de l’Abitibi pour fuir l’industrialisation qui est le fait de l’Anglais. Au problème politique, il n’y a pas de solution devant les députés patroneux. Et la révolte de Menaud est un cul-de-sac : elle conduit à la mort du fils par la violence de l’eau et à la folie de Menaud qui s’est perdu dans la tempête de neige en pleine forêt. Cette folie est un avertissement. si vous vous révoltez vous deviendrez fou comme Menaud et vous ferez peur aux enfants.
Le roman de Savard est un hymne macabre à l’impuissance. Savard est un conservateur.
Pas surprenant que son auteur ait voté NON devant le projet de pays proposé par les souverainistes, Menaud aurait voté OUI.
Les descendants de Menaud dans Charlevoix et au Saguenay-Lac St-Jean votent majoritairement OUI à l’indépendance. Eux, ils sont fidèles à Menaud. Savard NON.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 25 juin 2009
