EN AVANT-PREMIÈRE : EXTRAIT DU LIVRE DE GABRIEL DUMONT, Souvenirs de résistance d’un immortel de l’Ouest
Les Éditions Cornac, de Québec, nous autorisent aimablement à publier
quelques extraits de l’ouvrage de Gabriel Dumont, Souvenirs de résistance d’un immortel de l’Ouest (présentation et notes de Denis
Combet et Ismène Toussaint), qui sera disponible dans toutes les librairies
à partir du mois d’avril 2009.
La résistance de 1885 dans l’Ouest canadien, telle que vous ne l’avez jamais lue ! Ainsi pourrait-on définir ce livre qui plonge le lecteur au cœur-même des batailles du lac aux Canards, de l’Anse aux Poissons et de Batoche, grâce à trois textes que le célèbre adjudant-général des Métis avait dictés à des contemporains : Mémoires, Récit et Souvenirs de résistance. Après avoir dormi plus de cent ans dans les archives, ils sont publiés ici pour la première fois dans leur intégralité avec une présentation de deux des meilleurs spécialistes actuels des Métis. Enrichis de témoignages inédits de combattants métis, de correspondances, elles aussi inédites, et d’articles de journaux d’époque, ils révèlent des aspects totalement inconnus de Gabriel Dumont : l’ami d’Honoré Mercier, Premier ministre du Bas-Canada ; l’épistolier, qui correspondit avec les plus hautes personnalités politiques de son temps ; le conférencier, dont le charisme inattendu séduisit le peuple québécois ; le militant pacifique, coqueluche des médias ; l’homme de cœur et d’union qui, jusqu’à la fin de sa vie, échafauda les plans les plus audacieux pour tenter de sauver son peuple.
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« Comme, dans leur fuite, ils devaient traverser une clairière, je m’embusquai en disant à mes hommes : « Courage, je vais faire sauter les capots rouges dans leurs voitures à coups de cartouches ! » ; et alors je riais, non pas que j’eusse plaisir à tuer, mais je le faisais pour donner du courage à mes gens.
Comme je m’ambitionnais à culbuter les capots rouges, je ne pensais pas à m’effacer et une balle est venue me sillonner le crâne, sur lequel se voit encore une cicatrice profonde ; j’ai tombé assis et mon cheval, blessé aussi, a passé sur moi pour se sauver. Nous étions alors à 60 verges de l’ennemi. Je voulus me relever, mais le choc avait été si violent que je ne le pus. Quand Joseph Delorme me vit retomber, il cria que j’étais tué. Je lui dis : « Courage, quand la tête n’est pas perdue, on ne meurt pas ! »
J’ai alors recommandé à Baptiste Vandal de prendre mes cartouches et ma carabine, qui était fameuse et qui portait à 800 verges.
Tout le temps du combat, ce Delorme était à mes côtés, se battant comme un lion. Mais avant, il m’avait dit : « Je n’ai jamais été au feu, ne me ménagez pas et excitez-moi sans cesse en cas que j’aie peur ! »
En me voyant tomber, mon frère Édouard a foncé sur moi pour m’entraîner dans le ravin, mais je lui ai dit d’aller plutôt vers nos gens qui semblaient découragés de ma chute. Il les rallia : ils poussèrent des cris de joie et recommencèrent le feu. C’est alors qu’est tombé près de moi mon cousin Auguste Laframboise, auquel je recommandais quelques instants avant de ne pas tant s’exposer. Une balle l’avait atteint au bras et lui avait traversé le corps. Je me suis traîné à lui en rampant, disant en moi-même : « Je vais toujours aller lui faire une petite prière » ; mais en voulant faire le signe de la croix de la main gauche, vu que j’avais le côté droit paralysé, j’ai tombé sur le côté et j’ai dit en riant : « Cousin, je vous la devrai. »
J’aurai voulu lui dire la prière que j’avais composée lorsque nous avions reçu la bénédiction du prêtre à Belton, dans le Montana : « Seigneur, renforcez mon courage, ma croyance et ma foi, afin que je profite tout le temps de ma vie de la bénédiction que j’ai reçue en votre saint nom. »
C’est une invocation que j’ai toujours récitée après mes prières du matin et du soir. Cette bénédiction, que nous avions reçue à notre départ du Montana, avait aussi profondément impressionné Riel, qui me demandait souvent si je m’en rappelais.
Quand Riel vit tomber Laframboise, il me dit : « Mon oncle, je vais faire avancer les gens à pied. » Je lui ai dit qu’il allait les mettre dans la gueule du loup et qu’il ferait mieux de soutenir le courage de ceux qui étaient sur le champ de bataille.
L’ennemi commença alors à fuir et mon frère qui, après ma chute, avait pris le commandement, a crié à nos gens de les poursuivre et de les détruire. Riel a alors demandé, pour l’amour de Dieu, de ne plus en tuer, disant qu’il y avait déjà trop de sang répandu. »
Gabriel Dumont (Souvenirs de résistance d’un immortel de l’Ouest, extrait de la IVe partie)
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Les auteurs :
Denis Combet enseigne les lettres à l’Université de Brandon, au Manitoba. Docteur ès lettres, spécialiste des récits de guerre et de voyage, collaborateur à L’Encyclopédie du patrimoine culturel en Amérique du Nord, il a publié une thèse sur les Mémoires du duc de la Rochefoucauld, ainsi que plusieurs études sur Gabriel Dumont et sur les découvreurs canadiens-français. Son ouvrage, À la recherche de la mer de l’Ouest – Mémoires choisis de la Vérendrye, lui a valu une distinction du Globe and Mail.
Ismène Toussaint a vécu au Manitoba et au Québec. Docteure ès lettres,
chroniqueure (Prix André-Laurendeau), collaboratrice à L’Encyclopédie du
Canada 2000, elle est l’auteure d’essais sur Gabrielle Roy, sur la
littérature québécoise et francophone de l’Ouest canadien, et sur Louis
Riel : Louis Riel, le Bison de cristal ; Louis Riel, Journaux de guerre et
de prison, suivis de chronologie métisse 1604-2006 ; Louis Riel et le
Québec (à paraître). Outre les suffrages du grand public, ceux-ci lui ont
valu plusieurs récompenses et sont aujourd’hui recommandés par les
instances scolaires et universitaires. Sa traduction-adaptation du roman
historique de Sir Arthur Conan Doyle, Les Réfugiés, a connu un succès
international. En 2005, elle avait joué un rôle important dans la
réunification des peuples métis de l’Est et de l’Ouest. Elle se consacre
aujourd’hui exclusivement à l’écriture de fictions.
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Antoine Musset (chargé de projet éditorial)
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


